Le nombre de loups pouvant être abattus passe du simple au double. Cent loups vont pouvoir être abattus en France. Quatre ont déjà été tués en Isère en 2019

Les tirs de loups mettent en péril la survie de l’espèce à long terme

Les tirs de loups mettent en péril la survie de l’espèce à long terme

FOCUS – Dans un rapport rendu fin mars, des spécialistes de l’Office national de la chasse et du Muséum national d’histoire naturelle plaident pour une gestion adaptative de la population de loups en France. Alors que, depuis 2013, les tirs de prélèvements se traduisent par une légère diminution du nombre de loups, ce panel d’experts met en garde les pouvoirs publics : le prélèvement actuel d’une quarantaine de loups par an met en danger l’espèce à long terme.

 

 

 

©Serge-Montagnon

© Serge-Montagnon

Les tirs de prélèvement destinés à réguler le nombre de loups menacent-ils l’espèce ? Alors que la France a autorisé l’abattage de 36 loups pour la saison 2016-2017 – saison qui s’achève le 30 juin prochain –, une expertise scientifique jette un pavé dans la mare.

 

Non seulement tuer le loup pour réduire les attaques ne semble pas efficace, mais cette “gestion” met en péril la survie de l’espèce dans l’Hexagone, plaident ses auteurs, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN).

 

Commandée par la secrétaire d’État à la Biodiversité Barbara Pompili afin d’évaluer la situation à l’horizon 2025-2030 et à long terme du loup gris en France, cette étude approfondie ne va guère dans le sens des dernières mesures et déclarations de la ministre de tutelle. Depuis plusieurs mois, Ségolène Royal caresse en effet les éleveurs dans le sens du poil.

 

 

 

Une brigade d’abattage autorisée par Ségolène Royal

 

 

Ainsi, la ministre a-t-elle donné son feu vert, il y a un an, à la mise en place d’une brigade d’abattage dans l’Aveyron et en Lozère. En même temps qu’elle réclamait, sans succès, des instances européennes, un déclassement partiel du loup, espèce strictement protégée par la Convention de Berne…

 

Ségolène Royal à Grenoble le 9 février 2017 avec Bernard Cazeneuve pour la signature du pacte métropolitain d'innovation.

Ségolène Royal, à Grenoble le 9 février 2017, a mis en place une brigade d’abattage de loups dans l’Aveyron et en Lozère. © Patricia Cerinsek

La ministre a-t-elle tout faux ? La politique conduite ces dernières années ne semble, en tout cas, pas prendre la bonne direction pour tenir ce qui reste l’objectif numéro : la conservation de l’espèce. Les spécialistes ont calculé le taux à partir duquel une population de loup décline. Au-delà d’une mortalité de 34 %, la viabilité de l’espèce est sérieusement compromise. Que la tendance se maintienne et c’est même l’extinction assurée.

 

Le loup a colonisé la France jusqu’en 2013. Jusqu’à cette date, son taux de mortalité, de 22 %, a permis à ses effectifs de croître. Jusqu’aux tirs de prélèvements. Depuis trois ans, le nombre d’abattages autorisés est passé de quelques individus à une quarantaine chaque année. Et la population de loups a commencé à régresser. De 301 en 2014, elle est ainsi passée à 282 en 2015, d’après les chiffres de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. « Sur la période 2014-2016, l’ensemble des causes de mortalité cumulées pourrait représenter un total de 34 % », note le rapport.

 

 

 

Les tirs jugés peu efficaces pour réduire les attaques de troupeaux

 

 

Et demain ? « Si cette politique devait entraîner une stabilité des effectifs, elle induirait l’impossibilité d’atteindre les objectifs de viabilité génétique à long terme au sein du seul territoire français », pointent les auteurs de l’étude, qui recommandent une gestion adaptative de la conservation de la population française de loups.

 

© Gourdol-Max-ONCFS

© Gourdol-Max-ONCFS

« Si la société accepte les tirs de loups comme un des outils de gestion des dégâts sur les troupeaux domestiques […], l’un des enjeux est de décider comment effectuer ces prélèvements sans engager la viabilité de la population. »

 

Si les auteurs de l’étude ne repoussent pas les mesures d’abattage, ils restent sceptiques quant à leur efficacité. Manque de recul ? « Il est clair que le nombre de loups pouvant être retirés de la population ne pourrait à lui seul moduler les niveaux d’attaque sur le long terme. A partir de travaux récents en écologie de la faune et en sciences sociales, Bergstrom suggère que les méthodes non létales pour réduire les dégâts sur les troupeaux seraient plus efficaces et plus justifiables que les tirs de prédateurs. Nous ne pouvons qu’encourager les approches complémentaires […] »

 

Ce n’est pas la première fois qu’un rapport doute de l’efficacité des mesures mises en place. Dans un rapport rendu en janvier 2016, le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité se disait sceptique quant à l’efficacité des systèmes de protection des troupeaux comme des tirs de prélèvement.

 

« Tuer un loup qui n’a jamais attaqué un troupeau ne résout rien car on ignore son statut au sein de la meute et, par conséquent, son comportement vis-à-vis des troupeaux à protéger, notait le rapport. Si l’animal est dominant, la meute se désorganise avec cantonnement de ses membres et un sérieux risque d’attaques dans des secteurs non touchés jusque-là. »

 

 

Patricia Cerinsek

 

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