Dirty Shirt Romania à l'Ampérage à Grenoble. © Dragos Suteu

Fermetures tar­dives des salles de concert : le ton monte d’un cran

Fermetures tar­dives des salles de concert : le ton monte d’un cran

FOCUS – Le pro­blème de la fer­me­ture tar­dive des salles de concerts reste entier à Grenoble. Après la réunion de tra­vail du 8 sep­tembre en pré­fec­ture de l’Isère qui n’a per­mis de déga­ger aucune solu­tion, une nou­velle ren­contre est pré­vue ce lundi 14 sep­tembre. En jeu, d’é­ven­tuelles dépro­gram­ma­tions de soi­rées, faute d’au­to­ri­sa­tions d’ou­ver­ture jus­qu’à 6 heures du matin. Et, à terme, la mise en péril de cer­taines des struc­tures concernées.

« Aujourd’hui, nous subis­sons une mau­vaise écoute mais, cette fois-ci, c’est de la part de la ville de Grenoble. » Tels sont les termes employés par le label indé­pen­dant Carton-Pâte Record, dans un com­mu­ni­qué, pour résu­mer la situa­tion. Une situa­tion qui, si aucune solu­tion n’est rapi­de­ment trou­vée, pour­rait sérieu­se­ment se com­pli­quer pour les asso­cia­tions cultu­relles gre­no­bloises dans l’u­ni­vers des musiques amplifiées.

Matthieu Chamussy Eric Piolle Jérôme Safar Philippe de Longevialle et Denis Bonzy lors du débat à L'Ampérage sur les horaires d'ouverture tardive pour les pratiques culturelles nocturnes à Grenoble

© Chloé Ponset – pla​ce​gre​net​.fr

Au nombre de celles-ci : le Drak-art, l’Ampérage, la Belle Électrique ou encore, par effet de bord, le fes­ti­val Rocktambule, cer­tains concerts du fes­ti­val étant pro­gram­més dans ces salles. Déjà plu­sieurs soi­rées ont été annu­lées pour cause d’au­to­ri­sa­tions de fer­me­tures tar­dives* non recon­duites à temps par les pou­voirs publics. Les asso­cia­tions déplorent d’être contraintes de devoir navi­guer à vue, en ce début de sai­son, alors même que leurs pro­gram­ma­tions res­pec­tives sont calées depuis plu­sieurs mois. Ce 31 août, l’as­so­cia­tion le Stud, ges­tion­naire de l’Ampérage, a ainsi tiré la son­nette d’a­larme et fait part de ses inquié­tudes.

Les fer­me­tures tar­dives ne seront plus systématiques

Autour de la table de réunion, pour s’at­ta­quer au pro­blème, avaient pris place ce mardi 8 sep­tembre un repré­sen­tant de l’u­nion de quar­tier Berriat – Saint-Bruno, les res­pon­sables des asso­cia­tions et des salles concer­nées, Alexander Grimaud, sous-pré­fet hors classe et direc­teur de cabi­net du pré­fet de l’Isère, Élisa Martin, pre­mière adjointe, et Corinne Bernard, l’ad­jointe à la culture. « Le sous-pré­fet n’é­tait pas là pour prendre une quel­conque déci­sion mais pour prendre connais­sance du dos­sier et faire la connais­sance des acteurs. C’est quel­qu’un qui est à l’é­coute. On le sent sen­sible à ce genre de sujets et ils nous a demandé de lui faire des pro­po­si­tions », rap­porte Pierre-Gérard Maël, direc­teur de Carton-Pâte Records.

Élisa Martin, première adjointe chargée du parcours éducatif et de la tranquillité publique, dans son bureau de l'hôtel de ville de Grenoble. © Paul Turenne - placegrenet.fr

Élisa Martin, pre­mière adjointe char­gée du par­cours édu­ca­tif et de la tran­quillité publique, dans son bureau de l’hô­tel de ville de Grenoble. © Paul Turenne – pla​ce​gre​net​.fr

Une ouver­ture au dia­logue qui ne serait pas, selon ce der­nier, l’a­pa­nage de l’ad­jointe à la tran­quillité publique, Élisa Martin, dont il évoque le « dis­cours véhé­ment ».

« Elle a posé les bases dès le début de la réunion en assé­nant que les fer­me­tures tar­dives jus­qu’à six heures du matin ne seront désor­mais plus sys­té­ma­tiques », relate le pré­sident. Ce qui revien­drait à dire, selon lui, qu’il fau­dra à l’a­ve­nir soit déci­der au cas par cas, soit défi­nir à l’a­vance un quota de dates, de l’ordre d’une ving­taine à une tren­taine. Et ce pour l’en­semble des salles.

« Nous avons là une élue, membre du Parti de gauche, qui devrait être nor­ma­le­ment ouverte aux pro­blé­ma­tiques de la culture, de l’emploi […] mais Élisa Martin dit très clai­re­ment qu’elle s’en fiche, que cela ne l’in­té­resse pas. Nous ne com­pre­nons pas ! », regrette Pierre-Gérard Maël.

Non res­pect de l’en­ga­ge­ment pris par Eric Piolle

Pour Laurence Tadjine, la direc­trice du Stud, qui décrit, quant à elle, une réunion « très cor­diale », l’in­com­pré­hen­sion aurait pour cause « la non-anti­ci­pa­tion par la ville de Grenoble d’une pro­gram­ma­tion cultu­relle telle qu’elle est pra­ti­quée par les acteurs du sec­teur », laquelle néces­si­te­rait entre trois à six mois de visibilité.

L'Ampérage est un lieu emblématique des nuits grenobloises

L’Ampérage. DR

Mais sur­tout, là où le bât blesse pour la direc­trice, c’est sur « le non-res­pect de l’en­ga­ge­ment pris par Éric Piolle, le 27 juin, lors de la fête du quar­tier Berriat - Saint-Bruno, qui nous avait assuré du main­tien de l’ouverture des salles jus­qu’à 6 heures du matin ». 

La volte-face de la muni­ci­pa­lité ne passe pas du tout. Surtout quand Élisa Martin déclare, selon Pierre-Gérard Maël, « qu’au­cune pro­gram­ma­tion n’au­rait dû être mise en place avant accord des ins­ti­tu­tions sur ces auto­ri­sa­tions ».

Les asso­cia­tions ne com­prennent pas que la pre­mière adjointe ait pu ainsi faire fi des enga­ge­ments pris par le maire. Pas plus qu’elle puisse repro­cher aux acteurs cultu­rels de n’a­voir pas joué le jeu, puisque l’as­su­rance du main­tien leur avait été donnée.

Un cour­rier fantôme…

« Nous sommes pris de court. Nous avions pour­tant demandé que la réunion pro­gram­mée fin juillet pour le 8 sep­tembre par la Ville soit avan­cée. Cela nous aurait per­mis de nous concer­ter le plus tôt pos­sible et de ne pas remettre en ques­tion tout le tra­vail de pro­gram­ma­tion que nous avions déjà effec­tué », explique Pierre-Gérard Maël. Et de consta­ter amè­re­ment : « En fait, la Ville a mené la poli­tique de l’au­truche ! ».

Devant la Belle Électrique. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Devant la Belle Électrique. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Autre pomme de dis­corde : Élisa Martin aurait affirmé, lors de la réunion, qu’un cour­rier avait été envoyé en juin aux asso­cia­tions pour leur pro­po­ser une réunion en août afin d’é­chan­ger sur ces autorisations.

Un cour­rier qui, selon l’é­lue, serait resté sans réponse. Et pour cause : le direc­teur de Carton-Pâte Records et Laurence Tadjine démentent for­mel­le­ment l’a­voir reçu. Tout comme les autres des­ti­na­taires poten­tiels, du reste.

« Nous savions que cet arrêté allait venir à terme et en connais­sions le carac­tère tout à fait inédit puisque c’est le seul endroit en France où il y a une auto­ri­sa­tion sys­té­ma­tique », se défend Élisa Martin. « Je main­tiens que nous avons cher­ché à anti­ci­per et que nous avons pro­posé une ren­contre au mois d’août puisque que nous nous dou­tions bien que les pro­gram­ma­tions allaient débu­ter début sep­tembre ». Quant au cour­rier, l’é­lue avoue ne pas savoir ce qui a pu se pas­ser et évoque un pro­blème de dis­po­ni­bi­lité des acteurs qui n’au­rait pas per­mis à cette réunion de se tenir.

Un trou de près de 6.000 euros

Quid de la visi­bi­lité sur l’a­ve­nir ? Beaucoup d’ac­teurs ont déjà mis en place leur pro­gram­ma­tion jus­qu’à la fin de l’an­née, sachant que les auto­ri­sa­tions de fer­me­tures tar­dives per­mettent leur finan­ce­ment direct. Dès lors, toute annu­la­tion de soi­rée engendre un réel manque à gagner et ampli­fie le risque finan­cier. C’est d’ailleurs le cas pour le label de musique Carton-Pâte Records, qui annonce un trou de près de 6.000 euros et déclare craindre pour ses deux sala­riés “pré­ca­ri­sés” par la récente annu­la­tion de deux soirées.

« Nous avons l’im­pres­sion que nous sommes reve­nus deux ans en arrière, qu’il va fal­loir se battre à nou­veau pour recom­men­cer tout le tra­vail ini­tié il y a deux ans », regrette Pierre-Gérard Maël. « En plus de ça, on se retrouve devant un dis­cours encore plus dur ! »

Pour Élisa Martin, l’é­qua­tion n’a pas changé, l’é­lue estime avoir tou­jours tenu le même dis­cours. « Nous ne sommes pas oppo­sés au prin­cipe de fer­me­ture tar­dive. Simplement, nous inter­ro­geons son carac­tère sys­té­ma­tique. Notre tra­vail c’est de prendre en compte la pos­si­bi­lité pour ces salles de rendre la culture acces­sible et, en même temps, d’être dans une situa­tion où les rive­rains peuvent dor­mir ». Elle en est convain­cue, il n’y a pas de dif­fi­cul­tés si cha­cun fait preuve de bonne volonté.

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

« Il faut se mettre autour de la table, accep­ter l’en­semble des inté­rêts en jeu et que, tous ensemble, nous puis­sions trou­ver une solu­tion en mesure de satis­faire tout le monde. Nous ne devons pas entrer dans une logique qui oppo­se­rait la jeu­nesse aux habi­tants. »

Consciente de l’ur­gence de la situa­tion, Élisa Martin déclare que la muni­ci­pa­lité a d’ores et déjà rap­pelé le cabi­net du pré­fet pour prendre un nou­veau ren­dez-vous, en vue de trou­ver une issue le plus rapi­de­ment possible.

En atten­dant la pro­chaine réunion de tra­vail, les habi­tués, pour démon­trer leur sou­tien, ont lancé une péti­tion « pour faire crier aux Grenoblois leur envie de dan­ser jus­qu’à 6 heures du matin, en res­pect avec la tran­quillité publique ». **

Joël Kermabon

* L’objectif des fer­me­tures tar­dives est de faire coïn­ci­der la sor­tie des fêtards avec le démar­rage des trans­ports publics, afin d’é­vi­ter qu’ils ne se retrouvent sur l’es­pace public tard dans la nuit, faute de pou­voir ren­trer chez eux. Cela contri­bue ainsi à limi­ter de manière signi­fi­ca­tive les nui­sances sonores pour les riverains.

** Article rec­ti­fié le 12 sep­tembre 2015 à 6 h 50.

Joël Kermabon

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