FOCUS – Le problème de la fermeture tardive des salles de concerts reste entier à Grenoble. Après la réunion de travail du 8 septembre en préfecture de l’Isère qui n’a permis de dégager aucune solution, une nouvelle rencontre est prévue ce lundi 14 septembre. En jeu, d’éventuelles déprogrammations de soirées, faute d’autorisations d’ouverture jusqu’à 6 heures du matin. Et, à terme, la mise en péril de certaines des structures concernées.
« Aujourd’hui, nous subissons une mauvaise écoute mais, cette fois-ci, c’est de la part de la ville de Grenoble. » Tels sont les termes employés par le label indépendant Carton-Pâte Record, dans un communiqué, pour résumer la situation. Une situation qui, si aucune solution n’est rapidement trouvée, pourrait sérieusement se compliquer pour les associations culturelles grenobloises dans l’univers des musiques amplifiées.

© Chloé Ponset – placegrenet.fr
Au nombre de celles-ci : le Drak-art, l’Ampérage, la Belle Électrique ou encore, par effet de bord, le festival Rocktambule, certains concerts du festival étant programmés dans ces salles. Déjà plusieurs soirées ont été annulées pour cause d’autorisations de fermetures tardives* non reconduites à temps par les pouvoirs publics. Les associations déplorent d’être contraintes de devoir naviguer à vue, en ce début de saison, alors même que leurs programmations respectives sont calées depuis plusieurs mois. Ce 31 août, l’association le Stud, gestionnaire de l’Ampérage, a ainsi tiré la sonnette d’alarme et fait part de ses inquiétudes.
Les fermetures tardives ne seront plus systématiques
Autour de la table de réunion, pour s’attaquer au problème, avaient pris place ce mardi 8 septembre un représentant de l’union de quartier Berriat – Saint-Bruno, les responsables des associations et des salles concernées, Alexander Grimaud, sous-préfet hors classe et directeur de cabinet du préfet de l’Isère, Élisa Martin, première adjointe, et Corinne Bernard, l’adjointe à la culture. « Le sous-préfet n’était pas là pour prendre une quelconque décision mais pour prendre connaissance du dossier et faire la connaissance des acteurs. C’est quelqu’un qui est à l’écoute. On le sent sensible à ce genre de sujets et ils nous a demandé de lui faire des propositions », rapporte Pierre-Gérard Maël, directeur de Carton-Pâte Records.

Élisa Martin, première adjointe chargée du parcours éducatif et de la tranquillité publique, dans son bureau de l’hôtel de ville de Grenoble. © Paul Turenne – placegrenet.fr
Une ouverture au dialogue qui ne serait pas, selon ce dernier, l’apanage de l’adjointe à la tranquillité publique, Élisa Martin, dont il évoque le « discours véhément ».
« Elle a posé les bases dès le début de la réunion en assénant que les fermetures tardives jusqu’à six heures du matin ne seront désormais plus systématiques », relate le président. Ce qui reviendrait à dire, selon lui, qu’il faudra à l’avenir soit décider au cas par cas, soit définir à l’avance un quota de dates, de l’ordre d’une vingtaine à une trentaine. Et ce pour l’ensemble des salles.
« Nous avons là une élue, membre du Parti de gauche, qui devrait être normalement ouverte aux problématiques de la culture, de l’emploi […] mais Élisa Martin dit très clairement qu’elle s’en fiche, que cela ne l’intéresse pas. Nous ne comprenons pas ! », regrette Pierre-Gérard Maël.
Non respect de l’engagement pris par Eric Piolle
Pour Laurence Tadjine, la directrice du Stud, qui décrit, quant à elle, une réunion « très cordiale », l’incompréhension aurait pour cause « la non-anticipation par la ville de Grenoble d’une programmation culturelle telle qu’elle est pratiquée par les acteurs du secteur », laquelle nécessiterait entre trois à six mois de visibilité.

L’Ampérage. DR
Mais surtout, là où le bât blesse pour la directrice, c’est sur « le non-respect de l’engagement pris par Éric Piolle, le 27 juin, lors de la fête du quartier Berriat – Saint-Bruno, qui nous avait assuré du maintien de l’ouverture des salles jusqu’à 6 heures du matin ».
La volte-face de la municipalité ne passe pas du tout. Surtout quand Élisa Martin déclare, selon Pierre-Gérard Maël, « qu’aucune programmation n’aurait dû être mise en place avant accord des institutions sur ces autorisations ».
Les associations ne comprennent pas que la première adjointe ait pu ainsi faire fi des engagements pris par le maire. Pas plus qu’elle puisse reprocher aux acteurs culturels de n’avoir pas joué le jeu, puisque l’assurance du maintien leur avait été donnée.
Un courrier fantôme…
« Nous sommes pris de court. Nous avions pourtant demandé que la réunion programmée fin juillet pour le 8 septembre par la Ville soit avancée. Cela nous aurait permis de nous concerter le plus tôt possible et de ne pas remettre en question tout le travail de programmation que nous avions déjà effectué », explique Pierre-Gérard Maël. Et de constater amèrement : « En fait, la Ville a mené la politique de l’autruche ! ».

Devant la Belle Électrique. © Joël Kermabon – Place Gre’net
Autre pomme de discorde : Élisa Martin aurait affirmé, lors de la réunion, qu’un courrier avait été envoyé en juin aux associations pour leur proposer une réunion en août afin d’échanger sur ces autorisations.
Un courrier qui, selon l’élue, serait resté sans réponse. Et pour cause : le directeur de Carton-Pâte Records et Laurence Tadjine démentent formellement l’avoir reçu. Tout comme les autres destinataires potentiels, du reste.
« Nous savions que cet arrêté allait venir à terme et en connaissions le caractère tout à fait inédit puisque c’est le seul endroit en France où il y a une autorisation systématique », se défend Élisa Martin. « Je maintiens que nous avons cherché à anticiper et que nous avons proposé une rencontre au mois d’août puisque que nous nous doutions bien que les programmations allaient débuter début septembre ». Quant au courrier, l’élue avoue ne pas savoir ce qui a pu se passer et évoque un problème de disponibilité des acteurs qui n’aurait pas permis à cette réunion de se tenir.
Un trou de près de 6.000 euros
Quid de la visibilité sur l’avenir ? Beaucoup d’acteurs ont déjà mis en place leur programmation jusqu’à la fin de l’année, sachant que les autorisations de fermetures tardives permettent leur financement direct. Dès lors, toute annulation de soirée engendre un réel manque à gagner et amplifie le risque financier. C’est d’ailleurs le cas pour le label de musique Carton-Pâte Records, qui annonce un trou de près de 6.000 euros et déclare craindre pour ses deux salariés “précarisés” par la récente annulation de deux soirées.
« Nous avons l’impression que nous sommes revenus deux ans en arrière, qu’il va falloir se battre à nouveau pour recommencer tout le travail initié il y a deux ans », regrette Pierre-Gérard Maël. « En plus de ça, on se retrouve devant un discours encore plus dur ! »
Pour Élisa Martin, l’équation n’a pas changé, l’élue estime avoir toujours tenu le même discours. « Nous ne sommes pas opposés au principe de fermeture tardive. Simplement, nous interrogeons son caractère systématique. Notre travail c’est de prendre en compte la possibilité pour ces salles de rendre la culture accessible et, en même temps, d’être dans une situation où les riverains peuvent dormir ». Elle en est convaincue, il n’y a pas de difficultés si chacun fait preuve de bonne volonté.

© Joël Kermabon – Place Gre’net
« Il faut se mettre autour de la table, accepter l’ensemble des intérêts en jeu et que, tous ensemble, nous puissions trouver une solution en mesure de satisfaire tout le monde. Nous ne devons pas entrer dans une logique qui opposerait la jeunesse aux habitants. »
Consciente de l’urgence de la situation, Élisa Martin déclare que la municipalité a d’ores et déjà rappelé le cabinet du préfet pour prendre un nouveau rendez-vous, en vue de trouver une issue le plus rapidement possible.
En attendant la prochaine réunion de travail, les habitués, pour démontrer leur soutien, ont lancé une pétition « pour faire crier aux Grenoblois leur envie de danser jusqu’à 6 heures du matin, en respect avec la tranquillité publique ». **
Joël Kermabon
* L’objectif des fermetures tardives est de faire coïncider la sortie des fêtards avec le démarrage des transports publics, afin d’éviter qu’ils ne se retrouvent sur l’espace public tard dans la nuit, faute de pouvoir rentrer chez eux. Cela contribue ainsi à limiter de manière significative les nuisances sonores pour les riverains.
** Article rectifié le 12 septembre 2015 à 6 h 50.









