“Nous limitons la pub pour mettre en valeur la vie de quartier”

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ENTRETIEN – La municipalité de Grenoble ne renouvelle pas son contrat avec l’afficheur JCDecaux. Alors que se sont exprimés opposants et sympathisants sur le nouveau projet de la ville, Lucille Lheureux, élue en charge du dossier “pub”, répond aux questions soulevées par cette décision de non-alignement par rapport à une seule logique économique. Retour sur une annonce très médiatisée.

 

 

 

Contre la pub mais à fond la com” ! L’annonce du 23 novembre 2014 devait faire date. Pourquoi aurait-il fallu pré­ve­nir tous les médias en même temps ? Le JDD et le Dauphiné Libéré ont été choi­sis entre tous par la muni­ci­pa­lité gre­no­bloise pour lan­cer l’an­nonce. La nou­velle s’est ensuite répan­due comme une trai­née de poudre de Castelmoron-d’Albret jus­qu’à Paris et au delà.

 

 © JCDecaux

© JCDecaux

Le maire de Grenoble ne renou­vel­lera donc pas le contrat d’af­fi­chage lucra­tif liant depuis 1976, la Ville et le lea­der mon­dial JCDecaux. Il four­nis­sait pour­tant gra­tui­te­ment du mobi­lier urbain pour l’af­fi­chage muni­ci­pal et ce,  sur près de 300 faces, ainsi qu’une rede­vance – en moyenne pas moins de 600 000 euros par an à la Ville –, en échange de sur­faces dans l’es­pace public pour les publi­ci­tés de ses clients.

 

Un coup poli­tique déton­nant. Même le maire de Forcalquier qui, pour­tant, a pris la même déci­sion pour sa com­mune en 2009, s’en est étonné. L’échelle n’est tou­te­fois pas la même. Forcalquier est une petite ville des Alpes-de-Haute-Provence, de moins de 5 000 habi­tants. Le contrat avec l’af­fi­cheur Clear Channel concer­nait en tout et pour tout, trois abris-voya­geurs et sept sucettes. Par ailleurs, l’en­tre­prise ne ver­sait aucune rede­vance à la ville.

 

Davantage peut-être encore qu’à Forcalquier, Grenoble remet en cause le modèle actuel des affi­cheurs car, en dépit de sa grande force géné­rale, il n’est pas pour autant sans fai­blesses. L’affichage publi­ci­taire a un prix élevé à la seule por­tée des plus riches annon­ceurs ; il génère de la pol­lu­tion visuelle, est davan­tage conçu pour l’au­to­mo­bile que pour les pié­tons et encou­rage l’hy­per­con­som­ma­tion d’a­près les scep­tiques.

 

Basculant vers un modèle de com­mu­ni­ca­tion alter­na­tif, la Ville pro­pose d”“offrir” aux Grenoblois, dès juillet 2015, un dis­po­si­tif d’af­fi­chage libre, à dis­po­si­tion des pié­tons, réservé au sec­teur cultu­rel, aux asso­cia­tions, à l’ex­pres­sion citoyenne et artis­tique.

 

Une solu­tion dif­fé­rente, applau­die par les sym­pa­thi­sants du pro­jet, d’au­tant que seront plan­tés de 30 à 50 arbres dès ce prin­temps, en lieu et place des pan­neaux 8 m². Tout un sym­bole ! Dans le débat d’o­pi­nion, les oppo­sants sont mon­tés au cré­neau avec des argu­ments : celui d’une perte inad­mis­sible de recettes pour la ville de Grenoble, sur le fait que c’est le contri­buable qui va payer le nou­veau sys­tème d’af­fi­chage, que des consé­quences éco­no­miques pour le com­merce seraient à redou­ter… Sans oublier l’op­por­tu­nité ratée d’im­plan­ter des pan­neaux numé­riques intel­li­gents dans l’es­pace public gre­no­blois. Mais la nou­velle équipe muni­ci­pale en a ainsi décidé. Le chan­ge­ment, c’est ici et main­te­nant !

 

Pour éclai­rer cette déci­sion poli­tique et répondre aux attaques des oppo­sants, Lucille Lheureux en charge du pro­jet “pub” nous a reçus dans son nou­veau bureau à l’Hôtel de ville. Place aux ques­tions-réponses.

 

 

 

En ne renouvelant pas le contrat avec JCDecaux, vous avez fait le choix de mettre fin à la publicité dans l’espace public géré par la Ville. Pour quelles raisons ?

 

 

 © Thierry Chenu

© Thierry Chenu

Aujourd’hui, 75 % des Français consi­dèrent la publi­cité comme enva­his­sante et 85 % la per­çoivent comme intru­sive. On voit donc bien qu’une très grande majo­rité de Français se posent des ques­tions sur la place de la publi­cité dans nos vies en géné­ral.

 

L’information jus­qu’ici dis­po­nible dans l’es­pace public par voie d’af­fi­chage ne répond aux besoins ni des habi­tants, ni des com­mer­çants en géné­ral. Au contraire, elle attire l’œil et détourne l’at­ten­tion de ce qui fait la vie de nos quar­tiers. En plus, l’af­fi­chage publi­ci­taire est à des­ti­na­tion des auto­mo­bi­listes, le long des routes, et ce n’est pas ce que nous sou­hai­tons.

 

Nous sou­hai­tons ainsi mettre en valeur les com­mer­çants de proxi­mité et le reste de la vie de quar­tier, notam­ment autour des asso­cia­tions et des acteurs cultu­rels. Sans comp­ter l’im­pact sur les enfants. Car si en tant qu’a­dultes, nous pou­vons avoir notre libre arbitre pour résis­ter ou pas à la publi­cité, ce n’est pas le cas des enfants. Et l’on peut légi­ti­me­ment se deman­der dans quelle mesure mettre des écrans publi­ci­taires à la sor­tie des écoles ne va pas limi­ter le pou­voir d’ac­tion de la puis­sance édu­ca­tive.

 

Je pré­cise tou­te­fois que nous ne sup­pri­mons pas l’en­semble de la publi­cité à Grenoble. Elle res­tera, en effet, affi­chée sur le mobi­lier du SMTC comme les abri­bus et les abri­tram, où figure la majeure par­tie de l’af­fi­chage publi­ci­taire dans les villes. Demeurera aussi la publi­cité dans le domaine privé, dans les jar­dins et sur les façades des immeubles. Ainsi que les enseignes. Nous libé­rons sim­ple­ment l’es­pace public d’une par­tie de la publi­cité qui y était pré­sente.

 

 

 

Pourquoi n’avez-vous pas consulté tous les Grenoblois au préalable pour vérifier leur adhésion à cette mesure ?

 

 

Parce qu’il s’a­git d’un enga­ge­ment de cam­pagne. L’acteur public prend des déci­sions. Il nous semble qu’il y a des sujets qui prêtent à consul­ta­tion, à concer­ta­tion. Mais là, pour nous, il doit y avoir concer­ta­tion uni­que­ment sur la mise en œuvre du nou­veau dis­po­si­tif d’af­fi­chage.

 

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En effet, notre enga­ge­ment a deux dimen­sions : sor­tir pro­gres­si­ve­ment de la publi­cité, puis ins­tal­ler un nou­veau mode d’af­fi­chage. Les deux sont liés pour nous. Il ne s’a­git pas d’une ques­tion autour de la publi­cité, au sens strict. Le nou­veau dis­po­si­tif met­tra en valeur par la voie de l’af­fi­chage libre ce qui fait la vie et l’a­ni­ma­tion du quar­tier.

 

Nous tirons notre légi­ti­mité d’un scru­tin, même si c’est avec une majo­rité faible, de 40 %. Voilà pour­quoi nous veillons tou­jours à mobi­li­ser les dif­fé­rents acteurs, à res­ter ouverts à toutes les pro­po­si­tions et à entendre ce qui se fait.

 

Nous avons ainsi volon­tai­re­ment défini une période de sept mois avant l’ins­tal­la­tion de ce nou­veau dis­po­si­tif, de manière à prendre le temps avec les dif­fé­rents acteurs d’i­den­ti­fier leurs besoins.

 

 

 

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’il s’agit d’une mesure idéologique ?

 

 

Non, l’i­déo­lo­gie n’est pas la rai­son pre­mière. Notre enga­ge­ment de réduire la place de la publi­cité est notam­ment conduit par un tra­vail autour du pay­sage et des pers­pec­tives de la ville, mais aussi par une réflexion autour du consu­mé­risme et de la société de consom­ma­tion. Il y a aussi l’op­por­tu­nité de calen­drier, le contrat de la Ville avec JCDecaux se ter­mi­nant au 31 décembre de cette année. Nous n’a­vons ainsi pas décidé de rompre un contrat. Nous avons sim­ple­ment fait le choix de ne pas en pas­ser un nou­veau.

 

© Joël Kermabon – Place Gre’net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Si nous étions fran­che­ment sur de l’i­déo­lo­gie et que notre sou­hait était de sor­tir stric­te­ment de la publi­cité, nous irions plus loin, notam­ment avec le SMTC. Son pré­sident (Yann Mongaburu, ndlr) est issu de notre majo­rité. Donc, quelque part, nous avons un petit peu la main. Ce n’est donc abso­lu­ment pas notre enga­ge­ment, ni notre volonté aujourd’­hui.

 

Nous avons besoin du mobi­lier de trans­ports en com­mun pour construire des villes autour de ces trans­ports doux. Or, le modèle éco­no­mique qui fonc­tionne aujourd’­hui passe par la publi­cité dans les abri­bus. Nous sommes donc tout à fait prag­ma­tiques à ce sujet.

 

 

 

Finalement, vous n’êtes pas contre la pub alors ?

 

 

Non, nous ne sommes pas contre la publi­cité et n’en­ten­dons pas la ban­nir de Grenoble. C’est quelque chose qui existe qui fait par­tie de notre vie. Nous vou­lons juste la réduire dans l’es­pace public.

 

 

 

Lucille Lheureux Grenoble publicité

Lucille Lheureux © Ville de Grenoble

Certains consi­dèrent cette mesure comme révo­lu­tion­naire. Partagez-vous ce point de vue ?

 

 

Ce n’est pas une mesure révo­lu­tion­naire. C’est une mesure qui accom­pagne tout sim­ple­ment son temps. Nos villes ont été construites dans les années 60 – 70 autour de la voi­ture et des grandes sur­faces avec cette idée que la société de consom­ma­tion était en plein essor. L’affichage publi­ci­taire est apparu à ce moment-là. Les pan­neaux ont peu à peu envahi nos villes, sont deve­nus de plus en plus grands. On voit bien que, depuis, on n’a eu de cesse de vou­loir les réduire. C’est le cas un peu par­tout en Europe.

 

 

 

Que répon­dez-vous à ceux qui consi­dèrent au contraire qu’il s’a­git d’une mesu­rette ?

 

 

Il s’a­git, à mon sens, d’une mesure qui par­ti­cipe au chan­ge­ment de forme de la ville d’au­jourd’­hui. Je pense que nos espaces publics ne sont plus que des lieux de tran­sit où l’on se rend, où l’on se déplace et ne sont plus des lieux de ren­contres. On n’y trouve plus ce qui exis­tait sur les places de vil­lages, ces lieux où l’on trou­vait des bancs, où l’on pou­vait même sor­tir ses affaires et prendre le café dehors. Or on voit bien qu’au­jourd’­hui les habi­tants des grandes villes recherchent de nou­veau davan­tage de convi­via­lité.

 

© Joël Kermabon – Place Gre’net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Les attentes por­tant sur les jar­dins par­ta­gés sont aussi de plus en plus grandes. Les gens se tournent de nou­veau vers les assis­tantes mater­nelles, les crèches paren­tales… Il y a aussi la Fête des voi­sins. Tous ces élé­ments nous montrent que les villes retournent actuel­le­ment vers une vie de quar­tier, une vie entre voi­sins. L’espace public doit être le sup­port à cette vie. Et la libé­ra­tion des espaces publics s’in­tègre bien dans ce cadre géné­ral. Nous com­men­çons ainsi à mettre en place des mesures concer­nant la végé­ta­li­sa­tion entre voi­sins. Nous vou­lons aussi tra­vailler sur le mobi­lier dans l’es­pace public et apai­ser les dépla­ce­ments pour rendre ces espaces publics aux pié­tons et à la ren­contre. C’est notre manière de voir la vie aujourd’­hui.

 

 

 

L’opposition pense que cette mesure va avoir des conséquences économiques négatives. Que lui répondez-vous ?

 

 

Je ne par­tage pas ce point de vue. A l’heure actuelle, les com­mer­çants gre­no­blois sont extrê­me­ment peu nom­breux à uti­li­ser les faces publi­ci­taires des pan­neaux JCDecaux. Par contre, ils sont nom­breux via les asso­cia­tions de com­mer­çants – Caserne de Bonne, Label Ville etc. – à uti­li­ser les faces muni­ci­pales. Or, nous conti­nue­rons à les mettre à leur dis­po­si­tion dans le nou­veau dis­po­si­tif d’af­fi­chage.

 

 

 

JCDecaux affirme pourtant qu’il travaillait avec 200 acteurs locaux…

 

 

Locaux ne veut pas dire gre­no­blois. En fait, il s’a­git essen­tiel­le­ment d’ac­teurs régio­naux.

 

 

 

© Joël Kermabon – Place Gre’net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Avez-vous eu des échanges avec JCDecaux avant de prendre votre déci­sion ?

 

 

Oui, bien sûr ! Notre déci­sion n’é­tant pas pure­ment idéo­lo­gique, elle néces­si­tait une dis­cus­sion. Nous avons ren­con­tré plu­sieurs fois des repré­sen­tants de l’en­tre­prise JCDecaux, le direc­teur régio­nal et un direc­teur géné­ral. Ils nous ont pré­senté leurs pro­po­si­tions et leurs objec­tifs. Nous avons ensuite dis­cuté des pro­po­si­tions faites par l’en­tre­prise avec l’en­semble de la majo­rité. Ces der­nières por­taient autour des nou­velles formes d’af­fi­chage, des écrans, du numé­rique, de l’af­fi­chage inter­ac­tif etc. Mais ce n’é­tait pas la voie que nous sou­hai­tions prendre. En plus, nous avons pris l’en­ga­ge­ment d’in­ter­dire les pan­neaux 8 m². Compte tenu de toutes nos exi­gences, JCDecaux a annoncé une rede­vance de 150 000 euros par an.

 

 

Beaucoup s’étonnent et doutent de ce chiffre car on est très loin des 600 000 euros de redevance annuelle qui était versés sous l’ancienne municipalité.

 

 

Oui mais sachez que l’a­ve­nant que nous avons passé avec eux, pour enca­drer la dépose du mobi­lier dans les meilleures condi­tions, s’é­lève à 45 000 euros pour trois mois. Cela montre bien que l’on est quand même très éloi­gné des mon­tants de 150 000 euros pour trois mois qui cor­res­pon­draient à une rede­vance annuelle de 600 000 euros.

 

 

 

Considérez-vous que JCDecaux ne prend pas en compte les nouvelles aspirations des villes ?

 

 

 © JCDecaux

© JCDecaux

Le modèle JCDecaux fonc­tionne extrê­me­ment bien. Ce n’est pas pour rien qu’il s’a­git d’une entre­prise flo­ris­sante. C’est l’un des groupes fran­çais qui fonc­tionne le mieux et qui est implanté par­tout dans le monde. Il pro­pose main­te­nant ce virage du numé­rique. Or, je pense qu’au­jourd’­hui les villes fran­çaises – et plus lar­ge­ment euro­péennes si je m’en réfère à tous les contacts que j’ai pu avoir ces der­nières semaines, y com­pris avec des élus d’autres pays – ont d’autres aspi­ra­tions. Et peut-être même que la publi­cité ne cor­res­pond plus aux attentes des habi­tants ni des res­pon­sables publics. C’est ainsi. Ils n’y peuvent rien.

 

 

 

L’affichage numérique ne s’inscrit-il pourtant pas dans le label French tech, récemment obtenu par la ville ? N’y a‑t-il pas une contradiction ?

 

 

Nous ne vou­lons pas renon­cer au numé­rique mais il ne nous semble pas que la Ville doive mettre des écrans publi­ci­taires par­tout dans l’es­pace public. On voit aujourd’­hui que des com­mer­çants gre­no­blois pro­posent des bornes inter­ac­tives déli­vrant des infor­ma­tions dans leur com­merce. C’est quelque chose que l’on encou­rage.

 

 

 

150 000 euros de recettes en moins par an pour la Ville en temps de crise, avec en plus la baisse de dotation de la part de l’État… Était-ce vraiment le bon moment de renoncer à cette redevance ?

 

 

© Thierry Chenu

© Thierry Chenu

Cette perte cor­res­pond à 0,04 % du bud­get de la Ville pour 150 000 euros de rede­vance. Si la rede­vance avait été main­te­nue à 600 000 euros, cela aurait cor­res­pondu à 0,2 % du bud­get de la ville. C’est très peu. La baisse de dota­tion de l’État est de 45 mil­lions d’eu­ros sur trois ans, ce qui repré­sente un tout autre mon­tant.

 

Vous dites com­pen­ser cette perte grâce aux éco­no­mies de frais de pro­to­cole qui s’é­lèvent très exac­te­ment à 196 731,37 euros. Mais il est indi­qué, dans le tableau du bud­get sup­plé­men­taire du der­nier conseil muni­ci­pal, une aug­men­ta­tion du bud­get pro­to­cole de 111 500 euros, entre les mois d’a­vril et aujourd’­hui. Les éco­no­mies des frais de pro­to­cole seraient donc bien moindres qu’an­non­cées ?

 

En fait, le chiffre de 196 731 euros cor­res­pond aux frais de pro­to­cole au sens strict : récep­tion, voi­tures de fonc­tion des élus etc. L’augmentation qui appa­raît dans la ligne pro­to­cole du bud­get 2014 ne cor­res­pond pas à des frais de pro­to­cole pro­pre­ment dit, mais aux frais des célé­bra­tions du 70e anni­ver­saire de la libé­ra­tion. C’est une ani­ma­tion mais aussi une célé­bra­tion avec les anciens com­bat­tants. Voilà pour­quoi ces frais appa­raissent dans la ligne pro­to­cole.

 

Je réaf­firme qu’il y a une nette dimi­nu­tion du train de vie de la mai­rie par rap­port à ce qui se fai­sait sous l’an­cienne muni­ci­pa­lité, à hau­teur donc de 196 731,37 euros.

 

 

 

In fine, le contribuable ne devra-t-il pas de toute façon éponger cette perte de redevance et payer le nouveau dispositif d’affichage libre ?

 

 

Aujourd’hui, la ville de Grenoble va de toute façon faire face à d’é­normes pertes. 45 mil­lions d’eu­ros sur trois ans à cause de la baisse de dota­tion de l’État. Ce ne sont pas 150 000 euros de rede­vance annuelle pour l’af­fi­chage publi­ci­taire qui per­met­tront de bou­cler un bud­get. Ni même 600 000 euros.

 

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Surtout, il ne faut pas perdre de vue le sens de notre action. N’oublions pas qu’au­jourd’­hui les asso­cia­tions ne dis­posent d’au­cune sur­face d’af­fi­chage, d’au­cun endroit pour annon­cer les ren­contres du week-end, les tarifs etc. Elles n’ont aucun moyen de mon­trer qu’elles existent dans l’es­pace public. Elles l’au­ront très pro­chai­ne­ment.

 

 

 

Votre nou­veau dis­po­si­tif com­prend 300 points d’af­fi­chage. Combien la mise en place des 160 pan­neaux sup­plé­men­taires va-t-elle coû­ter à la Ville ?

 

 

Nous allons défi­nir une enve­loppe bud­gé­taire pour l’an­née pro­chaine, dans le cadre du bud­get 2015 actuel­le­ment en construc­tion. Je ne peux rien avan­cer. Le bud­get sera voté en février.

 

 

 

Quelle taille auront ces panneaux ?

 

 

On a pris l’en­ga­ge­ment de res­pec­ter le prin­cipe de la liberté de récep­tion des pas­sants. On va donc réduire la taille de l’af­fi­chage. Cela n’aura rien à voir avec les pan­neaux JCDecaux. Nous allons tabler à peu près sur les mêmes tailles que les pan­neaux d’af­fi­chage libre déjà exis­tants dans la ville. Soit, à peu près 1 m².
Il faut noter qu’il y aura trois pan­neaux par point d’af­fi­chage. Il y aura ainsi un pan­neau pour l’af­fi­chage d’o­pi­nion poli­tique, syn­di­cale etc., un pan­neau réservé aux asso­cia­tions et un troi­sième réservé à l’af­fi­chage cultu­rel, notam­ment les affiches de concerts. Le dis­po­si­tif étant tout de même assez impor­tant, le public le verra et, en s’ap­pro­chant, pourra prendre connais­sance de l’in­for­ma­tion qu’il y a des­sus.

 

 

 

Vous souhaitez préciser les contours de votre nouveau dispositif d’affichage avec les acteurs culturels et les associations dans un esprit de co-construction. Quels sont les points sur lesquels vous allez discuter ensemble ?

 

 

La ville entend, en effet, consul­ter dès jan­vier 2015 les acteurs cultu­rels : inter­ve­nants, asso­cia­tions… L’objectif est de bien s’ac­cor­der avec leurs dif­fé­rents besoins.

 

 

 © Thierry Chenu

© Thierry Chenu

 

 

Nous allons, par exemple, déci­der pré­ci­sé­ment de la taille des pan­neaux et de leur empla­ce­ment, de façon à ce qu’ils puissent tou­cher les publics visés. On va cer­tai­ne­ment les divi­ser pour que plu­sieurs affiches puissent coexis­ter sur un même pan­neau. Peut-être quatre ? Cela reste à dis­cu­ter. Idem pour le nombre de pan­neaux par point d’af­fi­chage. Peut-être qu’à cer­tains endroits, seule­ment deux seront néces­saires, par exemple.

 

 

 

Il va aussi falloir nettoyer et entretenir ces panneaux. Allez-vous créer des emplois, sous-traiter ?

 

 

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Nous avons l’in­ten­tion d’a­voir recours à une entre­prise d’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle pour entre­te­nir ce mobi­lier. C’est notre idée et notre objec­tif.

 

Dans d’autres villes où le sys­tème existe déjà, la mai­rie prend par­fois com­plè­te­ment en charge l’af­fi­chage. On lui apporte les affiches et c’est elle qui les pla­carde. Parfois, ce sont les acteurs cultu­rels eux-mêmes qui font l’af­fi­chage sur les sur­faces qui leur sont des­ti­nées. C’est le cas à Genève et Lausanne, par exemple. Nous allons donc aussi dis­cu­ter des moda­li­tés de ges­tion avec les dif­fé­rents acteurs, notam­ment cultu­rels, pour voir avec eux com­ment s’or­ga­ni­ser pour la main­te­nance des lieux d’af­fi­chage.

 

 

 

 

Face à la puissance de frappe de certains, comme les organisateurs de spectacles capables de couvrir d’affiches tous les panneaux, comment vont faire les autres ?

 

 

 

Jusqu’ici, l’af­fi­chage libre à Grenoble n’é­tait pas règle­menté, comme c’est le cas dans d’autres com­munes alen­tour, notam­ment à Saint-Martin-d’Hères où l’af­fi­chage est uni­que­ment d’o­pi­nion. Les annon­ceurs de spec­tacles n’ont pas le droit de béné­fi­cier de cette sur­face-là.

 

Les annonces de spec­tacles, en géné­ral, conti­nue­ront d’u­ti­li­ser la par­tie cultu­relle et les asso­cia­tions cultu­relles pour­ront en plus béné­fi­cier de l’af­fi­chage asso­cia­tif. Nous espé­rons que cela per­met­tra à toutes les asso­cia­tions cultu­relles, qui sont aujourd’­hui en concur­rence avec ces annon­ceurs, d’a­voir leur espace spé­ci­fique.

 

 

 

Ne craigniez-vous pas que cet affichage soit moins esthétique que les panneaux JCDecaux ?

 

 

Affichage libre sur colonne - DR

Affichage libre sur colonne – DR

Nous veille­rons à ce que le mobi­lier ait une valeur esthé­tique, notam­ment autour des colonnes d’af­fi­chage cultu­rel qui devront être mises en place. Nous sou­hai­tons vrai­ment trou­ver un mobi­lier qui cor­res­ponde à une iden­tité, à un carac­tère gre­no­blois qui soit spé­ci­fique et, du coup, iden­ti­fié et appré­cié des Grenoblois et auquel ils puissent s’at­ta­cher.

 

 

 

L’opposition pense que votre dis­po­si­tif ne va pas régler le pro­blème de l’af­fi­chage sau­vage.

 

 

L’affichage sau­vage, qui répond au besoin d’ex­pri­mer un mes­sage, existe parce qu’il y a de la concur­rence. En met­tant à dis­po­si­tion des sur­faces dédiées à l’af­fi­chage d’o­pi­nion et à l’af­fi­chage asso­cia­tif, nous espé­rons ainsi le dimi­nuer for­te­ment.

 

En contre­par­tie, la ville sera plus sévère sur l’af­fi­chage d’o­pi­nion et asso­cia­tif sau­vage. Il y aura une fac­tu­ra­tion des frais de net­toyage.

 

 

 

Parallèlement à la mise en place du nouveau dispositif d’affichage, vous allez planter de 30 à 50 arbres. Combien cela va-t-il coûter ?

 

 

Ballade en vélo pour l'inauguration de l'exposition Reg'Art

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Planter un arbre sur la voi­rie coûte jus­qu’à 4 000 euros. Ce qui revient extrê­me­ment cher, c’est de creu­ser le trou. Là, nous allons pro­fi­ter des fosses qui vont être créées par le démon­tage des pan­neaux Decaux. C’est donc une vraie oppor­tu­nité. Cela va nous per­mettre de plan­ter des arbres à moindre coût. Des arbres que nous aurions de toute façon plan­tés car il s’a­git de l’un des enga­ge­ments que nous avions pris.

 

 

 

Vous avez largement communiqué dans les médias nationaux sur cette mesure. Espérez-vous qu’elle fasse des émules ?

 

 

Pour nous, il était inté­res­sant de mon­trer ce qui se fai­sait à Grenoble. La ville n’est pas un labo­ra­toire. Nous ne sommes pas là pour tes­ter des choses mais pour mettre en œuvre des mesures qui répondent à des attentes. Si cela peut ser­vir d’exemple à d’autres élus, à d’autres com­munes et à faire émer­ger de nou­velles idées, eh bien tant mieux !

 

 

Propos recueillis par Véronique Magnin

 

 

 

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Commentaires 2
  1. Si la plan­ta­tion d’un arbre coûte 4000 euros (avec ou sans l’ar­ra­chage du pré­cé­dent ?), quel est le prix de revient du rem­pla­ce­ment de tous les arbres du cours Lafontaine, devant le lycée Champollion, par de jeunes arbres qui ne feront pas d’ombre avant plu­sieurs années ? Et ce n’est cer­tai­ne­ment pas le seul cas d’ar­ra­chage d’arbres en bonne santé dans Grenoble. Explication de ce gâchis ?

    Si les affiches de la Métro doivent rem­pla­cer les publi­ci­tés, il fau­drait amé­lio­rer leur effi­ca­cité. Gilou et sa pou­belle cade­nas­sée n” ont cer­tai­ne­ment rien changé au volume de nos déchets, mais ils nous feront regret­ter Supertri.

    sep article
  2. Des déci­sions prises à la va vite, des chiffres mais pas vrai­ment, au final on sait qui paiera la note.
    Marre de ces « coups » média­tiques pour au final pas grand chose, si ce n’est au « poli­tique » d’es­sayer d’exis­ter ! C’est la misère poli­tique…

    Elise

    sep article