Alain Carignon : « En 19 ans, Grenoble est restée immobile »

Alain Carignon : « En 19 ans, Grenoble est restée immobile »

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ENTRETIEN – C’est une semaine intense qui s’est ache­vée pour Alain Carignon. À peine ren­tré d’Arcachon, où se tenait lundi la réunion de l’association « Les amis de Nicolas Sarkozy », l’ancien maire de Grenoble a remis en cause sa par­ti­ci­pa­tion à la pri­maire ouverte de la droite en vue des muni­ci­pales de 2014, irrité par la tour­nure que pre­naient les évé­ne­ments. Alors que l’UMP38 a confié ven­dredi au pré­sident du parti Jean-François Copé la mis­sion de tran­cher sur l’a­ve­nir de ce pro­ces­sus de dési­gna­tion, celui qui s’estime comme l’homme pro­vi­den­tiel de la droite locale pré­cise sa posi­tion et dresse le tableau d’une ville qui n’aurait pas changé depuis son départ.
 
 
© Nils LounaEngagé en poli­tique en 1968, « au moment où le géné­ral de Gaulle était impo­pu­laire » et où son jeune âge – il avait à peine 19 ans – lui était plu­tôt pré­ju­di­ciable, Alain Carignon voyait chez le pre­mier pré­sident de la cin­quième République « le héros de l’indépendance de la France et le repré­sen­tant des valeurs morales ».
 
C’est sous éti­quette du RPR qu’Alain Carignon rem­por­tera ses suc­cès élec­to­raux. Elu conseiller géné­ral de l’Isère à 27 ans, il devien­dra suc­ces­si­ve­ment maire de Grenoble (de 1983 à 1995), ministre délé­gué à l’Environnement du gou­ver­ne­ment Chirac et ministre de la Communication du gou­ver­ne­ment Balladur, de 1993 à sa démis­sion. Il est condamné en 1996 pour cor­rup­tion, abus de biens sociaux et subor­na­tion de témoins. Il effec­tuera 29 mois de déten­tion, le record pour un homme poli­tique en France.
 
Aujourd’hui « retraité de l’assemblée natio­nale », il est éga­le­ment « consul­tant pour plu­sieurs entre­prises ».
 
 
Vous avez qua­li­fié cette semaine la pri­maire de la droite gre­no­bloise de « com­bat de per­dants », envi­sa­geant même de ne plus y par­ti­ci­per. Jetez-vous l’éponge ?
 
Je n’ai jamais dit que j’abandonnais. Je fais le constat que cette pri­maire est deve­nue un jeu de quille, durant lequel les can­di­dats, décla­rés ou non, s’agressaient mutuel­le­ment au lieu de faire un front com­mun contre la muni­ci­pa­lité actuelle. Je me retire de ce pro­ces­sus des­truc­teur, mais s’ils veulent faire gagner la droite, je suis là. Ils peuvent comp­ter sur moi car je suis dis­po­nible. Ce n’est pas le pro­ces­sus qui importe, c’est la volonté de gagner et l’unité.
 
© Nils LounaLe pro­blème des bureaux de vote a été évo­qué pour jus­ti­fier la sus­pen­sion de la pri­maire mais c’est le mode de dési­gna­tion qui semble désor­mais poser pro­blème au « comité des sages de la pri­maire » qui n’a pas réussi à conve­nir d’une posi­tion una­nime sur la ques­tion. Comment l’expliquez-vous ?
 
En choi­sis­sant la pri­maire ouverte, le parti socia­liste pour­rait l’influencer par les urnes en faus­sant le résul­tat et en choi­sis­sant le can­di­dat qu’elle sou­haite affron­ter. Dans une élec­tion pri­maire fer­mée, les autres can­di­dats m’accuseraient de bidouillage. Et si c’est fina­le­ment la com­mis­sion natio­nale d’investiture qui est rete­nue, le choix serait, selon eux, for­cé­ment en ma faveur puisque j’en suis membre, même si je me déporte ce jour-là ou que je démis­sionne de cette struc­ture. En défi­ni­tif, quel que soit le mode de dési­gna­tion évo­qué, des can­di­dats le contestent avec sus­pi­cion, en me met­tant en cause, mais des per­sonnes qui n’ont rien obtenu de leur vie par les urnes n’ont aucune leçon à me donner. 
 
Mais c’est vous qui aviez sou­haité une élec­tion pri­maire ouverte. Pourquoi la remettre en cause aujourd’hui ?
 
C’est la muni­ci­pa­lité Destot qui a blo­qué la situa­tion en ne répon­dant pas aux sol­li­ci­ta­tions de l’UMP38 pour l’organisation du vote, alors qu’elle le fait volon­tiers quand le parti socia­liste orga­nise ses scru­tins. Si l’UMP avait réussi cette cam­pagne de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, cela aurait révélé un contraste ter­rible avec cette muni­ci­pa­lité qui n’a pas mis en place un seul réfé­ren­dum en dix-neuf ans sur des dos­siers majeurs tels que le béton­nage de la ville ou la mise en place de nou­veaux axes de com­mu­ni­ca­tion. Elle a d’abord essayé d’empêcher ces pri­maires. Pourquoi n’influencerait-elle pas le vote ? Le conseil des pri­maires doit répondre à une ques­tion : est-ce que nous per­met­tons au parti socia­liste de prendre part au vote et de choi­sir le can­di­dat qu’il espère affronter ?
 
© Nils Louna

© Nils Louna

 
Vous sen­tez-vous la cible d’un front uni de la part des autres figures de la droite grenobloise ?
 
C’est jus­te­ment l’unité qui manque. Je constate une absence de volonté et de stra­té­gie com­munes, mais l’existence de plu­sieurs stra­té­gies indi­vi­duelles. La droite gre­no­bloise souffre d’un manque de matu­rité, d’expérience et de hau­teur de vue. Les Grenoblois attendent que nous répon­dions à leurs pro­blèmes quo­ti­diens, pas que nous nour­ris­sions les colonnes des jour­naux. Si les can­di­dats ne deviennent pas plus rai­son­nables, c’est un com­bat perdu d’avance.
 
Vous choi­sis­sez de deve­nir « un réserviste » ?
 
Je suis tou­jours libre et déter­miné. Je suis mobi­lisé par la situa­tion de Grenoble et prêt à par­ti­ci­per à un com­bat vic­to­rieux pour la mai­rie, pas à un com­bat secondaire.
 
 
po13-grenet-carignon-nl-013Avez-tou­jours « envie de Grenoble », comme vous l’avez affirmé à de nom­breuses reprises depuis l’hiver dernier ?
 
Ce n’est plus une envie, c’est désor­mais un devoir. Les dif­fi­cul­tés qui attendent Grenoble sont telles que je ne peux le conce­voir autrement. 
 
C’est votre troi­sième retour suc­ces­sif sur la scène poli­tique locale. Des retours tou­jours chao­tiques. La droite n’a‑t-elle pas les forces vives néces­saires pour pou­voir se pas­ser de vous ?
 
Je n’ai pas de cri­tique à faire des autres can­di­dats en lice. Je suis en revanche le plus légi­time face au suf­frage uni­ver­sel car je suis le seul à avoir battu Hubert Dubedout et Louis Mermaz. J’apporte ma contri­bu­tion, je par­ti­cipe au débat pour faire savoir aux habi­tants de cette ville qu’ils ne sont pas condam­nés à l’immobilité.
 
© Nils LounaPlus que la légi­ti­mité, la confiance des élec­teurs est éga­le­ment néces­saire. Les Grenoblois pour­raient-ils vous faire à nou­veau confiance mal­gré les condi­tions de votre départ en 1995 ?
 
Ils peuvent faire confiance à ce que j’ai réa­lisé à Grenoble pen­dant douze ans. Du tram­way aux musées, d’Europole au Synchrotron, des des­sertes rou­tières aux quar­tiers nou­veaux, j’ai trans­formé la ville. C’est à eux d’en déci­der. Mais je suis libre et apaisé aujourd’hui.
 
Parlons de l’avenir. Quelles sont les « dif­fi­cul­tés qui attendent les Grenoblois » que vous esti­mez être le seul à pou­voir contrecarrer ? 
 
L’ampleur de la tâche qui attend la pro­chaine équipe muni­ci­pale est énorme. La situa­tion finan­cière de la ville, par son niveau d’impôts consi­dé­rable et la dette exis­tante, ne laisse aucune marge de manœuvre. L’urgence est de por­ter le pro­jet de nou­velles infra­struc­tures rou­tières. Depuis dix-neuf ans, il n’y a pas eu une voi­rie sup­plé­men­taire dans la ville, alors que Lyon vient d’obtenir de nou­veaux contour­ne­ments dans les débats natio­naux. La com­mu­nauté d’agglomération n’a pas saisi la loi métro­pole pour sup­pri­mer l’échelon du dépar­te­ment dans l’agglomération, tout en le main­te­nant en rura­lité. C’est pour­tant une néces­sité pour concen­trer les pou­voirs et gagner en frais de fonc­tion­ne­ment. Grenoble est res­tée tota­le­ment immo­bile. La muni­ci­pa­lité n’a fait que gérer les affaires courantes.
 
© Nils LounaLa com­mis­sion mobi­lité 21 a reporté le rac­cor­de­ment de l’A51 avec Sisteron à après 2050. Quel recours pou­vez-vous repré­sen­ter dans ces conditions ? 
 
Le pro­blème de l’accès à Grenoble est un nœud com­plexe. Mettre en place le rac­cor­de­ment Grenoble-Sisteron implique d’agrandir l’A480, puisqu’il s’agit d’une tra­ver­sée Nord-Sud. C’est une négo­cia­tion glo­bale avec l’Etat qu’il s’agit de mener. J’ai su le faire à d’autres périodes, y com­pris quand la gauche était au pou­voir. J’ai gagné le Synchrotron et le musée de Grenoble sous Mitterrand. J’ai obtenu l’autoroute Grenoble-Valence, alors que la gauche était contre. On peut gagner les batailles en pré­sen­tant des dos­siers solides, des plans glo­baux, des solu­tions et des bud­gets précis.
En matière de dépla­ce­ment, il faut avoir une vue d’ensemble, trou­ver des idées nou­velles, avec dif­fé­rents finan­ce­ments publics-pri­vés et deman­der à l’Etat une par­ti­ci­pa­tion. Mais je ne vois pas qui pour­rait actuel­le­ment à Grenoble avoir la capa­cité de faire ce travail.
 
Vous avez choisi de réa­li­ser cette inter­view dans le quar­tier de l’Esplanade. Pour quelle raison ?
 
C’est le sym­bole de la béto­ni­sa­tion de la muni­ci­pa­lité Destot. La gauche uti­lise l’étalement urbain pour jus­ti­fier cela. Mais les Grenoblois ne veulent pas vivre dans la concen­tra­tion. De Villeneuve au Polygone, c’est la même poli­tique : celle de la sur­charge. Nous ne pou­vons pas impo­ser ce mode de vie à nos conci­toyens. Il faut orga­ni­ser des pôles de déve­lop­pe­ment qui per­met­tront à des petites et moyennes villes de se déve­lop­per en les rac­cor­dant par des modes de trans­ports rapides et régu­liers. Cette ville étri­quée fait fuir les entre­prises et donc les emplois. Les caté­go­ries sociales pro­fes­sion­nelles moyennes et aisées quittent celle ville com­pacte et sont rem­pla­cées par des habi­tants de condi­tions modestes, voire pauvres. La den­si­fi­ca­tion pau­pé­rise la ville. L’Insee dis­tingue Grenoble par le cumul des signes de pré­ca­rité et aucun quar­tier n’est épargné.
 
Rien ne jus­ti­fie cette poli­tique en réa­lité, si ce n’est un enjeu élec­to­ral. Dans cer­tains bureaux de vote de la Villeneuve, socia­listes et éco­lo­gistes tota­lisent 89 % des voix ! C’est une situa­tion anor­male en démo­cra­tie qui cache un fonc­tion­ne­ment clien­té­liste préjudiciable.
 po13-grenet-carignon-nl-021
 
Vous étiez lundi à Arcachon pour la réunion de l’association « Les amis de Nicolas Sarkozy ». Quel est le rôle de cette struc­ture, à l’heure où le droit d’inventaire du « sar­ko­zysme » est réclamé par plu­sieurs cadres de votre parti ?
 
La pre­mière réunion, celle de 2012, était nos­tal­gique car nous venions de perdre la pré­si­den­tielle. La deuxième, celle de cette année, était tour­née vers l’espoir qui est revenu très vite. Un an seule­ment après l’élection de François Hollande, c’est son camp qui est aujourd’hui dans la nos­tal­gie face aux pro­messes non tenues. Le rôle de cette asso­cia­tion est de por­ter de la recon­nais­sance à ce que Nicolas Sarkozy a fait par le passé et de l’espoir pour l’avenir.
 
Pendant que Les amis de Nicolas Sarkozy main­tiennent ce sou­ve­nir, le cou­rant de l’UMP de la droite forte – que vous sou­te­nez – n’est-il pas en train de pré­pa­rer le ter­rain d’une droi­ti­sa­tion du parti ?
 
C’est la thèse média­tique. Nicolas Sarkozy a fait recu­ler le Front National, contrai­re­ment à la gauche aujourd’hui. Nous n’avons aucune leçon à rece­voir, mais plu­tôt cer­taines à don­ner. La droite forte est por­tée par des jeunes cadres du parti qui ont des idées et qui posent de vraies ques­tions. La coexis­tence de plu­sieurs cou­rants est dans la nature même de l’UMP. Cela évite de res­ter immobile.
 
Propos recueillis par Victor Guilbert 
Photos par Nils Louna
 
 
L’entretien a été réa­lisé le mer­credi 4 sep­tembre au café La Tonnelle, dans le quar­tier de l’Esplanade à Grenoble. Il n’a pas été sou­mis à relec­ture mais a été com­plété à plu­sieurs reprises par télé­phone au cours de la semaine en rai­son des nou­velles actua­li­tés. Alain Carignon s’est pré­senté au ren­dez-vous en com­pa­gnie de Michel Tavelle, le chargé de com­mu­ni­ca­tion de l’UMP38. 
 
 

Extrait d’ouvrage choisi par Alain Carignon 

 

 

naissance 2« Naissance » de Yann Moix chez Grasset :

 

« Toute nais­sance est devant soi. C’est la mort qui est derrière ».

 

 

 

La convic­tion qu’il en tire 
 
 L’avenir est tou­jours devant soi, créa­tif comme mon tem­pé­ra­ment. C’est la route qu’il faut regar­der, pas le rétro­vi­seur du passé.
 
 
- Consultez ici les autres entre­tiens poli­tiques du Dimanche de Place Gre’net. 
 
 
 
 
 
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VG

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