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Trafic de stupéfiants : Jérôme Safar appelle à faire de Grenoble un territoire expérimental

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FOCUS – Jérôme Safar, président du groupe Rassemblement de gauche et de progrès, ne s’était pas manifesté depuis les déclarations du procureur de la République de Grenoble au sujet du trafic de stupéfiants gangrénant Grenoble. La publication de l’interview d’Élisa Martin sur Place Gre’net l’aura fait sortir du bois. L’élu, consensuel, évoque quelques pistes qui, l’espère-t-il, feront bouger les lignes pour résoudre les problèmes liés au trafic.

 

 

Jérôme Safar lors du conseil municipal du 10 avril 2017. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« J’avais choisi de ne pas réagir parce que les propos du procureur de la République se suffisent à eux-mêmes », nous déclare ce 3 août Jérôme Safar, conseiller municipal du groupe Rassemblement de gauche et de progrès.

 

De fait, l’élu ne s’était pas manifesté suite aux déclarations de Jean-Yves Coquillat, procureur de la République, sur le trafic de cannabis à Grenoble publiées par nos confrères du Dauphiné libéré. Et ce contrairement à d’autres responsables politiques qui n’avaient pas manqué de faire entendre leurs voix. Ce qui a poussé l’élu à sortir de son silence ? L’interview, tout récemment publiée sur Place Gre’net, d’Élisa Martin, première adjointe d’Éric Piolle déléguée à la tranquillité publique.

 

 

« J’ai un point d’accord majeur avec Élisa Martin »

 

 

« Je vais peut-être vous surprendre mais j’ai trouvé son interview extrêmement intéressante », nous apprend tout de go Jérôme Safar. Une bienveillance qui, outre l’expression d’un certain consensus, peut aussi s’expliquer par la volonté de l’élu de ne pas tomber dans de vaines querelles partisanes mais, au contraire, d’envisager un débat serein sur le fond.

 

« J’ai un point d’accord majeur avec Élisa Martin, c’est qu’il faut que nous sortions tous de cette espèce de jeu de ping-pong permanent qui veut que tout le monde pense avoir la solution alors que la situation est très complexe », explique le conseiller municipal. Dont il faut rappeler qu’il fut également premier adjoint de Michel Destot, ancien maire de Grenoble. Avec, entre autres casquettes, celle de délégué à la prévention et à la sécurité.

 

Elisa Martin, 1ère adjointe du maire de Grenoble. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Interview d’Élisa Martin, 1re adjointe du maire de Grenoble. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

 

À ce propos, l’élu ne manque pas de rappeler qu’après les émeutes de 2010 à la Villeneuve, il s’était adressé au conseil municipal à peu près dans les mêmes termes que ceux de Jean-Yves Coquillat. Ce qui lui avait valu, se rappelle-t-il, « une volée de bois vert, y compris de la part de la majorité ».

 

Revenant aux mesures prises par l’équipe Piolle en matière de tranquillité publique depuis 2014, Jérôme Safar souligne que « la plupart ont été initiées auparavant ». Avant de distribuer un bon point : « Heureusement, elles produisent des effets ou ont été améliorées et renforcées, ce qui est très bien », se félicite l’élu.

 

 

Un « ressenti de violence extrêmement fort »

 

 

Pour autant, foin des échanges stériles. « Je pense qu’il faut que nous ayons un débat qui sorte des effets de manches ou des batailles d’Hernani sur la sémantique, opposant la sécurité à la tranquillité, à la sûreté ou renvoyant le député à son travail quand il intervient, adroitement ou pas, et qui font que certains expriment leur désarroi face à l’image de la ville », expose Jérôme Safar.

 

Pour ce dernier, c’est de courage dont il faut faire preuve. « Celui de dire que notre ville est en difficulté, pour ne pas dire qu’elle est malade de cette économie parallèle qui pèse sur la vie quotidienne des Grenoblois. » Notamment à travers un « ressenti de violence exceptionnellement fort », décrit l’élu.

 

Conseil municipal de Grenoble. 6 mars 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Conseil municipal de Grenoble, 6 mars 2017. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Ce que Jérôme Safar a envie de demander à Élisa Martin « sans tomber, plaisante-t-il, dans la politique à deux balles » ? D’assumer le fond du problème devant le conseil municipal et sans vote, en invitant les partenaires de la Ville.

 

Tout particulièrement le procureur, s’il accepte, le préfet, le Codase et les unions de quartiers, pour envisager les solutions qui pourraient être apportées par les uns et les autres.

 

Un débat qui serait d’autant plus constructif que les points de désaccords sont déjà connus. « On ne va pas refaire le débat sur la vidéosurveillance, pas plus que sur l’armement de la police municipale ! », lance Jérôme Safar, soucieux d’illustrer ses propos. L’objectif ? « Démontrer aux Grenoblois que, sur ce sujet-là, il y a une volonté collective maximale d’essayer de venir à bout de cette gangrène qui crée de la violence et les inquiète. »

 

 

Un débat avec les acteurs concernés sur la légalisation du cannabis

 

 

Mieux, l’élu appelle de ses vœux un débat sur la légalisation, ou pas, du cannabis. Pas seuls entre membres du conseil municipal mais « avec des gens qui peuvent nous éclairer », précise-t-il. Notamment en matière de santé publique et sur les possibilités de faire migrer cette économie parallèle vers des circuits plus officiels. Le tout en ayant « la garantie maximale qu’on n’ira pas demain vers le développement d’autres trafics dans les quartiers puisque c’est aussi une des questions centrales », tient à nuancer Jérôme Safar.

 

Un “joint” de cannabis. DR

 

Quant aux propos de Jean-Yves Coquillat, « ils ont le mérite de permettre, si l’on se saisit astucieusement et collectivement du dossier, de le poser enfin sur la table, différemment, et de se dire “on a un sérieux problème à Grenoble, il faut le résoudre” », estime Jérôme Safar. Pour autant, « restons objectifs, anticipe l’élu, nous n’allons pas le résoudre en quelques mois ou quelques semaines. »

 

 

Les caméras individuelles ? « C’est une bonne décision »

 

 

L’autre information importante que relève Jérôme Safar à la lecture de l’interview d’Élisa Martin concerne la dotation de la police municipale en caméras individuelles. « En 2012, j’étais favorable à cet équipement mais sceptique parce que le matériel, à l’époque, n’était pas fiable. Maintenant qu’il l’est, je trouve que c’est une bonne décision », reconnaît le conseiller municipal. Qui explique : « Il faut le dire parce que, si l’on est toujours dans l’opposition systématique, on crée un climat anxiogène qui fait que les gens ne comprennent plus rien et ont l’impression que l’on ne fait rien. »

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Revenant sur le thème des dotations en armes de poing de la police municipale, Jérôme Safar, égratignant le consensus, relève une inexactitude dans les réponses de la première adjointe.

 

Laquelle ? L’assertion de l’élue arguant qu’en armant la police municipale « il [Jérôme Safar, ndlr] changeait le cadre d’emploi puisqu’il voulait les envoyer la nuit dans un certain nombre de quartiers un peu tendus ». Ce à quoi il répond : « Je ne ressens pas cette inexactitude comme une attaque. Oui, je changeais la doctrine d’emploi et je l’assume. Mais pour autant je ne demandais pas à la police municipale d’aller dans des quartiers tendus, c’est plutôt le contraire. »

 

 

La création d’un territoire expérimental à Grenoble ?

 

 

Pour Jérôme Safar, à partir du moment où l’État engageait les zones de sécurité prioritaires (ZSP) sur les quartiers tendus comme le Village olympique, Villeneuve, Teisseire ou encore  Mistral, la Ville s’engageait à ce que les équipes de nuit aillent sur les autres secteurs avec l’armement. Ce qui permettait un partage efficace du territoire entre la police nationale et une police municipale dotée d’armements.

 

Pour en revenir au fond, à savoir le trafic de stupéfiants à Grenoble, Jérôme Safar, qui n’est pas à court de propositions, caresse l’idée de proposer à l’État la création d’un territoire expérimental à Grenoble. « J’ai beaucoup évolué sur ces questions-là car je pense sincèrement que, vu l’ampleur du phénomène et l’échec des politiques publiques, nous devons regarder s’il ne serait pas possible d’expérimenter quelque chose », se prend à espérer l’élu.

 

 

Joël Kermabon

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Commentaires 11
  1. Apres des decennies d’echec face au trafic croissant : un procureur courageux des elus courageux a grenoble. , on va peut etre arriver a quelque chose !

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  2. Typiquement français: noyer le poisson pour ne pas faire face à ses responsabilités. Grenoble cobaye de qui, de quoi ??? Le problème soulevé concerne toute la France, sur tous les continents, alors pourquoi proposer cette expérience locale ??? Pour se voiler la face, une fois de plus ? Il y a des fois où certains devraient se taire.

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  3. Bandes de quiches parlez de ce que vous connaissez. . !!!! Grenoble ville pourrie ….laxisme de tout le monde et angelisme des elus….

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  4. Des personnes qui en réunion trouve qu’ il.y a trop de policiers à grénoble et après déplorent les résultats de leur politique laxiste.
    Des jeunes à scooter passent devant les policiers place Victor hugo sans casque et pas de réactions de leurs part.
    Ou alors un étudiant poignardé à 17h30 en plein centre ville.
    Grenoble parmi les villes ou le taux d’agression et de délits ontexplosés.
    Et goûts ces personnes qui dénoncent cela sont les principaux responsables.
    Yann

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  5. Je propose de cultiver le cannabis et le pavot dans le parc Paul Mistral avec une appelation
    OGBP (Origine grenobloise bio protégée) Dont les benefices compenseront la diminution des taxes locales

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  6. Pour une fois je suis presque entièrement d’accord avec J. Safar sauf quand il dit que La police municipale armée aurait pu aller dans les autres quartiers que les quartiers chauds. A quoi aurait elle servi à part exhiber ses armes ?
    Dépénaliser le cannabis ? Pour moi c’est oui Mais tant que la misère sociale, le chômage ou le manque d’avenir que ressentent les jeunes ne seront pas traités on n’arrivera à rien. Plus de cannabis ? Les maffieux trouveront autre chose pour gagner facilement de l’argent.

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  7. Rien d’étonnant à la complaisance envers Elisa Martin, d’une personne qui porte une lourde responsabilité (avec ses amis de l’époque aujourd’hui aux commandes de la munipalité donc) quand à la situation Grenobloise décrite par le procureur de la république.

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  9. Légaliser le cannabis ? Pourquoi pas. Mais :
    – le cannabis procure un revenu extremement : comment imaginer que ceux qui en profitent acceptent d’en être désaisi ?
    – par conséquent une autre forme de criminilaté se developpera pour combler le “déficit”.
    La question est alors : quelle forme revêtira cette nouvelle violence ? Pire ou non ?
    Conclusion : légaliser le cannabis ne servira peut-être à rien.

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    • La légalisation ne résoudra pas le problème du phénomène mafieux. Car c’est bien de quoi il s’agit. Le trafic de stup’ est une activité mafieuse internationale et ces organisations n’ont rien à envier aux multinationales question sophistication. La fin de la prohibition au USA n’a pas vu la fin de la mafia, bien au contraire.
      La légalisation est un faux débat parce que (a) il ne se pose pas en terme de lutte contre la criminalité ou de sécurité et (b) il soulève un certains nombre de questions assez critiques (comme par exemple légalisation = amnistie ou pas?) qui vont nécessiter un débat aussi profond que long menant à un consensus le plus large possible dans l’ensemble de notre société.
      Jusqu’à présent, toutes les expériences de légalisation en Europe se sont soldées par des échecs. Quant à l’exemple américain (Colorado par exemple), il n’est tout simplement par valide pour deux raisons: (a) il ne s’agit que d’un état fédéré et pas de l’ensemble du territoire et (b) la possession et la consommation de stup’ dans la plupart des états mène à la prison parce que la consommation de drogue est criminalisée, ce qui n’est plus le cas en France depuis longtemps, fort heureusement.

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  10. Toujours aussi impayable le Jérôme Safar, toujours prêt à utiliser n’importe quel expédient pour revenir sur le devant de la scène…
    Tu a choisi Villeurbanne, il y a plein de problèmes à Villeurbanne, et les mêmes qu’à Grenoble, non?

    Tu as été élu pendant 15 ans dont 6 ans premier adjoint en charge de la sécurité, et avant ça directeur de Cabinet, non? Ton bilan?

    Pourquoi Grenoble mériterait-elle d’être expérimentale plus que Marseille, Lyon (Place du Pont) Villeurbanne, Strasbourg, les banlieues parisiennes etc. où la situation est exactement la même ? Pourquoi?
    La seul spécificité de Grenoble, qu’elle partage avec Marseille, c’est que les quartiers sont dans la ville, et pas en banlieue.
    Par ailleirusd, le phénomène ne touche pas que grenoble mais l’ensemble de la région grenobloise au delà de la Métro.

    Expérimenter quoi, Jérôme? Que veux tu donc expérimenter avec des mafias internationales et des gens qui ont choisi la carrière de truands professionnels?

    Pas un politique pour rattraper les autres, à gauche comme à droite.
    Personne ne veut comprendre et assumer la triste réalité: régler le problème, on sait très bien comment le faire. Il va falloir pour cela des opérations anti-mafia sur l’ensemble du territoire français, voir l’échelle européenne, pas qu’à Grenoble, de magnitude de celles auxquelles avaient procédé et procèdent encore nos amis italiens, le tout avec une très forte pression de notre diplomatie sur les pays producteurs et de transit (l’Espagne sera heureuse de collaborer et le fait déjà) et sur les pays qui abritent les circuits financiers de blanchissement – on les connait également.

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