Charlotte Marchandise : « Je me sens comme un objet politique non identifié »

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ENTRETIEN – Montrer que les citoyens ont un réel pouvoir, que tout le monde a la légitimité de s’engager en politique, « remettre les comptes de la nation à l’équilibre », avoir une politique cohérente quant aux sujets du climat, de la géopolitique, de la migration ou encore du statut de travailleur… Charlotte Marchandise-Franquet, candidate à la présidentielle issue du vote citoyen sur la plateforme laprimaire.org, a partagé lors de sa première visite à Grenoble sa vision de la politique et dévoilé des éléments de son projet de société. Rencontre.

 

 

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, 14 fevrier 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Charlotte Marchandise Franquet à Grenoble, le 14 février 2017. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Charlotte Marchandise, bien­ve­nue en terre gre­no­bloise

 

Consultante-for­ma­trice spé­cia­li­sée dans les inéga­li­tés sociales de santé, Charlotte Marchandise a rejoint en 2014 en tant que membre de la société civile, la liste “Changez la Ville” (com­po­sée de 30 % d’EELV ,  30 % de Front de Gauche  et  30 % de citoyens) aux élec­tions muni­ci­pales de Rennes. Élue après une fusion avec la liste PS au second tour, elle a été nom­mée adjointe délé­guée à la santé.

 

A ce titre, elle a été élue en sep­tembre 2014 à la pré­si­dence du Réseau fran­çais des villes-santé de l’OMS par les élus des 86 villes membres en France. A tra­vers ce réseau, elle porte une action en faveur des poli­tiques de santé muni­ci­pales, en lut­tant contre les inéga­li­tés sociales de santé. Elle se porte can­di­date citoyenne à la pré­si­den­tielle 2017 suite au vote popu­laire sur la pla­te­forme laprimaire.org.

 

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, 14 fevrier 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Fabien Malbet, adjoint à l’é­cole et au patri­moine sco­laire, Charlotte Marchandise-Franquet, et Pascal Clouaire, le 14 février 2017. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

C’est à l’in­vi­ta­tion de Pascal Clouaire, adjoint à la démo­cra­tie locale, et du Réseau citoyen de Grenoble que Charlotte Marchandise-Franquet est venue pour la pre­mière fois dans la capi­tale des Alpes ce mardi 14 février.

 

Au pro­gramme : des ren­contres avec des citoyens, des mili­tants, des poli­tiques – dont le maire de Grenoble Eric Piolle – et une confé­rence publique sur le thème « Comment pas­ser outre des choix impo­sés par les par­tis poli­tiques ? »

 

Pourquoi l’a-t-on invi­tée à Grenoble ? « Charlotte Marchandise-Franquet repré­sente extrê­me­ment bien ces mou­ve­ments citoyens qui émergent par­tout en France et qui, à Grenoble, s’inscrivent plei­ne­ment dans notre his­toire avec la pra­tique de par­ti­ci­pa­tion ancrée dans le ter­ri­toire depuis le début du siècle, confie Pascal Clouaire. Nous sou­hai­tons l’encourager parce que, pour nous, c’est une pre­mière pierre, pre­mière étape dans quelque chose de nou­veau qui com­mence à appa­raître. »

 

 

 

 

Place Gre’net : Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la campagne présidentielle ?

 

 

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, 14 fevrier 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Charlotte Marchandise Franquet. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Charlotte Marchandise : Il y a plu­sieurs rai­sons. Premièrement, j’ai décou­vert la pla­te­forme laprimaire.org, créée par David Guez et Thibauld Favre, qui ont décidé d’in­ven­ter un outil pour que tout le monde puisse se pré­sen­ter à cette élec­tion. Ils ont fait un tour de France, ils ont pré­senté le pro­jet à Rennes et j’ai été bluf­fée par l’ouverture, la trans­pa­rence et la rigueur de leur démarche.

 

Je n’avais pas du tout l’intention de me pré­sen­ter. Sauf que, quand je suis allée voir la pla­te­forme, j’ai vu que 200 hommes se pré­sen­taient et seule­ment 8 femmes. Cela m’a d’abord fait râler. Puis je me suis dit : « Les femmes n’y vont pas. Prenons nos res­pon­sa­bi­li­tés en enga­geons-nous. Et si ça ne marche pas, au moins on l’aura fait. »

 

Deuxième rai­son :voter blanc aurait été, au fond pour moi, un choix cohé­rent pour l’é­lec­tion pré­si­den­tielle, sauf que ce vote n’est pas reconnu. Quelqu’un qui est élu avec 70 % d’abstention est quand même élu. Et si je ne fais pas ça, qu’est-ce qu’on pro­pose, qu’est-ce qu’on invente ? Comment on attaque le popu­lisme en pro­po­sant quelque chose de dif­fé­rent, quelque chose qu’on n’a pas encore fait ?

 

La troi­sième rai­son est celle du tra­vail à long terme : mon­trer que tout le monde peut s’engager dans la poli­tique et se sen­tir légi­time en s’engageant à un moment donné. Peu importe si on l’a des diplômes ou pas, comme vous l’avez fait à Grenoble ! L’idée est de se dire qu’on est tous co-res­pon­sables.

 

Je n’ai pas de grande expé­rience en poli­tique, je ne pré­tends pas tout savoir et, néan­moins, ça ne m’empêche pas de débattre au niveau poli­tique. Au contraire, c’est une façon de témoi­gner qu’on peut faire de la poli­tique autre­ment. C’est impor­tant que d’autres per­sonnes le fassent ! Il ne s’agit pas pour moi d’être un modèle, mais d’être comme tous les gens qui font le pre­mier pas, qui s’engagent pour dire aux autres : « Engagez-vous aussi ! »

 

 

 

Vous dites que « la politique n’est pas un métier ». Cependant, votre activité d’élue vous prend beaucoup de temps et peut être considérée comme une profession…

 

 

J’ai gardé ma car­rière de for­ma­trice à côté de mon man­dat et je me bats pour la gar­der, ce qui n’est pas tou­jours facile parce que, quand on est élu, on ne trouve pas de tra­vail. Je me bats pour gar­der ma pro­fes­sion, parce que je ne veux sur­tout pas être dépen­dante à 46 ans (à la fin de son man­dat, ndlr), me retrou­ver sans rien (il n’y a pas de pos­si­bi­lité de chô­mage après un man­dat) et devoir me tra­hir en accep­tant les deals que je n’aimerais pas. Pour moi, il est essen­tiel de conti­nuer ma car­rière ou, en tout cas, de tra­vailler sur le sta­tut de l’élu qui per­met de se retour­ner et d’avoir droit au chô­mage et droit à la for­ma­tion. Il faut aller plus loin au niveau natio­nal pour évi­ter le “pan­tou­flage”, c’est-à-dire des élus qui partent dans le sec­teur ban­caire par exemple, ce qui est scan­da­leux.

 

 

 

A l’issu de ce mandat, pensez-vous vous présenter pour un deuxième ?

 

 

Je suis convain­cue qu’au deuxième man­dat à la santé je serai moins bonne qu’au pre­mier. Sans pré­tendre être très bonne, je pense avoir apporté beau­coup de choses avec une éner­gie nou­velle… Je n’aurai pas la même éner­gie pour un deuxième man­dat et c’est bien de lais­ser la place. Après, ce qui se pas­sera au niveau poli­tique dans la ville de Rennes ou ailleurs, dif­fi­cile à dire… Est-ce qu’il y aura d’autres échéances élec­to­rales avec du sens ? Je pense notam­ment à des euro­péennes… En fait, peu importe ce que moi je ferai, ce qui est impor­tant c’est com­ment on est en train de construire une nou­velle éthique de l’élu. Je suis com­plè­te­ment contre le cumul des man­dats et c’est fon­da­men­tal.

 

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, 14 fevrier 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, le 14 février 2017. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

 

 

Est-ce que pendant votre campagne vous allez conserver votre poste d’élue ?

 

 

Si j’ai les 500 signa­tures de maires, non. Déjà aujourd’hui, j’ai réduit mon acti­vité d’élue à deux jours par semaine, ce qui n’est pas com­plè­te­ment inco­hé­rent par rap­port à mes fonc­tions d’élue telles qu’elles sont aujourd’hui. Si nous avons les 500 signa­tures, on pas­sera dans une autre phase de cam­pagne, je deman­de­rai donc à la maire (et c’est une chose déjà dis­cu­tée avec elle et avec mon groupe) d’être rele­vée de ma délé­ga­tion d’adjointe pour conti­nuer d’être une conseillère muni­ci­pale, mais ne plus être adjointe le temps de la cam­pagne.

 

 

 

Vous sentez-vous proche des idées de certains partis politiques ?

 

 

Au niveau local, je me sens proche de plein d’idées. Il se passe des choses for­mi­dables au niveau local dans des villes qui sont PS, qui sont de gauche, même les villes de droite… Dans des ban­lieues pari­siennes, il y a des villes de droite où les élus font un bou­lot extra­or­di­naire. Je me sens extrê­me­ment proche de toutes les démo­cra­ties locales, citoyennes appli­quées…

 

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, 14 fevrier 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Charlotte Marchandise Franquet. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

On n’est pas d’accord sur tout, mais ce n’est pas grave, car c’est aussi ça la poli­tique. Je pense qu’on a une richesse dans la démo­cra­tie locale qu’on ne donne pas à voir, qu’on a des élus locaux extrê­me­ment impli­qués. Mais ce n’est pas eux qu’on voit, on a plu­tôt ten­dance à voir ceux qui abusent.

On ne voit pas assez le nombre d’élus qui bougent, qui se battent pour leur popu­la­tion, les élus ruraux qui se battent tous les jours pour gar­der de la culture, pour faire des ludo­thèques mobiles, pour gar­der les écoles… La ques­tion n’est pas celle de « droite ou gauche ». Je suis très fière de par­ti­ci­per à la majo­rité de la ville de Rennes, même s’il y a des points avec les­quels je ne suis pas en accord, car cela n’empêche pas de tra­vailler. Et le jour où, éthi­que­ment, je ne pour­rai pas y tra­vailler, on arrê­tera. Mais aujourd’hui, on avance et on avance bien.

 

 

 

Dans votre carrière de formatrice, vous travaillez avec le statut d’auto-entrepreneur ?

 

 

Oui, je suis auto-entre­pre­neur et j’essaie d’en sor­tir. Je me suis retrou­vée au RSI (régime social des indé­pen­dants) et c’est un cau­che­mar… Les orga­nismes de for­ma­tion recrutent de moins en moins de for­ma­teurs auto-entre­pre­neurs, parce que c’est consi­déré comme du tra­vail déguisé. Il faut donc plu­tôt trou­ver des contrats de for­ma­teur occa­sion­nel. Je connais bien toutes les dif­fi­cul­tés liées au sta­tut d’auto-entrepreneur. La pre­mière fois où je me suis dit que j’al­lais me pré­sen­ter à la pré­si­dence de la République, c’était pour sup­pri­mer le RSI. C’était pour rire, mais je conti­nue de por­ter cette idée-là.

 

 

 

Vous vous définissez en tant qu’humaniste. Qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?

 

 

C’est la notion de droit fon­da­men­tal humain, d’égalité, de fra­ter­nité, de soli­da­rité et, évi­dem­ment, de liberté. C’est-à-dire la liberté de choi­sir son tra­vail, son édu­ca­tion, son lieu de vie. Pour moi, la poli­tique huma­niste est la poli­tique qui per­met à cha­cun de s’épanouir et de déve­lop­per son droit à vivre bien, à éga­lité et pas au dépens des autres.

 

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, 14 fevrier 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Charlotte Marchandise Franquet inter­pel­lée par une asso­cia­tion de per­sonnes sourdes et mal­en­ten­dantes lors de sa visite à Grenoble, 14 février 2017. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

 

 

Vous parlez de l’installation de « l’humanisme, [de] la justice sociale et [de] la protection du vivant au cœur d’une démocratie réelle ». Quelles seront vos mesures concrètes pour cela ?

 

 

D’abord, la démo­cra­tie c’est l’appel à l’assemblée consti­tuante pour chan­ger la cin­quième République qui a été créée par de Gaulle pen­dant les trente glo­rieuses et qui n’est clai­re­ment plus adap­tée, avec un pré­sident qui vit dans un palais. Ensuite, il faut réfor­mer l’Assemblée, pour y avoir un groupe citoyen. Et ça c’est un objec­tif, « moi, pré­si­dente ». Ce groupe de citoyens ne doit pas être d’accord sur tout, mais sur les ques­tions d’éthique, de trans­pa­rence, ils doivent se dire « ce n’est pas nor­mal qu’on soit le seul pays au monde où les par­le­men­taires gagnent de l’argent ». Et on fait une assem­blée qui ne soit pas consti­tuée que d’hommes blancs de 60 ans qui ont fait Science Po – Ena. C’est un enjeu majeur pour qu’on puisse croire aux poli­tiques.

 

Sur la jus­tice sociale, une des mesures emblé­ma­tiques est le revenu uni­ver­sel. On l’envisage comme une dota­tion incon­di­tion­nelle d’autonomie. C’est bien de mettre « auto­no­mie » dans cette notion-là, mais c’est un pro­jet de société. Le revenu uni­ver­sel c’est per­mettre à cha­cun de vivre digne­ment et d’a­voir accès aux droits fon­da­men­taux comme l’eau, l’électricité, le loge­ment…

 

 

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, 14 fevrier 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Lors de la confé­rence « Comment pas­ser outre des choix impo­sés par les par­tis poli­tiques ? » © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

 

C’est aussi tra­vailler autour des mesures de loge­ment, autour de la fis­ca­lité – il y a une réforme essen­tielle à avoir sur la fis­ca­lité qui est en lien avec le revenu uni­ver­sel –, c’est tra­vailler sur la ques­tion du temps de tra­vail, sur la for­ma­tion tout au long de la vie. Sur ce sujet, on est très en retard en France. Le revenu uni­ver­sel est un façon de redon­ner l’accès aux droits d’abord, mais aussi de don­ner des pos­si­bi­li­tés d’évolution, des pos­si­bi­li­tés d’engagement vis-à-vis des proches, du monde asso­cia­tif, du poli­tique… J’irai un peu plus loin dans ce qu’on est en train de tra­vailler. C’est aussi une façon de remettre les comptes de la nation à l’équilibre.

 

 

 

Dans vos propositions pour une culture de la paix, vous accordez une place importante à la « citoyenneté mondiale ». Est-ce que vous vous définissez comme mondialiste ? Qu’est-ce que « citoyenneté mondiale » veut dire pour vous ?

 

 

C’est la notion de « mon­dia­lité » plu­tôt que la « mon­dia­li­sa­tion ». On a peut-être plus que jamais un des­tin par­tagé en terme d’humanité. La tran­si­tion éco­lo­gique, on ne va pas pou­voir la faire cha­cun au niveau de son pays, il faut la faire au niveau mon­dial. Les tran­si­tions démo­cra­tiques éga­le­ment. On a des enjeux mon­diaux qui peuvent aller vers le pire ou le meilleur.

 

Il y a de vrais men­songes par rap­port aux ques­tions migra­toires : on ne peut pas fer­mer les fron­tières, ça ne mar­chera pas. On ne peut pas conti­nuer d’avoir des gens qui se noient dans la Méditerranée devant nous, alors que nous sommes extrê­me­ment riches. L’humanité gran­dit, com­ment est-ce qu’on va deve­nir 9 mil­liards de per­sonnes ? On a des solu­tions pour réflé­chir au cli­mat, nour­rir l’humanité… Et ces solu­tions ont une influence fon­da­men­tale sur la poli­tique. Sortir du pétrole ce n’est pas qu’une ques­tion de pol­lu­tion de l’air, c’est une ques­tion géo­po­li­tique : c’est arrê­ter d’acheter le pétrole qui poten­tiel­le­ment finance le ter­ro­risme.

 

 

 

Dans votre projet, vous envisagez de « mettre nos forces armées en charge des interventions extérieures sous commandement de l’Onu »

 

 

Je ne suis évi­dem­ment pas en capa­cité de déve­lop­per une stra­té­gie poli­tique mili­taire toute seule. En revanche, j’ai ren­con­tré des hauts gra­dés de l’armée, des gens qui tra­vaillent pour le mou­ve­ment de la paix… Il est ques­tion de l’inefficacité des déci­sions, y com­pris au plus haut niveau. Il y a des ques­tions qui se posent quand on a un pré­sident de la République qui prend la déci­sion d’intervenir en Libye un dimanche soir, après avoir parlé à Bernard-Henri Levy sans consul­ter son haut com­man­de­ment.

 

Il y a de vraies ques­tions qui doivent se poser en alliance avec des asso­cia­tions inter­na­tio­nales, avec les gens qui sont sur le ter­rain. Les recom­man­da­tions peuvent évo­luer au fur et à mesure que l’on ren­contre des gens. Ce qui est cer­tain c’est qu’il faut arrê­ter de faire n’importe quoi et sur­tout, si on veut faire la paix, il faut arrê­ter de faire la guerre. Les inter­ven­tions mili­taires, l’ingérence qu’on peut avoir au niveau des peuples font plus de mal que de bien. On le voit dans plein d’endroits.

 

Quant à l’Otan, on peut déjà ima­gi­ner en sor­tir pour faire un com­man­de­ment armé (sor­tir du com­man­de­ment inté­gré de l’Otan) et pou­voir reprendre une pos­ture de diplo­ma­tie. Si demain je suis plus proche de la pré­si­dence, on sera en mesure de consul­ter des spé­cia­listes sur ces ques­tions. Mais ce qu’on ne lâchera pas c’est la cohé­rence.

 

 

 

Que pensez-vous de Grenoble « ville-laboratoire » ?

 

 

On parle sou­vent de Grenoble au conseil muni­ci­pal, en citant l’exemple des mesures concrètes comme l’in­ter­dic­tion de la publi­cité, le sys­tème de vota­tion citoyenne… A Grenoble, il y a cette idée de groupe citoyen, de col­lec­tifs citoyens en dehors des par­tis et c’est une façon d’aborder la poli­tique dif­fé­rem­ment, par d’autres logiques que ce qu’on a actuel­le­ment. Quand on cite Grenoble, évi­dem­ment on parle de poli­tique vélo et poli­tique trans­port.

 

J’avais très envie de venir à Grenoble, parce que j’entends sou­vent par­ler de cette ville. J’ai ren­con­tré plu­sieurs élus de Grenoble à diverses occa­sions. L’exemple d’une ville-labo­ra­toire per­met de pas­ser à une autre échelle. Du fait de la situa­tion de crise, il ne faut pas qu’on ait une ville-labo­ra­toire, il faut qu’on passe à dix mille, vingt mille…

 

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, 14 fevrier 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Près de cent per­sonnes étaient pré­sentes à la confé­rence « Comment pas­ser outre des choix impo­sés par les par­tis poli­tiques ? » avec la par­ti­ci­pa­tion de Charlotte Marchandise, à Sciences Po Grenoble. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

 

 

 

Comment vous sentez-vous dans ce “système politique” depuis le début de la campagne ?

 

 

Je me sens comme un objet poli­tique non-iden­ti­fié. J’ai l’impression que dès que je vais dire quelque chose je vais vexer quelqu’un. Je ne com­prends pas tous les enjeux poli­tiques. Comme ils ne m’intéressent pas, je ne tâche pas de les com­prendre. Je me sens com­plè­te­ment en dehors.

 

 

Yuliya Ruzhechka

 

 

 

« REDONNER CONFIANCE DANS LES POLITIQUES »

 

Ce qui lui tient au cœur ? « La trans­ver­sa­lité et une façon dif­fé­rente de faire de la poli­tique, qui per­met­trait d’avoir des logiques cohé­rentes. C’est-à-dire, au lieu d’avoir une poli­tique de la paix d’un côté et de l’autre de don­ner la légion d’honneur à l’Arabie Saoudite ou de vendre des armes à des dic­ta­teurs, que nous soyons cohé­rents par­tout, avec toutes nos poli­tiques. Ne pas avoir la Cop21 d’un côté et les bus Macron de l’autre. »

 

Charlotte Marchandise Franquet lors de sa visite à Grenoble, 14 fevrier 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Charlotte Marchandise Franquet. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Les enjeux de sa cam­pagne ? Redonner confiance dans les poli­tiques (« On a une urgence démo­cra­tique dans notre pays avec 98 % de jeunes qui pensent que les poli­tiques sont cor­rom­pus »), don­ner « le réel pou­voir aux gens » pour faire mar­cher la démo­cra­tie directe, dénon­cer les « pra­tiques mafieuses » de la poli­tique.

 

« Je connais une can­di­date aux légis­la­tives à qui on a dit « si tu ne sou­tiens pas notre can­di­dat à la pré­si­den­tielle, on met quelqu’un en face de toi.

C’est scan­da­leux ! On dit dans la presse « les maires ont peur de don­ner leurs par­rai­nages, parce qu’ils ont peur des repré­sailles ». C’est un droit démo­cra­tique de grand élec­teur mais c’est une pra­tique mafieuse ! Un maire m’a dit « je te sou­tiens, mais ne le dis pas tout de suite »…

 

Sortir des « clivages gauche-droite »

 

Un autre enjeu impor­tant pour la can­di­date est de chan­ger la para­digme et de sor­tir des « cli­vages gauche-droite » : « A l’issue de la pre­mière étape de la pri­maire citoyenne, on s’est retrou­vées à 16 per­sonnes et j’ai lancé un appel à la can­di­da­ture col­lec­tive en disant « si on veut ren­ver­ser la vapeur, certes, on joue le jeu de la 5e République avec un can­di­dat, mais ce n’est pas parce que je suis can­di­date que je sais tout. Renversons le sys­tème avec une can­di­da­ture col­lec­tive. […]

 

Je pense que l’humanisme n’est pas une ques­tion de gauche, la lutte contre l’évasion fis­cale n’est pas une ques­tion de gauche, l’en­tre­pre­neu­riat n’est pas une ques­tion de droite, on change de para­digme. […] « Nous étions 12 au 2e tour avec le juge­ment majo­ri­taire, ce qui est vrai­ment hau­te­ment démo­cra­tique : on ne vote pas pour une per­sonne, mais on éva­lue cha­cun de can­di­dats en don­nant une note de “insuf­fi­sant” à “très bien”. Cette note est la plus repré­sen­ta­tive de l’opinion géné­rale. Certes, c’était en ligne, mais nous avons eu beau­coup de votants, envi­ron 32 000. »
Pour pas­ser à l’é­tape sui­vante de l’é­lec­tion pré­si­den­tielle, Charlotte Marchandise Franquet a besoin de recueillir 500 par­rai­nages de maires, dépu­tés, séna­teurs, par­le­men­taires euro­péens, conseillers régio­naux et géné­raux ainsi que de membres de l’Assemblée corse et des Assemblées d’outre-mer. Pour l’ins­tant, elle a une qua­ran­taine de par­rai­nages confir­més. « En plus de cela, 200 élus sont inté­res­sés par la démarche. » « On aurait un mois de plus, on aurait les 500 par­rai­nages, affirme la can­di­date. Commencer le 31 décembre était trop tard pour se don­ner des moyens. Je pense qu’on va les avoir, mais c’est la course contre la montre ».

 

YR

 

 

 

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