Nouvelle saison très politique à la MC2 : Grenoble

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FOCUS – En dépit des récentes déconvenues qui ont frappé la MC2 coup sur coup – baisses des subventions de la Ville de Grenoble puis conséquemment de la région Auvergne-Rhône-Alpes –, l’équipe de la structure a récemment présenté sa nouvelle saison au public. Tour d’horizon de cette programmation 2016 – 2017 à l’aune d’une thématique très actuelle et, donc, très politique.

 

 

 

Sfumato (29 et 30 novembre à la MC2), du chorégraphe Rachid Ouramdane, co-directeur du Centre chorégraphique national de Grenoble, nouvellement baptisé CCN2. © Jacques Hoepffner

Sfumato (29 et 30 novembre à la MC2), du cho­ré­graphe Rachid Ouramdane, co-direc­teur du Centre cho­ré­gra­phique natio­nal de Grenoble, nou­vel­le­ment bap­tisé CCN2. © Jacques Hoepffner

La MC2, mai­son de la culture de Grenoble, a mis sa nou­velle sai­son 2016 – 2017 en ligne. La pro­gram­ma­tion a‑t-elle pâti des baisses de sub­ven­tion de la Ville – de 6 %, soit de 104.286 euros sur les 1.758.962 euros alloués en 2015 – et de la Région – qui s’est ali­gnée sur la Ville en bais­sant éga­le­ment son aide de 6 %, soit de 30.000 euros ? « Oui, il y a bien une consé­quence directe sur le nombre de repré­sen­ta­tions pro­po­sées, moins impor­tant que les années pré­cé­dentes, par­ti­cu­liè­re­ment en automne », confirme Jean-Paul Angot, direc­teur de la MC2.

 

 

Pour autant, même si le nombre de spec­tacles est sen­si­ble­ment infé­rieur aux sai­sons pré­cé­dentes, les pro­po­si­tions de théâtre, musique, danse et, dans une moindre mesure, de cirque – avec le seul Celui qui tombe, de Yoann Bourgeois – sont suf­fi­sam­ment riches et éclec­tiques pour ris­quer de s’y perdre. C’est pour­quoi, plu­tôt que d’énumérer les grands noms de cette pro­gram­ma­tion façon cata­logue indi­geste, nous avons décidé de suivre un fil rouge, émi­nem­ment actuel : celui de la poli­tique. Tour d’horizon, poli­tique donc, de la sai­son 2016 – 2017 de la MC2.

 

 

 

Musique et politique

 

 

Antoine Pecqueur, pro­gram­ma­teur de la musique clas­sique à la MC2, ouvre la voie en pro­po­sant un cycle « musique et poli­tique », élec­tion pré­si­den­tielle oblige. Une manière de mon­trer que la musique vibre tout autant avec son temps que le fait le théâtre. On retient de ce cycle, par­ti­cu­liè­re­ment dense, deux pro­po­si­tions.

 

Le pianiste Matan Porat interprétera les "musiques dégénérées sous l'Allemagne nazie" jeudi 13 octobre à la MC2. © Neda Navaee

Le pia­niste Matan Porat inter­pré­tera les « musiques dégé­né­rées sous l’Allemagne nazie » jeudi 13 octobre à la MC2. © Neda Navaee

Le jeune pia­niste israé­lien Matan Porat jouera jeudi 13 octobre – dans le fameux audi­to­rium à l’acoustique impec­cable – une musique jugée « dégé­né­rée » sous l’Allemagne nazie. Un réper­toire varié donc, le Troisième Reich ban­nis­sant aussi bien la musique ato­nale ou le jazz que les œuvres écrites par des com­po­si­teurs juifs. Matan Porat jouera ainsi, entre autres, Claude Debussy, Igor Stravinsky, George Gershwin ou Bélà Bartók…

 

Les 12 et 13 avril 2017, soit quelques jours avant le pre­mier tour des pré­si­den­tielles en France, sera donné le bien nommé Votez pour moi !

 

Une paro­die de cam­pagne élec­to­rale aux accents d’opéra-comique pro­po­sée par les chan­teurs et ins­tru­men­tistes de la Clique des Lunaisiens.

 

 

 

Théâtre et politique

 

 

Moins affi­chées que dans le cas de la musique clas­sique, cer­taines des pro­po­si­tions théâ­trales de cette sai­son 2016 – 2017 ne versent pas moins dans des consi­dé­ra­tions poli­tiques aussi his­to­riques qu’ac­tuelles. Aussi ren­contre-t-on chez dif­fé­rents met­teurs en scène, aux esthé­tiques pour­tant aux anti­podes, des pré­oc­cu­pa­tions voi­sines quant à la mon­tée des extré­mismes en Europe, notam­ment.

 

C’est le cas de Bérangère Jeannelle, dont le spec­tacle Melancholia Europea, créé à la MC2 en jan­vier 2017, porte le sous-titre « enquête démo­cra­tique ». À par­tir de l’œuvre des phi­lo­sophes Hannah Arendt, Walter Benjamin ou Emmanuel Levinas, de l’historien amé­ri­cain Robert O. Paxton, et des témoi­gnages d’Albert Speer, l’architecte et offi­ciel du parti nazi, la met­teure en scène se demande com­ment des hommes a priori conve­nables peuvent bas­cu­ler dans l’idéologie fas­ciste.

 

Théâtre musical à l'esthétique très cinématographique, Tristesses, d'Anne-Cécile Vandalem, interroge les techniques de la propagande, ici appliquées à une zone insulaire. © Phile Deprez

Théâtre musi­cal à l’es­thé­tique très ciné­ma­to­gra­phique, Tristesses, d’Anne-Cécile Vandalem, inter­roge les tech­niques de la pro­pa­gande, ici appli­quées à une zone insu­laire. © Phile Deprez

Programmé cet été à Avignon, Tristesses (du 15 au 17 mars à la MC2), estam­pillé « théâtre musi­cal », se fonde sur des inquié­tudes com­pa­rables. Son auteure, met­teure en scène et inter­prète, la Belge Anne-Cécile Vandalem, ins­crit quant à elle ses ques­tion­ne­ments au cœur d’une fic­tion qui emprunte aux codes du polar. L’amorce de l’intrigue est la sui­vante : dans une île ima­gi­naire au nord du Danemark, la diri­geante d’un parti non moins ima­gi­naire et pour­tant si fami­lier – le Parti du Réveil popu­laire – enterre sa mère, morte dans des cir­cons­tances étranges…

 

La pièce de Bertolt Brecht enfin, La Résistible ascen­sion d’Arturo Ui (du 7 au 11 mars 2017), éclaire étran­ge­ment les deux pré­cé­dentes pro­po­si­tions. Déjà, le dra­ma­turge alle­mand y décryp­tait – via le per­son­nage épo­nyme qu’interprétera Philippe Torreton – les méca­nismes qui ont per­mis à Hitler d’arriver au pou­voir. Le met­teur en scène Dominique Pitoiset, qui choi­sit de mon­ter cette comé­die gla­çante dans la France de 2017, ne l’envisage pas comme « une pro­duc­tion his­to­rique, [ce qui per­met­trait de] mettre l’intrigue à dis­tance de notre époque en rédui­sant le pro­pos à une simple dénon­cia­tion de l’hitlérisme. »

 

Il pré­fère « mettre ses pas dans ceux de Brecht et s’attacher à dis­tin­guer non seule­ment Hitler der­rière Ui, mais sur­tout, der­rière Hitler, les méca­nismes qui rendent pos­sible – y com­pris aujourd’hui – une telle prise de pou­voir. Il est trop facile de se ras­su­rer en jouant à situer le fas­cisme der­rière nous, quand il menace d’être devant, voire sous notre nez. »

 

 

 

Danse et politique

 

 

Pindorama, de Lia Rogrigues. À la MC2, du 16 au 18 novembre. © Sammi Landweer

Pindorama, de Lia Rogrigues. À la MC2, du 16 au 18 novembre. © Sammi Landweer

Le lan­gage cho­ré­gra­phique peut éga­le­ment être en rela­tion avec la cité. Comme le prouve la Brésilienne Lia Rodrigues qui a ins­tallé, depuis 2003, son centre de danse dans le bidon­ville de Maré, à Rio de Janeiro. Dans Pindorama (du 16 au 18 novembre à la MC2), la nudité des onze dan­seurs n’est pas vaine. Plus qu’un simple parti pris esthé­tique, elle ren­voie autant à l’innocence sup­po­sée des Brésiliens d’autrefois – Pindorama, dans la langue tupi, désigne le Brésil d’avant la colo­ni­sa­tion – qu’à la fra­gi­lité des Brésiliens d’aujourd’hui. L’eau qui jonche le pla­teau sym­bo­lise pour la cho­ré­graphe ces bulles éco­no­miques qui menacent d’éclater au visage de ses contem­po­rains.

 

Autre spec­tacle inté­grant l’élément liquide : Sfumato (29 et 30 novembre), du cho­ré­graphe Rachid Ouramdane, le nou­veau codi­rec­teur, aux côtés du cir­cas­sien Yoann Bourgeois, du Centre cho­ré­gra­phique natio­nal de Grenoble, nou­vel­le­ment renommé CCN2 pour sou­li­gner ses liens avec la MC2. Sfumato, pro­grammé pour la troi­sième fois à la MC2, se fonde sur des consi­dé­ra­tions envi­ron­ne­men­tales majeures en s’intéressant à l’expérience des réfu­giés cli­ma­tiques.

 

On retient notam­ment de ce magni­fique pla­teau sous la brume les infi­nis tours sur elle-même de la dan­seuse Lora Juodkaite. Un pro­dige qui résulte d’un entraî­ne­ment inlas­sable depuis l’enfance. De Rachid Ouramdane, on retrou­vera d’ailleurs une autre pièce, Tordre (le 6 octobre) avec cette même dan­seuse épous­tou­flante.

 

 

Adèle Duminy

 

 

Retrouvez toute la saison en ligne sur le site de la MC2 : Grenoble.

 

 

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