Visite du Clept, pionnier dans la lutte contre le décrochage scolaire

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REPORTAGE – Situé dans le quartier de la Villeneuve, à Grenoble, le Collège lycée élitaire pour tous (Clept) a été le premier établissement en France à offrir une seconde chance aux élèves déscolarisés. Visite de cette structure pionnière, dans un contexte troublé, alors que la Région vient tout juste d’annoncer le gel d’une avance sur subvention de 32500 euros à l’association La Bouture, en lien avec le Clept.

 

 

 

 

Qu’est-ce qui distingue le CLEPT d’un collège ou d’un lycée classique ? « La relation de confiance qui se noue entre prof et élève. », répondent la plupart des élèves interrogés. © Adèle Duminy

Qu’est-ce qui dis­tingue le Clept d’un col­lège ou d’un lycée clas­sique ? « La rela­tion de confiance qui se noue entre prof et élève », répondent la plu­part des élèves inter­ro­gés. © Adèle Duminy

« Caroline, je peux te poser une ques­tion ? »

Dans un éta­blis­se­ment sco­laire stan­dard, la jeune fille qui vient de fran­chir le seuil de la salle des profs avec le plus grand natu­rel vou­voie­rait Caroline et l’appellerait Mme Crémen.

 

Cette der­nière est prof d’allemand au Collège lycée éli­taire pour tous (Clept) mais c’est à la “prof de cou­loir” que cette élève demande actuel­le­ment conseil.

 

Dans le jar­gon de cet éta­blis­se­ment réservé à ceux qui ont été désco­la­ri­sés pen­dant un temps, le “prof de cou­loir” est celui qui passe de classe en classe pour rele­ver le nom des absents, avant de les joindre au télé­phone pour s’en­qué­rir de leurs motifs et les invi­ter, le cas échéant, à rejoindre les cours.

 

 

 

Des profs multi-tâches

 

 

« On a bâti ce sys­tème sur les failles obser­vées ailleurs. Dans un éta­blis­se­ment clas­sique, les mômes se glissent dans les inter­stices des dif­fé­rents ser­vices : les profs qui font cours dans leurs classes, le secré­ta­riat qui s’occupe des absences, etc. », explique Agathe Vernay, prof de lettres au Clept depuis son ouver­ture en 2000.

 

Emmanuelle Mozier, prof de philo, et Agathe Vernay, prof de lettres, en cours transversal ici. Atelier lecture et écriture de philo-fables. © Adèle Duminy

Emmanuelle Mozier, prof de philo, et Agathe Vernay, prof de lettres, en cours trans­ver­sal ici. Atelier lec­ture et écri­ture de philo-fables. © Adèle Duminy

Ici, les ensei­gnants se par­tagent donc les tâches admi­nis­tra­tives et, plus lar­ge­ment, par­ti­cipent plei­ne­ment à la vie de la struc­ture. Pour exemple, en ce moment, alors que les élèves de ter­mi­nale passent les épreuves du bac – le Clept pré­pare les élèves aux filières géné­rales –, les ensei­gnants s’occupent du recru­te­ment des élèves pour la ren­trée pro­chaine.

Les condi­tions pour entrer au Clept ? « Avoir entre 15 et 23 ans, être désco­la­risé depuis au moins six mois (par­fois jusqu’à cinq ans), expri­mer le désir d’y retour­ner », résume Marie-Cécile Bloch, cofon­da­trice de l’établissement dont les locaux sont basés au cœur de la Villeneuve.

 

 

 

Le Clept, premier en France à avoir rescolarisé les décrocheurs

 

 

Marie-Cécile Bloch, cofondatrice du CLEPT. © Adèle Duminy

Marie-Cécile Bloch, cofon­da­trice du Clept. © Adèle Duminy

Pas besoin de défi­nir le terme « décro­chage » aujourd’hui. Il est sur les lèvres de nombre de poli­tiques, qui ont décidé d’en faire leur che­val de bataille. Comme François Hollande qui, en plus de la finance (sic), en a fait son ennemi ! Pendant sa cam­pagne, il a ainsi juré de divi­ser le nombre des décro­cheurs par deux d’ici 2017. Le sujet semble beau­coup moins prio­ri­taire pour Laurent Wauquiez, nou­veau pré­sident Les Républicains de la Région Auvergne – Rhône-Alpes.

 

L’association La Bouture qui accom­pagne des jeunes décro­cheurs dans leur par­cours de vie sco­laire en lien avec le Clept, vient en effet de se voir geler une avance sur sub­ven­tion de 32.500 euros. Soit la moi­tié des 65.000 euros votés fin décembre 2015 par l’ancienne majo­rité du Conseil régio­nal, qui repré­sentent 60 % du bud­get de l’as­so­cia­tion.

 

Quand Marie-Cécile Bloch et Bernard Gerde se sai­sissent du pro­blème dans les années 1990, on ne parle pas encore de décro­chage, mais de « pro­duit de l’érosion sco­laire » ! Dans leurs lycées res­pec­tifs, les deux profs, cofon­da­teurs du Clept, voient dis­pa­raître les jeunes silen­cieu­se­ment.

 

D’où l’idée de fon­der un éta­blis­se­ment adapté qui puisse leur offrir une chance de reprendre leur sco­la­rité dans des condi­tions dif­fé­rentes. En 2000, soit quelques batailles plus tard, le Clept ouvre enfin. C’est le pre­mier éta­blis­se­ment de ce genre en France.

 

 

 

Confiance et discussion : deux piliers au Clept

 

 

Qu’est-ce qui dis­tingue le Clept d’un col­lège ou d’un lycée clas­sique ? « La rela­tion de confiance qui se noue entre prof et élève », répond ins­tan­ta­né­ment Laurine, élève de ter­mi­nale L. C’est la pre­mière dif­fé­rence sou­li­gnée par les élèves inter­ro­gés.

 

Jérémy Goujon, élève du CLEPT depuis un an. © Adèle Duminy

Jérémy Goujon, élève du Clept depuis un an. © Adèle Duminy

De fait, élèves et profs se connaissent. Ils par­tagent les mêmes espaces de vie, prennent le temps de dis­cu­ter, amé­nagent des temps de tuto­rat…

 

Jérémy, élève au Clept depuis un an, évoque l’ennui dans lequel le plon­geaient les cours d’avant, au sein de classes de 35 élèves : « Tant que tu ne parles pas, les profs ne te parlent pas non plus. Tu peux res­ter dans ton coin toute l’année sans que per­sonne ne te remarque. »

 

Grâce à ses petits effec­tifs – une ving­taine d’élèves par classe –, le Clept s’appuie beau­coup sur la parole des élèves. « Ici, l’enseignement est plus vivant. C’est un vrai ping-pong oral », confirme Jérémy.

 

Pratique-t-on une péda­go­gie expé­ri­men­tale ? « C’est la struc­ture, avec ses règles de vie, qui l’est plus que la péda­go­gie qu’on y pra­tique », pré­cise Agathe Vernay.

 

 

On y pré­pare les pro­grammes, comme dans les autres éta­blis­se­ments. Les résul­tats au bac sont d’ailleurs com­pa­rables à ceux du lycée Emmanuel Mounier, auquel le Clept est admi­nis­tra­ti­ve­ment rat­ta­ché.

 

 

Adèle Duminy

 

 

Collège lycée élitaire pour tous (Clept)

Pour accé­der aux condi­tions de recru­te­ment, ren­dez-vous sur le site du Clept.

 

 

N.B. : Article mis à jour le 18 juin 2016 à 21 heures, pour inté­grer la baisse de la sub­ven­tion régio­nale à l’as­so­cia­tion La Bouture.

 

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