FOCUS – Le projet de data center de DataOne, déjà controversé pour son impact environnemental, est désormais au cœur d’un nouveau débat : celui des émissions de PFAS (ou « polluants éternels »). Le collectif Stop DataOne alerte en effet sur l’utilisation du fluide frigorigène R1234ze et relance les interrogations sur la compatibilité du projet avec la santé publique et le respect de l’environnement.
Depuis plus d’un an, le projet de data center porté par la société DataOne à Eybens, près de Grenoble, suscite des interrogations et des oppositions. Dernièrement, c’est la question des émissions de PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées, surnommées « polluants éternels ») qui a relancé le débat.
Le collectif Stop DataOne a en effet révélé que le système de refroidissement du data center utiliserait un fluide frigorigène, le R1234ze, classé dans la famille des PFAS. Ce fluide serait présent dans 10 groupes froids, chacun contenant 386 kg de R1234ze, selon les documents analysés par le collectif, notamment la notice environnementale déposée par DataOne en mairie d’Eybens.
Un fluide largement utilisé dans les systèmes de refroidissement
Le R1234ze appartient à la famille des hydrofluorooléfines (HFO), une nouvelle génération de fluides frigorigènes adoptée pour remplacer les hydrofluorocarbures HFC (comme le R134a) qui avaient un pouvoir de réchauffement global (PRG) bien supérieur.
Selon des études scientifiques, « le R1234ze présente un PRG très faible, ce qui en fait un choix privilégié pour les systèmes de refroidissement modernes, y compris dans la climatisation automobile et les pompes à chaleur ». Contrairement aux anciens fluides, « il n’a aucun impact sur la couche d’ozone et se dégrade rapidement dans l’atmosphère », indiquent-elles.

Le collectif Stop DataOne a présenté les résultats de son enquête sur les émissions de PFAS par le datacenter d’Eybens, le 24 juin 2026, à proximité du lieu du datacenter. © Stop DataOne
Elles précisent également que « les émissions de TFA liées au R1234ze restent faibles en comparaison des sources naturelles (les océans en contiennent déjà 250 millions de tonnes) », et que « les émissions annuelles estimées (76,8 tonnes de TFA sur 100 ans pour le HFO-1234ze) représentent une augmentation infime (0,00003 %) par rapport au stock naturel ».
Ce data center deviendrait la principale source de PFAS en Isère, selon Stop DataOne
Malgré tout, le risque est réel pour le collectif Stop DataOne. En s’appuyant sur un taux de fuite annuel de 3 % – chiffre retenu par la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAE) d’Île de France dans un avis rendu pour un projet similaire en Seine-et-Marne (projet Fouju) –, le collectif estime que le site d’Eybens pourrait rejeter « plus de 100 kg de PFAS par an dès la première phase du projet (15 MW), et jusqu’à 800 kg par an à terme », lorsque le data center atteindra sa pleine capacité (110 MW).
Ces chiffres feraient ainsi de DataOne « la principale source d’émissions atmosphériques de PFAS en Isère », devant STMicroelectronics à Crolles, « actuellement le plus gros émetteur avec 56 kg par an (via des rejets aqueux) ». Une étude de l’Anses1Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail publiée en décembre 2025 révèle par ailleurs que « le TFA est présent dans 92 % des échantillons d’eau testés en France ».
Or les « risques sanitaires liés au TFA, produit de dégradation du R1234ze, sont désormais reconnus. Début juin 2026, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a classé le TFA comme toxique pour la reproduction suspecté », précise le collectif. Enfin, « le R1234ze est un PFAS dont la dégradation dans l’atmosphère endommage les écosystèmes et génère de l’acide trifluoroacétique (TFA)« , indique la MRAE d’Île de France.
Celle-ci recommande ainsi « d’évaluer les effets de décomposition [de ce fluide] dans l’atmosphère, qui pourraient très fortement relativiser sa qualité de gaz peu responsable d’effet de serre, et ceux liés à l’utilisation de ce polyfluoroalkylée (PFAS) tant sur la santé des populations que sur les milieux« .
Des réactions politiques et citoyennes
Interpellé lors d’une réunion publique le 4 juin à Villefontaine, Charles-Antoine Beyney, PDG de DataOne, a minimisé les risques : « Les circuits de refroidissement ne fuient pas et ce fluide est autorisé par l’administration. » Une réponse qui a suscité des réactions, notamment de la part de Cyrielle Chatelain, députée écologiste de la 2ᵉ circonscription de l’Isère.
Elle salue « le travail rigoureux et documenté du collectif Stop DataOne, qui a su, par un travail d’enquête citoyenne exigeant, mettre en lumière ce que le porteur de projet n’avait pas permis de révéler ». La députée demande en outre « qu’une étude soit organisée sur les impacts environnementaux du projet DataOne, que la composition exacte des fluides utilisés soit rendue publique, et que le principe de précaution prévaut (sic) ». Ce tout en insistant sur le fait que « le numérique ne peut pas se construire au prix de la santé des habitants et habitantes de l’Isère ».
Le collectif insiste, de son côté, sur l’urgence qu’il y a à agir : « Nous interpellons citoyens, élus et représentants de l’État pour que ce fluide ne soit pas utilisé. DataOne doit reconsidérer son choix et opter pour des alternatives non toxiques », affirme-t-il.
Face à ces alertes, la société DataOne n’a pas encore réagi officiellement et n’a pas encore répondu à notre sollicitation, mais elle a informé la rédaction qu’elle préparerait un document pour répondre aux inquiétudes mises en avant par le collectif. Les travaux, eux, se poursuivent sur le site, qui doit atteindre une capacité de 30 MW d’ici fin 2026.









2 réflexions sur « Projet de data center DataOne à Eybens : des craintes de pollution aux PFAS relancent la polémique »
La comparaison avec les quantités de TFA dans l’océan est peu pertinente. Le problème sanitaire posé par le TFA est la contamination de l’eau potable, qui est due à l’usage de pesticides PFAS et de gaz fluorés (tels que le R1234ze).
En effet le R1234ze est lui même peu toxique et a un faible PRG (Pouvoir de Réchauffement Global), mais une fois libéré dans l’atmosphère il se décompose entre autre en TFA (PFAS reprotoxique) et en HFC-23 (gaz avec un PRG extrêmement élevé.
Ceci est expliqué en détail dans le dossier de presse de Stop DataOne:
https://tinyurl.com/97rvk88m