FOCUS – La saison 2025-2026 de l’Hexagone de Meylan qui s’ouvrira le 12 septembre 2025 par une grande soirée de lancement festive et gratuite s’avère foisonnante. Fidèle à son identité arts et sciences, la scène nationale fait la part belle à la création contemporaine et aux formes expérimentales, tout en restant attentif au jeune public. Mais pointent une inquiétude liée aux restrictions budgétaires et des incertitudes entourant le Pass culture susceptibles de fragiliser certains projets.
« Nous avons investi le territoire, dans les écoles, les centres sociaux, les hôpitaux. Sortir du théâtre pour aller là où le public se trouve reste un enjeu majeur », avait affirmé Jérôme Villeneuve, directeur de la scène nationale de l’Hexagone de Meylan lors d’une conférence de presse, le 17 juin 2025 dans les locaux de la scène nationale. La biennale Experimenta a également marqué les esprits. « C’était une édition particulièrement réussie, avec une fréquentation supérieure aux précédentes. Nous en sommes très fiers », a-t-il ajouté.
C’est dans le même esprit d’ouverture que s’annonce la saison culturelle 2025-2026. Une soirée de lancement festive aura lieu le vendredi 12 septembre dans le parc des Aiguinards (derrière le théâtre), ouverte à tous, où se succéderont concerts, performances et présentations artistiques. « Nous voulons que ce soit une fête partagée, un moment pour donner le ton de la saison et ouvrir grand les portes du théâtre », précise Jérôme Villeneuve.

Jérôme Villeneuve, directeur de l’Hexagone, entouré de Laurence Bardini, secrétaire générale et de Cécile Gauthier, directrice des relations publiques. © Joël Kermabon – Place Gre’net
Pour cette nouvelle saison, trois axes structurent la programmation : nature, société et numérique. « Ce sont des thématiques qui s’imposent aujourd’hui aux artistes comme aux citoyens », souligne le directeur.
Trois compagnies complices sont associées à la saison pour un compagnonnage sur plusieurs années. À savoir : Damien Traversaz et les compagnies Le chant des pistes et Tout en vrac. « Nous restons pluridisciplinaires, un peu dedans, un peu dehors. C’est notre manière de faire dialoguer curiosité et prise de risque », résume un membre de l’équipe de programmation.
Des spectacles à l’Hexagone de Meylan marqués par l’héritage et la mémoire
Parmi les temps forts, la pièce de théâtre Héritage de Cédric Eeckhout, qui met en scène sa mère de 80 ans. « C’est un hommage intime mais aussi universel à toutes les femmes qui se sont affirmées malgré les contraintes de leur époque », explique Laurence Bardini, secrétaire générale de l’Hexagone.
Autre moment attendu : Mort d’une montagne par la compagnie grenobloise Le Chant des pistes. « Nous suivons une famille et, à travers elle, les métiers de la montagne, bouleversés par le changement climatique. » Enfin, la pièce Une Ombre vorace proposera un récit croisant alpinisme et mémoire familiale. « Deux comédiens portent en parallèle l’histoire d’un fils et celle d’un acteur jusqu’à ce que leurs destins se rejoignent », détaille l’équipe de l’Hexagone.
Cela étant, la danse n’est pas en reste. Notamment avec Mémento, une création chorégraphique autour du souvenir et de l’effacement, ou encore Faune, pièce de cirque et danse qui revisite le bestiaire animal en mouvement. « Portée par une musique originale, c’est une invitation au renouveau, un élan pour repenser notre lien au monde », promet L’Hexagone.
Arts numériques, technologies, sciences… et humour
Côté arts numériques et technologies, le public pourra, entre autres, découvrir Wireless people, performance sur nos corps connectés, ainsi que Réverbérations, une recherche visuelle et sonore immersive qui se déroulera au cours de l’une des quatre soirées doubles « multiprises » baptisées Performa. Ces propositions confirment la volonté de l’Hexagone « de croiser les disciplines et d’explorer les écritures contemporaines ».
L’Hexagone a aussi programmé des propositions humoristiques. Ainsi la pièce drolatique Inconstance présentera-t-elle un spectacle puissant où Constance, son auteure, va transformer la douleur psychique en matière comique « d’une puissance incroyable ». Pierre-Emmanuel Barré, quant à lui, offrira un come-back plus théâtral à travers « une écriture aboutie qui joue avec le quatrième mur1Mur imaginaire qui sépare le public de la scène, contribuant à l’illusion d’une réalité de la fiction ».
La scène nationale conserve en outre son ambition première : explorer les croisements entre arts et sciences. « C’est dans notre ADN de soutenir des projets expérimentaux, souvent complexes à défendre, mais toujours exaltants », assure Jérôme Villeneuve. Cette saison, performances audiovisuelles, installations immersives et collaborations avec la communauté scientifique seront bien évidemment au programme. « Nous aimons inventer avec les artistes des formes qui n’existent pas encore », insiste-t-il.
Des freins bien réels : Pass culture et financements incertains pour 2026
Mais le contexte budgétaire assombrit le propos du directeur de l’Hexagone. « Nous entendons des choses inquiétantes concernant le maintien des moyens en 2026. Le resserrement budgétaire est déjà une réalité », a-t-il confié. En filigrane, le gel du Pass culture, destiné à soutenir l’accès des jeunes à la culture, l’inquiète : « S’il est réduit, ce sont des projets dans les collèges, lycées et pour les jeunes publics qui seront menacés », a déploré Jérôme Villeneuve.
Malgré les contraintes, l’Hexagone tient toutefois à maintenir une offre jeunesse forte. « C’est essentiel », a souligné le directeur. Ainsi les spectacles comme Piste, piste, piste, Faune déjà cité ou encore Biographies (jonglage/rap) incarnent-ils cette volonté. « Nous croyons à l’importance de la transmission dès le plus jeune âge », a résumé l’une des intervenantes. « Nous refusons de céder à l’angoisse, restons optimistes ! », a renchéri non sans conviction Jérôme Villeneuve.












