FOCUS – Le Centre des arts du récit a présenté la deuxième partie de sa saison 2023-2024. Après une première partie tournée vers le jeune public, la programmation s’adresse plus aux adolescents et adultes, autour des thèmes du récit de vie et de la langue comme vision du monde. Des thèmes, et des spectacles, qui préfigurent le festival des Arts du récit 2024, prévu au mois de mai.
Une fois n’est pas coutume, le Centre des Arts du récit a présenté sa programmation de mi-saison lors d’une rencontre organisée par sa directrice Stéphène Jourdain mi-janvier 2024, en lieu et place d’un exposé de saison complète en septembre. Pourquoi ce choix? Parce qu’après une première partie tournée vers le jeune public, s’ouvre une nouvelle dynamique autant qu’un « cheminement » vers le festival des Arts du récit, qui se tient du 15 au 23 mai.
Bien sûr, la seconde partie de saison des Arts du récit n’oublie pas les enfants, en programmant notamment un temps d’échange de comptines et berceuses baptisé Toc toc toc Monsieur Pouce, les 29 février, 1er et 2 mars à l’espace René-Proby de Saint-Martin-d’Hères. Toutefois, rappelle Stéphène Jourdain, « les contes et récits ne sont pas que pour les enfants, loin de là« . C’est pourquoi figurent au programme des spectacles bien plus à l’intention des adolescents et adultes, sur des sujets plus ardus, complexes, voire douloureux.
De la petite à la grande histoire
Deux thèmes forts dominent cette seconde partie de saison des Arts du récit, décrit leur directrice. La première? Les récits de vie, ou comment « des récits nourris d’un vécu personnel ont une portée universelle et créent du commun« . C’est le cas d’un spectacle comme Des Petites Histoires dans la grande: 1939-1945 (samedi 3 février), dans lequel Elisabeth Calandry rassemble des témoignages de celles et ceux qui ont vécu la guerre en Isère, dans la Drôme, la Haute-Saöne et la Haute-Savoie. Un spectacle présenté au Musée de la Résistance, en résonance avec son exposition À (H)auteur d’enfant.
Toujours en partenariat avec le Musée de la Résistance, le récit musical Maison natale – Quitter de Rachel Maïmouna (samedi 6 avril) se penche, pour sa part, sur le destin d’enfants contraints de quitter leurs pays pour fuir la guerre, la famine, la corruption ou l’intolérance. « La conteuse raconte leur histoire et rend hommage à leur audace, à leur persévérance, à leur courage« , indiquent les Arts du récit, mais offre aussi « à penser notre rapport aux autres, au monde, à la justice et au partage« .
Petite et grande histoire s’imbriquent encore dans le spectacle Bob et moi (mardi 26 mars à l’Ilyade), où Alexandre Virapin raconte la découverte par un enfant de la musique de Bob Marley, et comment celle-ci va changer sa vie. Un texte « qui mêle deux récits personnels: celui, intime, de l’artiste, et celui de la vie de cette icone de la musique qu’est Bob Marley, plus la peinture de la Jamaïque de son époque« , résume Stéphène Jourdain.
Les Arts du récit explorent la question de la langue
Deuxième thème de la programmation : la question de la langue. Pour « essayer de montrer que la langue n’est pas seulement un outil de communication et un moyen de montrer le monde, mais qu’elle est notre vision du monde et que chaque langue est porteuse de références et de valeurs« , explique la directrice. À ce titre, le spectacle Mayola de Sergio Grondin (24 mars, Le Déclic) est exemplaire, quand le narrateur se penche sur les « rouages » de sa langue natale, le créole, et s’interroge sur la nécessité de continuer à l’enseigner.
Mais Sergio Grondin et sa compagnie Karanbolaz font aussi la jonction entre les deux sujets avec un autre spectacle, Domun, dont la toute première représentation sera donnée à La Ponatière le 29 mars. Ici, l’auteur se penche sur l’affaire des « enfants de la Creuse« , lorsque des milliers d’enfants de la Réunion furent exilés de force pour “repeupler” des régions de la métropole. Un « réarmement démographique » avant l’heure survenu dans les années 60 et 70, auquel Sergio Grondin mêle l’“arrachement” qu’il a lui-même vécu lors de la séparation de ses parents, alternant sur scène français et créole.
Autant de spectacles qui représentent un avant-goût du festival des Arts du récit, indique la directrice du Centre. Si le festival n’a pas de thème établi, afin de privilégier la diversité des propositions et créations, les langues et les origines multiples figurent en bonne place dans les spectacles à venir. Et ce pour la bonne raison que « les artistes sont poreux à leur époque« , rappelle Stéphène Jourdain. Quant à la programmation complète du festival, elle donnera l’occasion d’une nouvelle rencontre. Une histoire à suivre, en somme.
Image de une: Alexandre Virapin; Bob et moi. © Loewen












