Matthieu Chamussy : “Je ne me suis pas engagé en politique pour choisir entre Éric Piolle et Alain Carignon !”

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TRIBUNE LIBRE – Matthieu Chamussy, conseiller municipal d’opposition à Grenoble, réagit suite au ralliement de Marie-José Salat et Anouche Agobian à la liste du maire sortant Éric Piolle et aux démissions de Nathalie Béranger et Brigitte Boer du conseil municipal au profit d’Alain Carignon. Une évolution de la vie politique qu’il voit comme un délitement de l’esprit public.

 

 

Marie-José Salat et Anouche Agobian. © Patricia Cerinsek - Placegrenet.fr

Marie-José Salat et Anouche Agobian. © Patricia Cerinsek – Placegrenet.fr

La semaine der­nière tout le monde com­men­tait ce que l’on pour­rait pudi­que­ment appe­ler le mer­cato pré-élec­to­ral qui a vu Mmes Salat et Agobian ral­lier un homme, Éric Piolle, qu’elles n’ont eu de cesse, et à rai­son, de cri­ti­quer durant cinq ans et neuf mois.

 

Aujourd’hui, c’est l’effacement de Mmes Béranger et Boer, au pro­fit d’un autre homme, Alain Carignon, qui mono­po­lise  l’attention. Je suis prêt à parier que ce grand bar­num n’est pas ter­miné. En vérité, cha­cun com­mente ici les consé­quences et non les causes.

 

 

La première des causes c’est le délitement de l’esprit public.

 

Lorsque ce déli­te­ment frappe les élus, c’est une cer­taine idée de la démo­cra­tie qui est abî­mée. Si nul n’imagine un monde par­fait, où les ambi­tions indi­vi­duelles n’interfèreraient en rien dans l’action publique au ser­vice de nos conci­toyens, nous ne devons pas admettre, nous ne devons pas nous habi­tuer à ce que la car­rière jus­ti­fie et auto­rise tout.

 

Matthieu Chamussy déplore le récent mercato politique qu'il voit comme un délitement de l’esprit public.Nathalie Béranger. © Placegrenet.fr

Nathalie Béranger, ancienne conseillère muni­ci­pale qui a démis­sionné au pro­fit d’Alain Carignon. © Placegrenet.fr

Il faut aussi évo­quer la notion d’effacement des femmes. Cette idée, presque inté­grée dans les esprits, et qu’il serait temps d’extirper, qu’il est nor­mal qu’à cer­tains moments cru­ciaux les femmes s’effacent lit­té­ra­le­ment au pro­fit de cer­tains hommes. De ce point de vue, ce qui s’est pro­duit, est une cari­ca­ture.

 

Si je reviens à des consi­dé­ra­tions plus poli­tiques, il faut d’abord dire que tout cela n’est fondé sur aucune cohé­rence. Il n’y a aucun argu­ment de fond qui puisse jus­ti­fier que vous vous ral­liez du jour au len­de­main à quelqu’un que vous cri­ti­quiez très sévè­re­ment la veille encore. Et, si vous le faites, cela inter­roge sur la réa­lité de vos convic­tions. Celles d’hier ou d’aujourd’hui, ce qui revient au même.

 

Il n’y a aucune cohé­rence pour la cheffe de file d’un parti poli­tique à rejoindre une liste qui clame haut et fort qu’elle ne sol­li­ci­tera pas et qu’elle ne veut pas le sou­tien de ce même parti. Il n’y a d’ailleurs aucune cohé­rence à quit­ter un man­dat en novembre pour sol­li­ci­ter à nou­veau le même quatre mois plus tard. Et si tout cela ne répond à aucune cohé­rence et n’a aucun sens sur le plan des idées, c’est bien parce que cela répond à une autre logique.

 

 

La vérité c’est qu’Éric Piolle et Alain Carignon sont engagés dans une stratégie du buzz et du bruit qui vise à couper le son du débat des idées.

 

De ce point de vue, ils se font la courte échelle. L’un rejoint le conseil muni­ci­pal, l’autre orga­nise immé­dia­te­ment un ras­sem­ble­ment devant la salle du conseil en espé­rant l’esclandre. Dans ces condi­tions, que retien­dra-t-on du débat de fond sur la situa­tion finan­cière de Grenoble, les causes de ses dif­fi­cul­tés et les solu­tions à mettre en œuvre pour y remé­dier ??? On voit bien l’intérêt que l’un et l’autre ont à ce que ce débat ne soit pas audible…

 

Eric Piolle et Jérôme Safar lors du deuxième débat Place Gre'net Club de la Presse de Grenoble et de l'Isère

Eric Piolle, déjà à côté d’Alain Carignon lors d’un débat orga­nisé par Place Gre’net durant les muni­ci­pales de 2014. © Véronique Serre – placegrenet.fr

Dès lors, il convient de regar­der la situa­tion poli­tique en face telle qu’elle se pré­sente, sans se racon­ter des his­toires. La vérité c’est que s’est ins­tallé un match entre deux acteurs qui se nour­rissent l’un l’autre. On peut le regret­ter, je le regrette, mais c’est une réa­lité. Cette réa­lité peut tout à fait per­du­rer jusqu’au mois de mars.

 

Si tel devait être le cas, dans ces condi­tions, je le dis très clai­re­ment, je ne serais pas can­di­dat aux pro­chaines élec­tions muni­ci­pales. Je ne serais pas du tout can­di­dat. Je ne me suis pas engagé en poli­tique pour par­ti­ci­per à un com­bat de rue. Je ne me suis pas engagé en poli­tique pour avoir à choi­sir le moindre mal entre la déma­go­gie des uns et le popu­lisme des autres. Je ne me suis pas engagé en poli­tique pour choi­sir entre Éric Piolle et Alain Carignon.

 

 

Une troisième voie politique existe

 

Mais je veux dire que cette réa­lité du moment n’est pas une fata­lité. Une troi­sième voie existe. Elle peut émer­ger. Elle peut s’imposer. Elle peut por­ter un pro­jet à la fois ambi­tieux et entraî­nant, enthou­sias­mant et sérieux. Elle peut se nour­rir de ce duo­pole qui, de fait, ne pro­pose que le bruit et la fureur. Cela sup­pose des prin­cipes par­ta­gés qui donnent le cadre du pro­jet.

 

Je pense en l’occurrence à la pro­blé­ma­tique du redres­se­ment des comptes publics, condi­tion sine qua non de la sau­ve­garde du ser­vice public muni­ci­pal. Je pense aussi aux défis que le spectre du com­mu­nau­ta­risme nous impose de rele­ver. Je pense enfin aux condi­tions qui per­met­tront d’entraîner toute la popu­la­tion et notam­ment les plus modestes sur le che­min de la tran­si­tion éner­gé­tique. Cela sup­pose une pers­pec­tive de gou­ver­nance qui tienne compte de la diver­sité des sen­si­bi­li­tés à ras­sem­bler. Alors, bien évi­dem­ment, je pren­drai toute ma part à cette entre­prise au ser­vice de Grenoble.

 

Matthieu Chamussy déplore le récent mercato politique qu'il voit comme un délitement de l’esprit public.Vue de Grenoble du Jardin des Dauphins, à coté de la Bastille, à Grenoble. © Léa Raymond - placegrenet.fr

Vue de Grenoble du Jardin des Dauphins, à coté de la Bastille. © Léa Raymond – placegrenet.fr

Il y a, parmi les acteurs poli­tiques, au sein de la société civile, des talents et des éner­gies qui doivent se fédé­rer. C’est cet appel que je lance aujourd’hui. C’est ce texte que je dif­fu­se­rai lar­ge­ment dans les jours à venir.

 

Grenoble est une ville sin­gu­lière, capable du meilleur et qui a connu le pire. Grenoble a eu Mendès-France comme député mais c’est aussi la ville qui a mis un terme à sa vie poli­tique active.

 

Grenoble a eu les Jeux olym­piques mais elle a aussi connu l’opprobre. J’ai le sen­ti­ment que Grenoble est aujourd’hui à la croi­sée des che­mins. Tout est pos­sible. C’est inquié­tant mais c’est aussi exal­tant.

 

Matthieu Chamussy

 

 

Rappel : Les tri­bunes publiées sur Place Gre’net ont pour voca­tion de nour­rir le débat et de contri­buer à un échange construc­tif entre citoyens d’opinions diverses. Les pro­pos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opi­nions des jour­na­listes ou de la rédac­tion et n’engagent que leur auteur. Vous sou­hai­tez nous sou­mettre une tri­bune ? Merci de prendre au préa­lable connais­sance de la charte les régis­sant.

 

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Commentaires 12
  1. il pense « à la pro­blé­ma­tique du redres­se­ment des comptes publics » !!!

    Hahahaha. Quelle dema­go­gie ! La réa­lité est telle qu’en France n’im­porte quelle force poli­tique n’a aucun inté­rêt de redres­ser les comptes publiques ! Regardez le bilan Destot-pas­tèques : ils ont emprunté MASSIVEMENT pour finan­cer des pro­jets inutiles (tram) et popu­listes (loge­ments pour leur clien­tèle de gauche) afin de se faire réélire. Pour redres­ser les comptes publics il faut une condi­tion : une LOI QUI INTERDIRAIT l’en­det­te­ment des villes au-delà d’une limite. Cette loi n’existe pas, faute d’in­té­rêt des poli­ti­ciens (cumul de man­dats) de gar­der le sta­tus-quo

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  2. Pauvre Chamussy
    Personne ne veut de lui
    Il déterre Mendès france
    Chalas res­sort les conseillers de Dubedout
    Le Combat c’est bien Carignon Piolle

    sep article
    • zéro cha­risme, ce pauvre Chamussy

      sep article
      • Mais on s’en fout du « cha­risme » !!!!!
        PMF non plus n’a­vait pas de cha­risme, ou Jospin ou Rocard.…

        sep article
    • Vrai et faux à la fois.
      Piolle et Carignon, c’est Macron et Le Pen : des repous­soirs com­plé­men­taires qui vont per­mettre aux pre­miers, s’ils se trouvent face aux seconds, de l’emporter.…
      (il se trouve qu’à tout prendre, je suis pro-Macron mais me désole qu’il n’y ait pas grand-chose en face).
      Vrai encore qu’il y a quelque chose d’un peu triste dans le fait qu’il faille invo­quer les mânes de PMF ou res­sor­tir les anciens de Dubedout.
      Mais Carignon, c’est le pas­sif et le passé (1983−1995 – un autre siècle, d’autres usages).
      Et Piolle c’est le masque du « pro­gres­sisme » dont on sait ce qu’il contient de mor­ti­fère, voire d’ar­chaïque (EELV, c’est Rivasi et les anti-vax, Benbassa et le sou­tien aux étoiles jaunes arbo­rées lors de la marche contre « l’is­la­mo­pho­bie » ; LFI, ce sont les vieilles recettes mar­xistes, le Venezuela pour modèle, le tro­pisme pou­ti­nien).
      Grenoble va encore lou­per sa chance de deve­nir une ville authen­ti­que­ment moderne et attrac­tive – pas un bobo­land joux­tant ou incluant des zones de non-droit pau­pé­ri­sées.

      sep article
  3. Nous sommes nom­breux à ne vou­loir, ni de Piolle et de ses affi­dés, ni de Carignon et de ses cas­se­roles.
    Suffisamment nom­breux ?
    Assez bien repré­sen­tés par des actrices et acteurs poli­tiques ima­gi­na­tifs, cou­ra­geux, affran­chis de la per­ver­sion des par­tis et autres appa­reils idéo­lo­giques ?
    J’en doute, hélas.
    En mars 2020, je ne vote­rai ni Piolle, ni Carignon, mais sans aucune illu­sion.

    sep article
    • sep article
    • Ne pas oublier Chalas… elle a une carte à jouer…

      sep article
      • C’est bien pour Chalas que je vais voter ! La 3ème voie.… Encore faut-il qu’elle se bouge et ral­lie à elle tous ceux qui ne veulent ni des magouilles ni des uto­pies fumeuses.

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  4. Donc quatre femmes se seraient effa­cées au pro­fit de deux hommes ? Très curieuse façon de défendre les femmes que de pré­tendre qu’elles ne sont pas maî­tresses de leurs actes, déci­dés selon leur libre arbitre.

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  5. Oui très bien, argu­ments rece­vables, reçus et com­pris.
    mal­heu­reu­se­ment en poli­tique on est esclave et des cir­cons­tances qu’on ne maî­trise par défi­ni­tion pas, et sur­tout des patrons qui sont les élec­teurs.
    Oui, les ral­lie­ments se font tou­jours dans l’es­poir de conser­ver un man­dat oui d’en gagner un.
    N’êtes vous vous-même pas dans ce cas puisque vus jouez votre sur­vie poli­tique, même si ce que vous dîtes et louable, en gar­dant à l’es­prit que de toute manière il en va en poli­tique comme à la guerre : au bout de compte ce sont tou­jours que deux camps qui s’af­frontent, le but étant de rafler la mise. Il est vrai que notre sys­tème élec­to­ral avec sa scan­da­leuse prime à la majo­rité n’in­cite ni au plu­ra­lisme, ni à la for­ma­tion de coa­li­tion, ni au res­pect de l’op­po­si­tion qui n’est que for­melle.
    Vous voyez, c’est tout le pro­blème depuis qu’on a fait explo­ser les par­tis : il n’y a plus de dis­ci­pline et c’est open bar pour ceux qui sont prêts à tout.
    https://groupedanalysemetropolitain.com/2019/11/24/municipales-chien-perdu-sans-collier-quand-le-ciel-bas-et-lourd-pese-comme-un-couvercle/

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