Grenoble 1968 : le Musée dauphinois se penche sur ces Jeux “pas si chers” qui ont métamorphosé l’Isère

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FOCUS – Grande épopée que celle menée par la ville de Grenoble pour accueillir les JO de 1968. Anniversaire des 50 ans oblige, le Musée dauphinois revient sur cette histoire fascinante dont il n’est pourtant pas si facile de rendre compte sous forme d’exposition. Avec « Grenoble 1968, les Jeux olympiques qui ont changé l’Isère », le musée ne remporte pas, cette fois, l’or pour la scénographie, mais s’en sort avec les honneurs.

 

 

L’athlète norvégien Ola Waerhavg durant les épreuves de biathlon à Autrans, février 1968 Coll. Musée dauphinois © Lucien Sage

L’athlète norvégien Ola Waerhavg durant les épreuves de biathlon à Autrans, février 1968. Coll. Musée dauphinois © Lucien Sage

En quoi les JO de 1968 ont-ils changé la capitale des Alpes et son proche environnement ? C’est la question à laquelle tache de répondre la nouvelle exposition du Musée dauphinois intitulée « Grenoble 1968, les Jeux olympiques qui ont changé l’Isère », à découvrir jusqu’au 7 janvier 2019.

 

Celle-ci ne verse pas pour autant dans la célébration béate, comme on pourrait le craindre, mais interroge les traces laissées sur la ville et le département par l’organisation des Jeux olympiques. Et ce d’un point de vue urbanistique, médiatique, culturel et sportif.

 

 

Exposer les JO de 68 : un défi

 

Affiche des Jeux de Grenoble, produite par le Commissariat général au Tourisme, réalisée par Joseph Dubois. Coll. Musée dauphinois © Serailler-Rapho

Affiche des JO de Grenoble produite par le Commissariat général au Tourisme, réalisée par Joseph Dubois. Coll. Musée dauphinois © Serailler-Rapho

Dans un esprit pédagogique, le musée remonte d’abord aux origines antiques des Jeux, avant de s’intéresser aux stratégies déployées par la ville de Grenoble lors de sa candidature.

 

Viennent ensuite les conséquences urbanistiques de l’organisation des JO : Grenoble s’est dotée de différentes infrastructures qui lui faisaient jusqu’alors défaut quand les stations de montagne se sont de leur côté transformées.

 

On passe alors d’une ambiance à une autre : les exploits sportifs, la médiatisation exceptionnelle pour l’époque, les empreintes laissées par les Jeux…

 

Pour fascinante que soit cette grande épopée des Jeux, c’est plus par l’appareil textuel que véritablement par les objets, affiches, extraits de films et photographies reproduites que l’on en apprécie la charge. En cela, le catalogue d’exposition permet une plongée plus fine dans les différents aspects évoqués.

 

 

De la grande mutation à la mauvaise réputation

 

Les photographies des nombreux chantiers lancés de l’été 1965 à la fin de l’année 1967 permettent de mesurer à quel point la ville a vu sa physionomie évoluer en un temps record. Avec, notamment, la construction du stade de glace, de l’anneau de vitesse, du village olympique et du centre de presse.

 

Côté transport, entre autres, la gare est déplacée et l’aéroport Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs fait son apparition. Travaux auxquels s’ajoutent la construction d’un nouvel hôtel de police, d’une nouvelle caserne des pompiers, d’un nouveau palais des expositions devenu Alpexpo, etc. Et même, côté culture, rayonnement oblige, la ville se dote des trois équipements que sont la Maison de la culture, le Musée dauphinois et le Conservatoire de musique.

 

Construction du stade de glace (actuel Palais des sports), parc Paul-Mistral, Grenoble, 1967. Son constructeur, Maurice Novarina, est architecte en chef des Bâtiments civils et Palais nationaux dans les années 1960. Outre son hôtel de ville, la municipalité de Grenoble lui confie la réalisation des ensembles urbains du Village olympique et du quartier Malherbe. Coll. Musée dauphinois © Bernard Roche

Construction du stade de glace (actuel Palais des sports), parc Paul-Mistral, Grenoble, 1967. Son constructeur, Maurice Novarina, est architecte en chef des Bâtiments civils et Palais nationaux dans les années 1960. Outre son hôtel de ville, la municipalité de Grenoble lui confie la réalisation des ensembles urbains du Village olympique et du quartier Malherbe. Coll. Musée dauphinois © Bernard Roche

Une débauche de moyens qui a laissé quelque amertume dans l’esprit des Grenoblois. Jean-Claude Killy, triple médaillé d’or de ces JO, présent lors de l’inauguration de l’exposition, s’en est ému : « Les JO de 68 ont souffert de cette réputation mais on ne peut pas dire que ce sont les équipements liés aux JO qui ont été coûteux. Il y a eu un véritable développement de territoire global. »

 

Propos validés par son homologue Marielle Goitschel qui rappela, quant à elle, la part prise par l’État dans le règlement de l’addition.

 

En l’occurrence, et même si le général de Gaulle avait d’abord annoncé en 1964 que l’État ne participerait pas financièrement aux travaux, c’est bien l’État qui écopa de plus des trois quarts du règlement des dépenses.

 

Pierre Frappat, dans le catalogue d’exposition, fait la comparaison suivante pour relativiser la somme déboursée tant par l’État que par la ville : « Les JO coûtèrent 1,1 milliard de francs de 1968 ; en euros de 2016 cela représenterait, très approximativement, 1,5 milliard d’euros. Vingt fois moins que les Jeux de 2014 à Sotchi, en Russie ! À la charge de Grenoble, il revint donc 20 % de cette somme, soit, très approximativement redisons-le, 300 millions d’euros de 2018. »

 

Adèle Duminy

 

 

 

Le cœur battant d’Alain Calmat

 

La bonne idée de cette exposition pour nous plonger dans le bain olympique ? Projeter un extrait du film « 13 jours en France » réalisé par Claude Lelouch, à qui avait été commandé un film sur les JO. Sur l’extrait choisi, le général de Gaulle proclame, on ne peut plus solennellement, l’ouverture de ces Xe Jeux olympiques d’hiver. Mais c’est surtout l’exploit d’Alain Calmat, ancien champion du monde de patinage artistique, qui coupe le souffle.

 

Marielle Goitschel en compagnie du premier Ministre Georges Pompidou à Chamrousse le 13 février 1968 après sa victoire sur l’épreuve du slalom Coll. Musée dauphinois © Yves Bobin

Marielle Goitschel avec le Premier ministre Georges Pompidou à Chamrousse le 13 février 1968 après sa victoire sur l’épreuve du slalom Coll. Musée dauphinois © Yves Bobin

On le voit, muni de la flamme, gravir les marches qui le mènent à la vasque olympique. Le tout, au pas de course, dans des conditions de sécurité qui laissent songeur aujourd’hui. En guise de bande son, un battement cardiaque donne un caractère incroyablement serein à la scène.

 

« Ce n’est pas mon cœur qu’on entend ! Le mien a dû monter à 180 battements par minute. Monter ces marches était vraiment risqué », assure Alain Calmat qui, outre le danger, se souvient aussi de l’émotion ressentie. « Non seulement la vasque s’est embrasée mais la foule était en liesse. »

 

 

Les différents champions présents le jour de l’inauguration de l’exposition s’accordent eux aussi à saluer l’incroyable soutien dont ils ont bénéficié. « Rien à voir avec les supporters d’aujourd’hui ! Des braillards avinés… », a conclu Marielle Goitschel, l’ancienne championne au franc parler lui aussi légendaire.

 

 

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