Via Alpina, l’envers du chemin, un film sur le sens de l’excursion en montagne… et de la vie

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FOCUS – Ce jeudi 19 octobre, à 20 heures, le cinéma Le Club propose une projection en avant-première de Via Alpina – L’envers du Chemin, du réalisateur-voyageur Matthieu Chambaud. À mi-chemin entre reportage et enquête, ce documentaire interroge sur le sens de l’excursion en montagne à travers la voix de neuf randonneurs provenant de tous les coins d’Europe. L’auteur, qui rencontrera ses spectateurs en salle lors de la présentation du film, a accepté de revenir avec nous sur sa première expérience de tournage, réalisée au cœur de l’arc alpin.

 

 

UN PREMIER DOCUMENTAIRE, EN SOLITAIRE ET EN AUTONOMIE

 

Cinq mois de tra­ver­sée, 20 000 kilo­mètres par­cou­rus, 139 jours de tour­nage et douze voya­geurs inter­viewés. Le tout, avec la contrainte de res­pec­ter un bud­get res­treint, récolté grâce à une cam­pagne de finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, s’élevant à pas plus de 6 000 euros.

 

Le réalisateur de Via Alpina, MatthieuChambaud©MatthieuChambaud

Le réa­li­sa­teur de Via Alpina, Matthieu Chambaud © Matthieu Chambaud

Matthieu Chambaud, accom­pa­gna­teur en mon­tagne depuis trois ans et cinéaste fai­sant ses pre­mières armes, ne semble redou­ter aucun défi. Réalisateur auto­di­dacte, ce voya­geur gre­no­blois a en effet choisi de tour­ner son pre­mier docu­men­taire en soli­taire et en com­plète auto­no­mie. Son pari ? Parcourir les som­mets des Alpes de Trieste à Monaco, la caméra à la main, afin de s’interroger sur les rai­sons qui poussent les per­sonnes à mar­cher en mon­tagne, se plon­geant dans le silence de la nature pen­dant des semaines, voire des mois.

 

Une (en)quête à tra­vers huit pays, dont l’Italie, l’Autriche, la Suisse et la France, au cours de laquelle il a ren­con­tré des voya­geurs de dif­fé­rentes natio­na­li­tés se réfu­giant, comme lui, sur les som­mets des Alpes afin de (re)découvrir le sens pro­fond de leur exis­tence.

 

Présenté en avant-pre­mière au cinéma Le Club, le docu­men­taire sera pro­jeté au cours du mois de novembre dans le cadre de dif­fé­rents évè­ne­ments ciné­ma­to­gra­phiques, dont le Chambéry film fes­ti­val et le Festival Globe-Trotters de la Ciotat.

 

 

 

Place Gre’net – Accompagnateur en montagne de profession mais aussi par passion, vous avez décidé de vous tourner vers le cinéma en réalisant votre premier long-métrage. Comment le projet de Via Alpina est-il né ?

 

 

Mathieu Chambaud : Ce docu­men­taire est le fruit d’un long che­mi­ne­ment, qui s’est déroulé en plu­sieurs phases. En 2010, je suis parti pen­dant deux mois pour faire la tra­ver­sée des Pyrénées à pied. C’est à cette occa­sion que j’ai eu un déclic qui m’a amené à com­prendre beau­coup de choses sur moi et à voir une autre dimen­sion de la ran­don­née, plus orien­tée vers l’introspection.

 

J’ai alors décidé de deve­nir accom­pa­gna­teur en mon­tagne pour trans­mettre aux gens ce côté “spi­ri­tuel” de la ran­don­née, qui n’est pas sim­ple­ment l’occasion de voir des pay­sages, mais aussi un outil pour apprendre à savoir qui on est. Par ailleurs, lors de la rédac­tion de mon mémoire, j’ai éga­le­ment mené une enquête auprès d’environ deux cents per­sonnes afin de m’interroger sur les bien­faits de l’excursion.

 

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Un docu­men­taire réa­lisé sur les hau­teurs de l’arc alpin. © David Leclercq-Carriage

 

Enfin, il y a deux ans, pen­dant que j’étais en train de mar­cher en recon­nais­sance sur le mas­sif de la Vanoise, je me suis dit : « Il fau­drait que je fasse la tra­ver­sée de la Via Alpina et que je montre aux gens cette par­tie plus intime de l’expérience en mon­tagne ». Du coup, comme une mis­sion venue du ciel, j’ai décidé de par­tir enquê­ter.

 

À la base, je ne savais pas que je réa­li­se­rais un film. Je pen­sais plu­tôt faire des inter­views écrites, un livre avec quelques pho­tos. Mais fina­le­ment le média vidéo s’est imposé comme le moyen le plus appro­prié pour pou­voir faire pas­ser mon mes­sage au grand public.

 

 

Place Gre’net – Traversant l’Europe d’Est en ouest, la Via Alpina est un lieu d’échanges et de rencontres où se croisent des randonneurs de diverses nationalités et de tous horizons. Que découvrent ces voyageurs en quête de réponses au cours de cette expérience à la fois physique et intime sur les hauteurs de l’arc alpin ?

 

 

Matthieu Chambaud – Initialement, mon idée était de cher­cher une recette. Qu’est-ce qui fait qu’on est si bien en mon­tagne ? Comment cette expé­rience nous trans­forme-t-elle ? Au fil de mon enquête, j’ai fini par com­prendre qu’il n’existe pas de recettes uni­ver­selles, car cha­cun est dans un che­mi­ne­ment par­ti­cu­lier de sa vie. Le fait d’aller faire une ran­don­née sur plu­sieurs jours, voire sur plu­sieurs semaines, per­met alors au voya­geur de se don­ner du temps pour se retrou­ver avec lui-même, quelle que soit sa natio­na­lité ou son ori­gine.

 

Coucher de soleil le long la Via Alpina ©Matthieu Chambaud

Pendant le voyage, il est donc impor­tant de pro­fi­ter de tous les ins­tants que la marche nous offre pour être seuls, face à nous même. Une oppor­tu­nité qui ne se pro­duit pas sou­vent dans notre quo­ti­dien. En d’autres termes, la mon­tagne nous donne l’occasion d’aller vers ce à quoi on aspire, de remettre en ques­tion le sens de notre vie, pour ne pas res­ter empri­son­nés dans un che­min qui est tout tracé.

 

Quand il est en mon­tagne, le ran­don­neur marche essen­tiel­le­ment en soli­taire, mais, au fil du che­min, il peut aussi vivre des moments forts de ren­contres. Dans mon docu­men­taire, j’ai beau­coup insisté sur cet aspect : le fait de pou­voir dis­cu­ter avec des gens qui par­tagent la même aven­ture per­met aux excur­sion­nistes de se rap­pro­cher vrai­ment et, en même temps, de se livrer l’un à l’autre en par­lant de choses très intimes.

 

 

Après Via Alpina, envisagez-vous tourner d’autres documentaires ?

 

 

Matthieu Chambaud – Pour l’heure, ce n’est pas la prio­rité. J’ai mis en sus­pens mon pro­jet d’accompagnateur en mon­tagne pour créer une agence de trek­king basée sur le prin­cipe du slow-rando, qui est un peu en conti­nuité avec l’expérience du film. Je sou­haite en effet pro­po­ser une for­ma­tion pour que les gens puissent par­tir vers leurs propres aven­tures, à la décou­verte d’eux-mêmes.

 

Concernant le tour­nage d’autres docu­men­taires, pen­dant la tra­ver­sée, j’ai eu plein d’idées de sujets. Par exemple, il serait inté­res­sant de réa­li­ser une vidéo sur les refuges dans les dif­fé­rents pays. J’ai vu qu’en Suisse et en Autriche ils deviennent presque des hôtels de luxe, équi­pés de Wi-Fi et d’écrans et res­sem­blant de plus en plus à des res­tau­rants. Une ten­dance qui est en train de se répandre éga­le­ment parmi les refuges fran­çais.

 

Pourtant, je ne pro­jette pas de repar­tir dans l’immédiat. Pour moi, la ran­don­née en mon­tagne ne repré­sente pas une suc­ces­sion de per­for­mances, avec une série de som­mets et de tra­ver­sées à faire sur plu­sieurs mois. C’est plu­tôt un moyen d’al­ler vers un équi­libre de vie.

 

 

Propos recueillis par Giovanna Crippa

 

 

Infos pratiques :

 

Le film est pro­jeté en avant-pre­mière ce jeudi 19 octobre à 20 heures au cinéma le Club, à Grenoble.

La pro­jec­tion sera sui­vie d’une ren­contre avec le réa­li­sa­teur et une par­tie des acteurs.

 

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Commentaires 2
  1. Même com­men­taire qu’à chaque compte-rendu : c’est très bien de résu­mer ce qui s’est passé, ce serait encore mieux d’an­non­cer en amont ce qui va se pas­ser.

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    • MB

      31/10/2017
      9:41

      Je vous remer­cie pour cette sug­ges­tion. Nous l’a­vons annoncé en fin de mati­née pour le soir, en réa­lité. Bien sûr, il aurait pré­fé­rable de l’an­non­cer plus tôt, ce que nous fai­sons dans la mesure du pos­sible. Nous fai­sons au mieux avec les moyens que nous avons pour trai­ter une actua­lité par­fois très riche. Dans ces condi­tions, nous devons com­po­ser avec la dis­po­ni­bi­lité des jour­na­listes et celle des per­sonnes inter­ro­gées, ce qui n’est pas tou­jours simple…

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