Pauvreté en Afrique : des Grenoblois interpellent les candidats à la présidentielle

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FOCUS – À Grenoble, des étudiants ont été nommés ambassadeurs de One, une ONG humanitaire internationale qui interpelle les gouvernements à travers le monde. Leur mission ? Convaincre les candidats français à l’élection présidentielle de s’engager contre la pauvreté en Afrique.

 

 

 

« Vaincre la pau­vreté n’est pas un acte de cha­rité. C’est un acte de jus­tice », affir­mait Nelson Mandela. Une for­mule dont Florence, Pierre et Anne Sophie ont fait leur maxime. Ces trois étu­diants gre­no­blois font par­tie des cin­quante jeunes ambas­sa­deurs choi­sis par l’ONG One. Leur objec­tif ? Interpeller les can­di­dats à l’é­lec­tion pré­si­den­tielle pour qu’ils s’en­gagent à lut­ter contre la pau­vreté et la cor­rup­tion en Afrique.

 

Jeunes ambassadeurs de l'ONG "One". De gauche à droite : Pierre Jothy, Florence Ramel et Anne-Sophie © Anaïs Mariotti

Jeunes ambas­sa­deurs de l’ONG One. De gauche à droite : Pierre Jothy, Florence Ramel et Anne-Sophie Martin. © Anaïs Mariotti

 

Les jeunes ambas­sa­deurs invitent les citoyens à envoyer mails, tweets, mes­sages Facebook et même vidéos aux can­di­dats, à tra­vers la pla­te­forme inter­net de l’ONG. Avec pour mes­sage la vidéo de Romy, une petite fille de huit ans qui lance le défi « Cap ou pas cap » de s’en­ga­ger contre la pau­vreté en Afrique.

 

Anne Sophie, ambassadrice de One. Photo © Anaïs Mariotti

Anne Sophie Martin, ambas­sa­drice de One. © Anaïs Mariotti

Munis de leur smart­phone, les jeunes ambas­sa­deurs ont notam­ment sol­li­cité les étu­diants pré­sents sur le cam­pus de Gières, le 29 mars der­nier. Ils ont ainsi pu obte­nir une qua­ran­taine de signa­tures sup­plé­men­taires sur la pla­te­forme inter­net de l’ONG.

 

Et ce de la part d’é­tu­diants de tous bords poli­tiques : « L’ONG veut dépas­ser les cli­vages. L’Afrique, c’est l’af­faire de tous ! Tous les citoyens et can­di­dats sont sus­cep­tibles d’être inté­res­sés par ces ques­tions », explique Pierre Jothy, 20 ans, étu­diant à Sciences Po Grenoble.

 

Florence Ramel, ambassadrice de l'ONG "One". Photo © Anaïs Mariotti

Florence Ramel, ambas­sa­drice de l’ONG « One ». © Anaïs Mariotti

 

Les jeunes ambas­sa­deurs vont à la ren­contre des élus locaux. Comme Mondane Jacquat, adjointe santé et poli­tique de pré­ven­tion à la ville de Grenoble, le 7 avril der­nier. Anne Sophie Martin et Florence Ramel, deux étu­diantes à Grenoble école de mana­ge­ment, sont aussi inter­ve­nues dans leur école pour pré­sen­ter les mis­sions de l’ONG. Pierre Jothy est, quant à lui, allé à la ren­contre de Nicolas Hulot et de Philippe Poutou, lors de leurs visites dans la capi­tale des Alpes. Finalement, tous les moyens sont bons pour inter­pel­ler les élus sus­cep­tibles d’avoir un poids poli­tique dans l’engagement fran­çais en Afrique.

 

 

 

Benoît Hamon, premier candidat officiellement engagé auprès de One

 

 

Benoît Hamon, can­di­dat du parti socia­liste (PS), est le pre­mier can­di­dat à avoir répondu favo­ra­ble­ment à l’ap­pel de l’ONG, suite à une ren­contre avec de jeunes ambas­sa­deurs lors du der­nier Salon du livre à Paris.

 

Benoit Hamon, campagne de l'ONG "One".

« Ils sont cap », Benoît Hamon, cam­pagne de l’ONG One © One

Il s’en­gage à res­pec­ter les quatre recom­man­da­tions for­mu­lées par One (cf. enca­dré), en cas de vic­toire à la pré­si­den­tielle. Parmi elles, l’aug­men­ta­tion de l’Aide publique au déve­lop­pe­ment (APD) à 0,7 % du revenu natio­nal brut (RNB). Des objec­tifs que Benoît Hamon doit res­pec­ter d’ici 2022. Et que l’ONG aura pour mis­sion de sur­veiller tout au long de son man­dat, s’il est élu. Jean-Luc Mélenchon a, lui, répondu « cap » à l’ap­pel de l’ONG, le 6 avril der­nier.

 

"Ils ne sont pas encore Cap", Emmanuel Macron, Philippe Poutou… © One

« Ils ne sont pas encore Cap », Emmanuel Macron, Philippe Poutou… © One

Emmanuel Macron, can­di­dat du mou­ve­ment « En marche » s’est, pour sa part, engagé à aug­men­ter le bud­get de l’APD à 0,7 % du RNB… d’ici 2030. Toutefois, ce délai, qui s’é­tend au-delà de deux man­dats pré­si­den­tiels, est « beau­coup trop long », juge Pierre Jothy. « Pour s’en­ga­ger auprès de One, Emmanuel Macron doit pro­mettre res­pec­ter un délai plus court et plus rai­son­nable », insiste-t-il.

 

Quid des autres « Pas cap » ? François Fillon, Nathalie Arthaud, Jean Lasalle, Philippe Poutou, François Asselineau et Marine Lepen font éga­le­ment par­tie des “mau­vais élèves”.

 

 

 

Des amendements votés sous la pression de One

 

 

Loin d’être uto­pique, la mobi­li­sa­tion citoyenne de One a porté ses fruits en 2016. Pour Florence, ambas­sa­drice pour la deuxième année consé­cu­tive, « l’ob­jec­tif est aussi de mon­trer que la mobi­li­sa­tion citoyenne a des impacts réels ».

 

La baisse de 877 mil­lions d’euros de l’APD de la France – second pays contri­bu­teur après l’Allemagne – avait sus­cité en 2015, sous le quin­quen­nat Hollande, l’indignation de cer­taines ONG. Suite à une forte mobi­li­sa­tion citoyenne, impul­sée notam­ment par les jeunes ambas­sa­deurs de One, l’APD a fina­le­ment été rehaus­sée de 365 mil­lions d’euros en 2017, soit 11 % de plus qu’en 2016, se féli­citent les porte-parole de One.

 

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Image d’illus­tra­tion One.org. © One

 

Mais l’APD aurait dû être revue à la hausse depuis bien long­temps déjà. Les pays des Nations-Unis s’é­taient en effet enga­gés, il y a qua­rante-cinq ans, à lui consa­crer 0,7 % de leur revenu natio­nal brut. Une pro­messe, renou­ve­lée en 2005 au G8, mais tou­jours au point mort.

 

En 2016, les jeunes ambas­sa­deurs ont décro­ché une tren­taine de ren­dez-vous poli­tiques. Entre autres, Bill Gates, engagé depuis des années contre la pau­vreté, Jean-Marc AyraultPascal Cherki (PS), Jean-François Mancel (UMP), ou encore Michel Destot, député PS de l’Isère et ancien maire de Grenoble. « On a pro­posé des amen­de­ments aux par­le­men­taires. Beaucoup ont d’ailleurs été votés », pré­cise Florence.

 

 

 

« Le développement passe souvent au second plan »

 

 

« Ce que j’aime chez One ? On ne demande pas d’argent aux citoyens, on demande leur voix », explique Pierre Jothy. La jeu­nesse est un atout solide pour l’ONG : les étu­diants savent uti­li­ser les réseaux sociaux et les outils inter­net qui per­mettent de mener des cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion. « D’autant plus que la jeu­nesse d’au­jourd’­hui sera celle qui diri­gera le monde de demain », pour­suit le jeune ambas­sa­deur.

 

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De gauche à droite : Anne-Sophie Martin, Florence Ramel et Pierre Jothy. © Anaïs Mariotti

 

Quelques chiffres pour aler­ter l’opinion publique sur le site de One. En Afrique sub­sa­ha­rienne, 7 per­sonnes sur 10 n’ont pas accès à l’électricité ; 800 enfants meurent chaque jour du palu­disme ; 6,2 mil­lions de pro­fes­seurs sup­plé­men­taires sont néces­saires pour assu­rer une édu­ca­tion pri­maire d’ici 2030…

 

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Pierre Jothy et Anne-Sophie Martin, cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion sur le cam­pus de Gières. © Anaïs Mariotti

C’est cette urgence morale qui a convaincu Florence, Pierre et Anne-Sophie de s’en­ga­ger auprès de One. « Un conti­nent entier est laissé pour compte. On uti­lise ses res­sources et, après, on s’en fout… », résume Pierre. Avant qu’Anne-Sophie n’a­joute : « La nature humaine est fon­ciè­re­ment égoïste. Il est aussi plus dif­fi­cile de venir en aide à des per­sonnes qui sont phy­si­que­ment loin et qu’on ne voit pas. C’est pour­tant néces­saire », ajoute Anne-Sophie.

 

Pourquoi les thèmes du déve­lop­pe­ment sont-ils si peu abor­dés dans les pro­grammes des can­di­dats ? Pour Pierre, « le pro­blème, c’est que les poli­tiques publiques sont prin­ci­pa­le­ment cen­trées sur la France », en dépit des liens étroits noués avec le conti­nent afri­cain depuis l’é­poque colo­niale.

 

« Le thème du chô­mage est omni­pré­sent dans les pro­grammes. Le déve­lop­pe­ment passe sou­vent au second plan », estime Florence. Selon elle, le manque d’intérêt pour le déve­lop­pe­ment en Afrique s’ex­plique par le poids « des lob­bys, ban­caires notam­ment qui poussent les can­di­dats dans l’autre sens du déve­lop­pe­ment […] C’est pour­quoi la pres­sion citoyenne est pri­mor­diale », ajoute l’ambassadrice de l’ONG.

 

 

Anaïs Mariotti

 

 

 

ONE, EN BREF

 

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Campagne de l’ONG « One » à Montréal, Canada. © One.org

Créée en 2004 et cofon­dée par le chan­teur Bono de U2, l’ONG One se veut apo­li­tique, la lutte contre la pau­vreté dépas­sant tout cli­vage poli­tique. Présente dans sept pays euro­péens, au Nigéria et aux États-Unis, One compte 7 ‚8 mil­lions de membres à tra­vers le monde, dont 385 000 en France.

 

Elle a pour mis­sions de lut­ter contre la pau­vreté des popu­la­tions afri­caines et la cor­rup­tion des gou­ver­ne­ments. Mais aussi, de défendre le droit des femmes et des enfants, plus vul­né­rables face à l’ex­trême pau­vreté.

 

 

Quatre recommandations pour les candidats à la présidentielle

 

  1. Augmenter le bud­get de l’Aide publique au déve­lop­pe­ment (APD) pour qu’il atteigne 0,7 % de la richesse natio­nale brute (RNB) d’ici 2022. Actuellement, cette aide publique s’élève à 0,41 % du RNB.
  2. Donner la prio­rité aux plus dému­nis en Afrique, et notam­ment aux femmes, pre­mières vic­times de la pau­vreté.
  3. S’engager contre l’évasion fis­cale et la cor­rup­tion qui privent des États afri­cains de res­sources vitales.
  4. Promouvoir mon­dia­le­ment le déve­lop­pe­ment, notam­ment lors du G20 et auprès de l’Union euro­péenne.

 

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Commentaires 1
  1. Et si on lut­tait d’a­bord contre la cor­rup­tion, ex le dic­ta­teur Kabila en RDC ? contre la main­mise des mul­ti­na­tio­nales sur les richesses minières, ex sur le Coltran indis­pen­sable pour la fabri­ca­tion des télé­phones por­tables ?
    L’Afrique est très riche, mais le peuple ne peut pro­fi­ter de ses richesses.
    Bien sûr quelques pays sont en proie à la famine due à la séche­resse, comme dans la Corne de l’Afrique, en Somalie, par ex, c’est là qu’il fau­drait appor­ter toute notre aide, ne pas expul­ser les migrants qui arrivent jus­qu’en Europe

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