ENTRETIEN – Le jeune Grenoblois Nicolas Baldeck vient de créer Pioupiou, un capteur météo mesurant le vent et la pression atmosphérique. Soutenu par Etalab, structure émanant du Premier ministre en charge de l’ouverture des données publiques, cet Isérois veut partager les données météo (open data) en temps réel à travers la France.
Le bac en poche, Nicolas Baldeck a tenté différents types d’études sans vraiment trouver sa voie, préférant scruter la météo sur son ordinateur pour faire du parapente, de la planche à voile ou du ski. C’est de là qu’est partie son idée de créer un capteur météo accessible à tous, ainsi qu’un réseau ouvert de partage des informations récoltées. Un réseau qui verra le jour dans les prochaines semaines.

Vous avez lancé en début de semaine dernière une campagne de crowdfunding sur Kisskissbankbank. Que vous apporteront les fonds récoltés, si votre objectif de 29 850 euros est atteint ?
Mon projet jusqu’à présent, c’était beaucoup de bricolage et des méthodes pas toujours orthodoxes. J’ai soudé des composants à la poêle, attaché des prototypes au-dessus de ma voiture sur l’autoroute pour voir s’ils résistaient à 130 km/h. Je n’avais aucun budget. J’ai tout développé avec moins de 1000 euros. Je vais maintenant pouvoir monter une société, sous-traiter la fabrication, faire des produits aux normes européennes. Le crowdfunding va me permettre de faire du travail plus professionnel, d’une part, mais cela permet aussi de faire découvrir Pioupiou et de créer une petite communauté autour.
D’où vous est venue l’idée de cette activité ?
J’avais des problèmes d’accès à la météo, lorsque je volais en parapente comme en planche à voile. Il existait un site pour la planche, mais pas pour le parapente. Par ailleurs, la fédération française de vol libre (FFVL) a déjà posé quelques balises au sommet de montagnes mais elles ont couté 2000 euros chacune. J’avais envie de démocratiser cela.
Vous proposez une balise à 200 euros. Comment arrivez-vous à diviser par dix son coût par rapport à celle proposée par la FFVL ?
Le prix du produit proposé par la FFVL étant cher, la demande était faible et donc le coût de fabrication à l’unité également. De mon côté, j’ai d’abord consulté les gens susceptibles d’être intéressés par un objet à faible coût. 90 personnes m’ont répondu favorablement en une semaine. Puis j’ai surtout saisi l’opportunité d’utiliser le nouveau réseau Sigfox (ndlr : qui fonctionne par code radio), lancé en début d’année et qui consomme très peu d’électricité. Plus besoin d’une batterie au plomb. Un simple petit panneau solaire suffit désormais. C’est un changement d’échelle, comme quand on est passé du gros ordinateur avec écran cathodique au smartphone.Ne pensez-vous pas que d’autres structures reprendront vos idées ?
C’est le but. J’apporte sur le marché un produit qui n’existe pas mais qui sera présent partout dans deux ans. J’ai déjà été approché par de très grosses boites. Si, demain, l’une d’entre elles se lance dans la fabrication, évidemment je ne pourrai pas rivaliser. Par contre, j’aurai apporté l’idée. C’est la première fois qu’il y a un objet connecté de ce type qui est dans une dynamique d’open data. Jusqu’à présent, les fabricants créaient leur réseau mais pour y accéder, il fallait avoir acheté le produit qu’ils vendaient. Il existe donc plusieurs écosystèmes fermés, alors que je propose de réaliser un réseau ouvert qui appartient à chacun. C’est le Wikipédia de la météo. Aujourd’hui, il y a des enjeux énormes autour de la météorologie, qui impacte plus du quart du PIB d’un pays. Une tempête coûte des dizaines de milliards d’euros. La mise en commun des données va permettre plus de précision, d’anticipation, avec plus de points de mesure et ainsi une connaissance plus fine des phénomènes se déroulant sur notre planète. Ainsi, le déraillement des bulles de la Bastille aurait peut-être pu être évité s’il y avait eu des balises Pioupiou partout dans le bassin grenoblois.
Quelles sont vos perspectives pour la suite ?
Dès que la campagne de crowdfunding sera terminée, je publierai tous les codes sources, les plans et les fichiers de fabrication de Pioupiou pour ne plus être seul à travailler dessus mais que l’intelligence collective se mette en route. Je ne suis pas ingénieur. J’ai fait du bricolage. Le meilleur moyen de l’améliorer, c’est de dévoiler la recette pour que les personnes compétentes apportent leurs savoir-faire. Mais je ne sais pas où je vais… Il y a six mois, Pioupiou n’existait pas. Aujourd’hui, c’est le plan de ma vie. En tout cas, c’est passionnant ! Texte et photos : Nils Louna









