François Brottes à la tête de RTE : une nomination polémique

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FOCUS – François Brottes, député de la 5e circonscription de l’Isère, a été proposé, le 23 juillet dernier, au poste de président du directoire de RTE (Réseau de transport d’électricité). Une nomination qui suscite de nombreuses réactions dans la sphère politique locale.

 

 

 

François Brottes. CC Matthieu Riegler - Wikipédia

François Brottes. CC Matthieu Riegler – Wikipédia

François Brottes pren­dra bien­tôt la tête du direc­toire de RTE (Réseau de trans­port d’électricité). L’annonce, le 23 juillet der­nier, de la nomi­na­tion du député socia­liste de la 5e cir­cons­crip­tion de l’Isère, au sein de la filiale d’EDF, en charge du trans­port de l’électricité a fait grand bruit. Cette prise de fonc­tion pro­po­sée par le conseil de sur­veillance de RTE s’est faite en accord avec la ministre de l’Écologie Ségolène Royal et, a for­tiori, le gou­ver­ne­ment.

 

Âgé de 59 ans, François Brottes suc­cè­dera ainsi à Dominique Maillard, qui a atteint la limite d’âge fixée par les sta­tuts de l’entreprise pour exer­cer un nou­veau man­dat.

 

 

Un spé­cia­liste de l’énergie

 

 

Actuellement pré­sident de la Commission des affaires éco­no­miques de l’Assemblée natio­nale, François Brottes a démarré sa car­rière pro­fes­sion­nelle comme jour­na­liste avant d’occuper un man­dat de conseiller régio­nal de Rhône-Alpes de 1992 à 1998. Il a ensuite été maire de Crolles de 2005 à 2014.

 

Spécialiste des ques­tions d’énergie, il a pré­sidé la Commission spé­ciale pour l’exa­men du pro­jet de loi rela­tif à la tran­si­tion éner­gé­tique pour la crois­sance verte de l’Assemblée natio­nale. C’est à ce titre qu’il a contri­bué à l’élaboration de la loi éner­gé­tique visant à pré­pa­rer la tran­si­tion vers un sys­tème éner­gé­tique sobre. Ce proche du gou­ver­ne­ment et des hautes sphères de l’État a été chargé, en février der­nier, par le Premier ministre Manuel Valls d’élaborer un rap­port sur la sécu­rité de l’approvisionnement élec­trique en France et en Europe.

 

 

 

Des réactions de toute part

 

 

A l’annonce de cette nomi­na­tion, les réac­tions ne se sont pas fait attendre du côté des poli­tiques locaux. Enthousiaste, Geneviève Fioraso, ancienne ministre de l’Enseignement supé­rieur et de la Recherche, n’a ainsi pas man­qué de féli­ci­ter François Brottes. « Les com­pé­tences qu’il a acquises dans le domaine de l’éner­gie en ont fait un expert reconnu dans ce domaine stra­té­gique pour l’en­vi­ron­ne­ment, l’é­co­no­mie et la soli­da­rité, a réagi la dépu­tée de la 1re cir­cons­crip­tion de l’Isère dans un com­mu­ni­qué. Je suis convain­cue qu’il accom­pa­gnera effi­ca­ce­ment la tran­si­tion éner­gé­tique vou­lue par le Président de la République et le gou­ver­ne­ment, tout en favo­ri­sant un juste accès à l’éner­gie pour tous les usa­gers ».

 

François Brottes. © Parti socialiste

François Brottes. © Parti socia­liste

A droite, en revanche, les cri­tiques sont sévères. Thierry Kovacs, maire de Vienne et vice-pré­sident des Républicains de l’Isère, estime ainsi que « la nomi­na­tion de François Brottes est condam­nable à plu­sieurs titres ». L’élu isé­rois pointe notam­ment du doigt l’absence d’organisation d’élection légis­la­tive par­tielle. En vertu de la loi du 13 jan­vier 2009, son siège de député pour­rait être auto­ma­ti­que­ment repris par son sup­pléant Pierre Ribeaud.

 

Sur le site inter­net des Républicains de l’Isère, Thierry Kovacs dénonce une « manœuvre » et un « mon­tage sophis­ti­qué qui en dit long sur la confiance du pou­voir dans son bilan ». Il estime éga­le­ment que la « ques­tion du conflit d’intérêts se pose pour le pré­sident d’une com­mis­sion par­le­men­taire qui avait auto­rité sur la société dont il devien­drait pré­sident. Il s’agit là d’un man­que­ment évident à toute déon­to­lo­gie ».

 

Côté éco­lo­gistes, Pierre Mériaux s’est lui aussi mon­tré cri­tique. Sur Twitter, le conseiller muni­ci­pal de Grenoble en charge du tou­risme et de la mon­tagne, estime que « François Brottes entache sa fin de car­rière et le PS avec lui. Le lobby élec­tro­nu­cléaire idem ».

 

 

 

Une rémunération qui fait débat

 

 

Du reste, un autre sujet fait débat : celui du mon­tant de la rému­né­ra­tion du futur pré­sident du direc­toire de RTE. François Brottes pour­rait ainsi, selon le JDD, tou­cher un salaire fixe de 22 000 euros par mois et per­ce­voir un variable pla­fon­née à 132 000 euros par an. Une rému­né­ra­tion indé­cente selon Thierry Kovacs, qui estime « que le pré­sident de la Commission des affaires éco­no­miques de l’Assemblée natio­nale qui a accom­pa­gné une poli­tique natio­nale – laquelle a pro­duit 600 000 chô­meurs sup­plé­men­taires, une dette pré­vue de 97 % du PIB en 2015 et un record d’Europe des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires –, se mette confor­ta­ble­ment aux abris pour échap­per à la sanc­tion popu­laire est pro­fon­dé­ment cho­quant ». 

 

Si François Brottes devrait prendre ses nou­velles fonc­tions le 1er sep­tembre pro­chain, la Commission de régu­la­tion de l’énergie (CRE) doit encore se pro­non­cer sur le carac­tère déon­to­lo­gique de cette nomi­na­tion. Elle doit notam­ment s’assurer qu’elle ne repré­sente pas de conflit d’intérêts. Une fois en poste, le député socia­liste pro­po­sera au conseil de sur­veillance de RTE un nou­veau direc­toire pour les cinq pro­chaines années.

 

 

Maïlys Medjadj

 

 

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Commentaires 1
  1. Personnellement, connais­sant F.Brottes cette nomi­na­tion va dans le bon sens. J’ai tra­vaillé avec lui lors de la com­mis­sion sur la Transition Energétique.

    C’est un défen­seur du ser­vice public de l’élec­tri­cité, et le voir à la tête des réseaux élec­triques – qui, je le rap­pelle, appar­tiennent à une acti­vité régu­lée de ser­vice public – est tout à fait cohé­rente avec une fin de car­rière au ser­vice de la Nation.

    Quant à la ques­tion nucléaire ou éner­gie renou­ve­lable, je crois que cer­tains par­le­men­taires n’ont tou­jours rien com­pris, dont Merieux. RTE ne s’oc­cupe en rien de la pro­duc­tion d’élec­tri­cité.

    RTE est séparé de droit et de ges­tion d’EDF, c’est le prin­cipe même des acti­vi­tés régu­lées, RTE ne s’oc­cupe pas du mix élec­trique, mais du trans­port de l’élec­tri­cité peu importe son ori­gine (verte, hydrau­lique, ou nucléaire ou même d’autres pays), et à un tarif qui est le plus bas d’Europe !

    Tant que les par­le­men­taires ne tra­vaille­ront pas davan­tage leur dos­sier alors ils conti­nue­ront à dire n’im­porte quoi tant que ça sert leurs idées, à prendre des orien­ta­tions inco­hé­rentes puis­qu’ils n’ont tou­jours rien com­pris aux décou­pages des acti­vi­tés dans l’éner­gie par exemple, et sur­tout ils res­te­rons fer­més sur les posi­tions sans bien com­prendre que les choses ont évo­lué de droit, c’est l’exemple même d’une confu­sion qui est soit entre­te­nue soit incom­prises, ce qui est pro­fon­dé­ment génant pour des soi-disants spé­cia­listes de la loi.

    Heureusement Brottes connait bien ses ques­tions lui, quant à savoir s’il sera un bon capi­taine d’in­dus­trie, on le verra bien.

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