REPORTAGE VIDEO – En visite à la 27ᵉ Brigade d’Infanterie de Montagne, Emmanuel Macron a présenté, jeudi 27 novembre 2025, un nouveau service militaire, volontaire et ambitieux. Un dispositif, destiné à rapprocher la jeunesse des armées face aux défis sécuritaires, dont il a détaillé les contours : 3 000 jeunes incorporés dès 2026, une formation de dix mois et un objectif de 50 000 volontaires d’ici 2035.
Emmanuel Macron a choisi la 27ᵉ Brigade d’Infanterie de Montagne (BIM) de Varces pour annoncer, jeudi 27 novembre 2025, la création d’un nouveau service militaire, volontaire et tourné vers la jeunesse. Un discours fort, prononcé devant des jeunes lors de leur Journée défense et citoyenneté (JDC), des militaires et des représentants locaux, qui marque une étape clé dans la préparation de la France face aux défis sécuritaires actuels.
Un service militaire repensé, ancré dans le volontariat
« Notre jeunesse a soif d’engagement », a déclaré le président de la République, en précisant que ce nouveau dispositif s’adresserait aux jeunes majeurs ayant exprimé leur volontariat lors de la JDC, rebaptisée Journée de mobilisation. Contrairement au service national universel suspendu en 1996, ce modèle ne sera pas obligatoire. Il sera au contraire sélectif : les armées choisiront parmi les volontaires ceux qui correspondent le mieux à leurs besoins.
Dix mois d’engagement : les jeunes sélectionnés bénéficieront d’une formation initiale d’un mois, suivie d’une affectation de neuf mois au sein d’une unité militaire. Ils participeront à des missions variées, de la protection du territoire (opération Sentinelle) à l’assistance aux populations, en passant par des rôles logistiques ou opérationnels. Une expérience qui, selon le chef de l’État, doit renforcer la cohésion nationale et préparer la jeunesse aux enjeux de défense.
3 000 jeunes dès 2026, 50 000 visés d’ici 2035
Emmanuel Macron a souligné que ce service national militaire s’inspire des bonnes pratiques européennes, notamment celles de la Norvège, où le volontariat militaire est une tradition bien établie. « La France ne peut demeurer immobile face à une menace qui pèse sur nous tous », a‑t-il insisté, évoquant un contexte international marqué par l’accélération des crises et le durcissement des tensions.

Le président de la République a présenté son nouveau service militaire lors de sa venue à la 27ᵉ Brigade d’Infanterie de Montagne, à Varces.
Le déploiement sera progressif : 3 000 jeunes intégreront le dispositif dès l’été 2026, avec un objectif de 10 000 incorporés en 2030 et 50 000 en 2035, en fonction de l’évolution des menaces. Un budget supplémentaire de plus de deux milliards d’euros sera alloué dans le cadre de la loi de programmation militaire 2026 – 2030 pour financer ce projet.
« c’est une opportunité, mais il faut réfléchir avant de s’engager », juge Pierrick, présent à la Journée défense et citoyenneté
Sur place, les jeunes interrogés ont réagi avec intérêt, mais aussi prudence. Pierrick, présent pour sa JDC, estime que « c’est une opportunité, mais il faut réfléchir avant de s’engager. J’ai appris ce matin que ce dispositif allait être mis en place, donc pour le moment je n’ai pas encore réellement réfléchi à la suite ». Pour Lisa, lycéenne de 17 ans, « le volontariat est une bonne chose, car ça laisse le choix à chacun. Moi, je ne veux pas faire carrière dans l’armée, mais je comprends l’intérêt pour ceux qui veulent servir ».

Le président de la République a présenté son nouveau service militaire lors de sa venue à la 27ᵉ Brigade d’Infanterie de Montagne, à Varces.
Alexis Jolly, député de l’Isère, présent lors du déplacement présidentiel, a salué l’initiative tout en appelant à la concrétisation du projet. « Ce dispositif ne doit pas rester symbolique mais doit devenir un outil de préparation aux grands défis géostratégiques d’aujourd’hui et de demain », a affirmé le député.
« Il est impératif que notre pays affirme clairement sa place en tant que puissance militaire et nucléaire forte et pacifique, capable de garantir sa sécurité, sa souveraineté et ses intérêts », a‑t-il poursuivi. Pour le député, « cette initiative doit permettre de transmettre le sens du devoir et de la responsabilité civique, et de former des citoyens pleinement conscients des enjeux de défense ». Il insiste sur la nécessité d’un « encadrement de qualité » et de « moyens humains, logistiques et financiers à la hauteur des ambitions affichées ».
Un projet qui s’inscrit dans une vision globale de la défense
Ce nouveau service national s’intègre dans une stratégie plus large de modernisation des armées, avec une armée d’active renforcée, une réserve opérationnelle portée à 80 000 membres d’ici 2030, et un accent mis sur la résilience de la Nation. « Nous devons être prêts à toutes les bascules », a martelé Emmanuel Macron, rappelant que « la peur n’évite jamais le danger. Seule la préparation permet de l’affronter ».

Le président de la République a présenté son nouveau service militaire lors de sa venue à la 27ᵉ Brigade d’Infanterie de Montagne, à Varces. © Joël Kermabon – Place Gre’net
La ministre des Armées, Catherine Vautrin, détaillera dès mi-janvier 2026 les modalités pratiques de candidature. En parallèle, le ministère de l’Éducation nationale renforcera les classes de défense et de sécurité globale, avec une durée portée à trois ans, et encouragera les stages de seconde dans les armées.
Avec ce nouveau service national, Emmanuel Macron mise sur l’alliance entre la jeunesse et les armées pour renforcer la capacité de résistance de la France. « Notre Nation sera forte si notre jeunesse est unie autour de nos valeurs », a‑t-il conclu, sous les applaudissements des militaires et des jeunes présents, avant d’entonner l’hymne national.
La CGT Isère dénonce les « discours bellicistes »
Alors qu’Emmanuel Macron prononçait son discours à Varces, c’est une toute autre parole qu’a portée la CGT au cours d’un rassemblement organisé devant les locaux de son Union locale à Pont-de-Claix. Le secrétaire général de la CGT Isère a pris la parole pour appeler les travailleurs et les retraités à s’opposer à « la logique d’escalade » qu’il juge mise en scène par Emmanuel Macron, la « très russophobe » Kaja Kallas1 Vice-présidente de la Commission européenne., ou encore la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ou le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg.
La CGT a tenu une conférence de presse à Pont-de-Claix pour contredire Emmanuel Macron en visite à Varces. © CGT Isère – Facebook
« La montée en puissance depuis quelques années du discours belliciste européen et des financements débloqués pour préparer une guerre contre la Russie doit nous inquiéter », a déclaré le syndicaliste. Qui n’a pas goûté la déclaration du chef d’état-major Fabien Mandon devant les maires, avertissant sur les risques d’un conflit futur avec la Russie. Des propos « sans véritable fondement [qui] visent à légitimer le narratif présidentiel présenté en faveur du lobby militaro-industriel », selon lui.
« Le seul projet politique qu’ils leur restent pour la jeunesse est celui de les habiller en kaki », a encore proclamé Nicolas Benoît. Et d’ajouter : « Nous réaffirmons que la France doit restaurer une diplomatie efficace afin de promouvoir le multilatéralisme et que son mandat au conseil de sécurité de l’ONU doit servir à sa fonction première de gardien de la Charte des Nations Unies ». En considérant qu’une telle position doit passer par une sortie de l’Otan, accompagnée de sa dissolution. Avant de conclure en « exhortant le gouvernement à privilégier la voie de la diplomatie et de la paix ».



