BLOG CULTURE – Après Sans objet, qui mettait deux circassiens aux prises avec un bras articulé, Aurélien Bory revient à l’Hexagone de Meylan avec Plexus, portrait de la danseuse Kaori Ito. Le metteur en scène nous dévoile les ressorts de son entreprise. Entretien.
Plan B, Sans objet, Géométrie du caoutchouc, Azimut sont quelques-uns des spectacles qui témoignent de la capacité du metteur en scène Aurélien Bory à régénérer son théâtre dans sa forme, toujours physique puisqu’y interviennent circassiens et danseurs.
En novembre 2014, l’Hexagone de Meylan programmait Sans objet, qui signe la rencontre d’un bras articulé issu de l’industrie automobile avec deux artistes de cirque, devant composer avec les mouvements de leur partenaire robotique.
Aurélien Bory mise beaucoup sur cette confrontation des interprètes avec la contrainte et sur l’inattendu qui en résultera.
Dans Plexus, programmé à l’Hexagone de Meylan vendredi 13 et samedi 14 mars, sur quel type de contrainte votre scénographie est-elle fondée ?
Au départ, j’avais conçu une marionnette à l’effigie de Kaori Ito, une marionnette à fils. Mais finalement la marionnette est passée dans le corps de Kaori. J’ai gardé les fils », déclare Aurélien Bory, qui s’est d’abord inspiré de l’essai d’Heinrich von Kleist, Sur le théâtre de marionnettes.
Vous dites faire le portrait de Kaori Ito dans Plexus, entreprise déjà réalisée avec la danseuse de flamenco Stéphanie Fuster dans « Questcequetudeviens ? » (2008). Les deux spectacles forment-ils un diptyque ?
« Oui, je parle même de série. Je veux continuer ce travail de portrait. Ce sont les deux premiers, liés par une même démarche. Le portrait est un exercice difficile sur le plateau, moins évident que dans la littérature ou la photographie, qui sont plus proches de cet art.
Finalement, je ne sais pas si ce sont des portraits mais, en tout cas, je pars de la personne pour écrire ces spectacles. J’essaye de révéler quelque chose qui n’est pas visible. C’est ça l’art du portrait.
On aboutit peut-être aussi à la notion de paysage car il y a l’idée d’un parcours. Quel a été le parcours de vie de ces danseuses ? Dans les deux cas, la notion de déplacement géographique est très présente. Et puis la danse se confond avec les existences. Ces deux danseuses lui ont tout sacrifié.
Et enfin, je rejoins mon sujet de prédilection puisque le portrait est un parcours dans l’espace, sur le plateau, via un déplacement. Ce sont les mouvements de la danse qui donnent accès au paysage intérieur. »
Vous signez la mise en scène et la scénographie de Plexus, Kaori Ito la chorégraphie. Qu’est-ce que cela dit de la répartition de votre travail ?
« En fait, il y a deux façons d’entendre le terme « chorégraphie ». Dans la danse, le chorégraphe est celui qui écrit le mouvement et, souvent, il est également celui qui écrit le spectacle. Évidemment, celui qui écrit le spectacle ici, c’est moi. Kaori a écrit les mouvements.
Ce qui m’intéresse, pour pouvoir faire son portrait, ce sont ses mouvements, donc je ne veux pas les écrire pour elle. Elle arrive avec toute son expérience de danse et je regarde comment elle aborde l’espace… »
Comment le Japon de Kaori Ito intervient-il dans ce portrait ?
« Avant la période de création, je passe par une phase de préparation qui explore plusieurs éléments. Avec Kaori Ito, il y avait le Japon en filigrane qui était très présent. Je me suis beaucoup intéressé à ce Japon qu’elle avait quitté, même si je ne voulais pas faire japonais ni japonisant. Mais forcément dans son paysage intérieur, le Japon prend une place très importante. »
À quel moment optez-vous pour ce titre, « Plexus » ?
« Il m’est apparu comme une évidence puisque je voulais partir de quelque chose d’anatomique qui soit un endroit fragile, sensible. Et finalement je me suis rendu compte aussi (et ça, c’est un heureux hasard) que le dispositif que j’avais conçu est un immense réseau de fils, ce qui rejoint l’étymologie du mot « plexus » (« entrelacement », en latin), et même sa définition actuelle : « réseau de nerfs et de vaisseaux ». Donc ce titre désigne aujourd’hui le corps de Kaori et l’espace du plateau.
Et puis, une journaliste qui était à la première en 2012 m’a demandé si mon titre faisait référence à la danseuse Isadora Duncan. Elle m’a dit qu’Isadora Duncan, dans le livre « Ma Vie », raconte qu’elle s’infligeait des séances d’immobilité totale pour voir d’où les mouvements allaient naître. Elle dit qu’à chaque fois le mouvement renaissait du plexus comme s’il s’agissait du ressort central de tous mouvements ! »
Propos recueillis par Adèle Duminy
Plexus
Mise en scène et scénographie : Aurélien Bory
Chorégraphie et interprétation : Kaori Ito
Vendredi 13 mars, 20 heures
Samedi 14 mars, 20 heures
Billetterie : 04 76 90 00 45












