FOCUS – Sur le point d’être récompensée par la Fondation de France, l’association socio-culturelle Solexine pourrait paradoxalement tomber le rideau d’ici la fin de l’année. Son avenir est bien incertain depuis que le Département de l’Isère et la Région Auvergne-Rhône-Alpes lui ont coupé une grosse partie de ses moyens. Déterminée à sortir de l’impasse, Solexine multiplie les appels à la solidarité et à la mobilisation. Un premier temps fort se tiendra ce mardi 7 mai à 17 h 30 place Saint-André.
Depuis vingt-deux ans, l’association Solexine, contraction de « solidarité, expression et initiative », propose des activités artistiques aux publics fragiles mais aussi à tous, afin de favoriser la mixité, gage de vivre-ensemble et d’une meilleure réinsertion. Plus d’une centaine d’adhérents pour moitié grenoblois, pour moitié issus du reste de l’agglomération, fréquentent la structure.

Une partie des adhérents, usagers, administrateurs et artistes intervenants à Solexine. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
En ce début du mois de mai, l’association fourmille de projets. Pourtant, Solexine est aux abois. Les subventions des collectivités locales ont baissé de manière drastique, au point que la trésorerie a fondu de moitié. Or, pour faire tourner la structure, il faut rémunérer les artistes qui interviennent et un salarié en CDI à 70 %.
Après avoir dû se séparer de son premier salarié en 2017, l’association n’a pas les moyens de financer le second poste pour finir l’année 2019.
Et se passer totalement de salarié reviendrait à faire une croix sur le projet associatif.
« On fonctionne déjà beaucoup avec les bénévoles et les intervenants ne sont pas avares de coups de pouce… Mais on ne peut se passer d’un poste de salarié pour coordonner la structure, organiser les plannings, assurer la partie administrative, nouer des partenariats, etc. », martèlent les membres du comité d’administration.
« Les collectivités rechignent de plus en plus à financer le fonctionnement des associations, mais le bénévolat a ses limites », rétorquent les bénévoles. Sans nouvelle aide sonnante et trébuchante pour rémunérer l’unique salarié qui lui reste, Solexine devra mettre la clé sous la porte.
« Puisqu’on veut nous (voir) fermer, on va l’ouvrir ! »
« La situation est des plus paradoxales, observe avec amertume Emmanuelle Moy, présidente de l’association Solexine. Le projet existe de longue date, il est reconnu par le milieu associatif, culturel et social pour sa qualité, son originalité. Et pourtant, les financeurs se désengagent les uns après les autres. »
« Puisqu’on veut nous (voir) fermer, on va l’ouvrir ! », lance Alain Manac’h, trésorier de l’association, aux premières loges pour constater l’urgence du problème. Solexine n’a nullement l’intention de s’éteindre à petit feu, en restant les bras croisés. Dans les jours et semaines à venir, l’association compte profiter de l’organisation de temps forts pour faire circuler une pétition de « protestation » et engranger un maximum de dons via des adhésions de soutien à l’association ou encore une cagnotte en ligne.
Un atelier chant « hors les murs », mardi 7 mai
Pour se faire entendre, Solexine a décidé de sortir de son local situé à Cémoi, quartier Bouchayer Viallet. Les artistes en herbe donnent ainsi rendez-vous aux Grenoblois et Métropolitains, mardi 7 mai à 17 h 30, place Saint-André.

Menacée de fermeture, l’association Solexine organise une série d’événements pour recueillir un maximum de soutiens DR
L’atelier vocal de l’association y poussera la chansonnette. Ce lieu du récital a été choisi à dessein, place de l’ancien tribunal où siège la direction des affaires culturelles du Département de l’Isère.
Le conseil départemental était en effet à l’origine le plus gros financeur de Solexine. Mais son soutien s’est brutalement arrêté.
En 2016, c’est la douche froide pour l’association. Sa subvention tombe brutalement de 30 000 euros… à plus rien.
LE MUSÉE DE GRENOBLE EXPOSE À SOLEXINE
Solexine ne pouvait pas trouver meilleure occasion pour attirer l’attention et la solidarité dont elle a besoin pour passer le cap de cette période délicate.
Du 13 mai au 6 juin, l’association sera sous les feux des projecteurs en accueillant dans ses locaux 12 B rue Ampère, la 14e édition du « Musée hors les murs ». Des visites guidées par des médiateurs du musée de Grenoble sont organisées.
Quelque 2 500 personnes sont attendues durant toute la durée de l’exposition. Le thème « De l’intérieur vers l’extérieur » a été choisi par les adhérents de l’association, qui ont également sélectionné les onze œuvres à voir, extraites de la collection permanente du musée de Grenoble ou des réserves.
Ateliers artistiques et temps festifs pour découvrir Solexine
De surcroît, des temps de pratiques artistiques seront ouverts à tous durant la période de l’exposition. La journée du samedi 25 mai sera particulièrement riche en découvertes pour les curieux et les amoureux d’arts plastiques, avec de nombreux rendus d’ateliers de Solexine.
« Blueman », l’une des œuvres de Solexine, à découvrir dans l’exposition Light painting visible jusqu’au 30 mai au restaurant l’Auguste, 6 rue de Turenne à Grenoble
À ne pas manquer, la nocturne du mercredi 29 mai jusqu’à 23 heures qui donnera lieu à des projections sur façade, à la démonstration de l’art du VJing (performance visuelle en temps réel à l’aide d’ordinateur) et aux productions en light painting.
Le programme au jour le jour est à suivre sur la page Facebook de Solexine.
Les financeurs ont durci leurs critères d’aide aux associations
En vingt-deux ans d’existence, Solexine a connu plusieurs crises, mais les difficultés sérieuses remontent à 2014, depuis la baisse progressive puis la totale disparition des subventions octroyées par le Département de l’Isère et la Région Auvergne-Rhône Alpes.

Résidence de création en light painting à Solexine, capture d’écran du film de Camille Bourrier, association Cinémagie
L’association n’a pourtant pas touché un iota à l’essence de son projet, qui est de permettre la reconstruction individuelle par la création et la pratique artistique.
L’insertion dans le monde du travail n’est pas l’objectif prioritaire, a toujours revendiqué l’association. Un credo qui ne passe plus auprès des financeurs, lesquels ont durci leurs critères, et conditionnent leurs aides au retour à l’emploi notamment. De fait, Solexine s’est retrouvé sur le carreau. « Nous sommes confrontés à des politiques hostiles, s’agace Alain Manac’h. Les élus sont prêts à faire disparaître un projet hors du commun sans états d’âme. »
« Qu’ils ne nous disent pas qu’ils n’ont pas d’argent… »
Tout aussi dépité et en colère devant cette situation qu’il juge absurde, Michel Szempruch, membre du comité d’administration de Solexine, peste contre les choix arbitraires de certains élus qu’il estime profondément injustes : « Qu’ils ne nous disent pas qu’ils n’ont pas d’argent… Wauquiez, par exemple [président de la Région Auvergne Rhône Alpes, ndlr] sait investir 400 000 euros dans un festival de musique électrique à l’Alpe d’Huez ».

Quelques usagers, administrateurs et artistes intervenant à Solexine, mai 2019 © Séverine Cattiaux – Place Gre’net
La Métropole de Grenoble a, elle aussi, bien diminué sa participation, après l’avoir augmentée en 2017.
Elle pourrait davantage mettre la main à la poche, martèlent les administrateurs, soulignant que Grenoble-Alpes Métropole est compétente dans le domaine de la culture.
Seule la Ville de Grenoble continue à soutenir sans faillir l’association d’insertion. En répondant à des appels à projet, Solexine parvient certes à décrocher des petits financements de la direction régionale des affaires culturelles (Drac). Mais cela ne peut remplir suffisamment le tiroir-caisse… « On ne peut se projeter dans l’avenir en se reposant sur des petits financements ! », s’exclame la présidente.
« Tout le monde est sur un pied d’égalité à Solexine »
Ironie du sort, alors que l’association pourrait tirer le rideau, elle recevra le 6 juin prochain les lauriers régionaux de la Fondation de France. Cette distinction récompense les initiatives les plus innovantes et exemplaires parmi des milliers de projets soutenus.

Bérénice Doncque, intervenante en théâtre, debout à gauche, lors d’une intervention d’un groupe de Solexine au printemps du livre 2019. DR
Intervenant à Solexine, l’illustrateur Tommy Redolfi trouve remarquable « cette ambiance bienveillante à Solexine, qui permet à chaque participant de se sentir légitime de s’exprimer sans être jugé ».
Une atmosphère propice à l’émergence de beaux projets… Ainsi, Tommy Redolfi et Florentine Rey, écrivaine, viennent-ils d’accompagner un groupe dans la réalisation d’un ouvrage littéraire et graphique, qui sortira très prochainement. « Tout le monde est sur un pied d’égalité, ici, à Solexine », se plaît à dire, pour sa part, David Meunier, intervenant et artiste vidéaste de l’association Cinémagie.
« Les pouvoirs publics ne tiendront pas la route sans le monde associatif »
Côté usagers, la perspective de la fermeture de Solexine est appréhendée comme un crève-cœur. La réaction d’Angèle est on ne peut plus explicite : « Il n’y a pas d’autres associations comme Solexine. Si la structure fermait, ce serait fermer quelque chose à mon cœur. »
« Je m’y sens bien, témoigne à son tour Claudine. Les horaires sont très souples, les adhérents viennent d’horizons différents et les intervenants sont professionnels. »
Que ce soit Jean-Fabien, Astrid, Claudine, Véronique, Christiane, Paulette et tant d’autres, chacun a trouvé à Solexine des amis, de la réassurance et de quoi réenchanter son quotidien à travers la pratique du chant, du théâtre, du modelage de la terre, de l’écriture, des résidences d’artistes…
« Si Solexine disparaît, on ne tardera pas à se rendre compte qu’il manque quelque chose pour de nombreuses personnes, mais il sera trop tard, met en garde la présidente de l’association. Les pouvoirs publics ne tiendront pas la route sans le monde associatif. Seules les associations ont cette capacité d’inventer, de créer… dans l’intérêt commun. »
Séverine Cattiaux













