FOCUS – Ils ont pris leurs fonctions début 2023. Aina Alegre, chorégraphe, et Yannick Hugron, danseur, forment la direction bicéphale du Centre chorégraphique national de Grenoble (CCN). Une institution qu’ils veulent ouverte et entendent mieux ancrer dans son territoire. Explications.
À la tête du Centre chorégraphique national de Grenoble depuis le 1er janvier 2023, Aina Alegre et Yannick Hugron se font désormais une idée plus précise de leur travail à la tête de l’institution. Ils se réjouissent de former un duo chorégraphe-danseur, jusqu’alors inédit en France à la direction d’une ‘maison’ de ce type. C’est pour eux « l’occasion de montrer le potentiel de réflexion et de renouveau » d’une telle association.

Ensemble à la tête du Centre chorégraphique national de Grenoble, Aina Alegre et Yannick Hugron sont aussi partenaires de scène. Ici, dans Étude 4, Fandango et autres cadences, à découvrir au Musée dauphinois le 16 septembre. © Christophe Raynaud de Lage
Des créations d’Aina Alegre figurent déjà dans l’agenda 2023-2024. Le 16 septembre, le Musée dauphinois accueillera une représentation d’Étude 4, Fandango et autres cadences. Une pièce née d’un projet d’étude autour du geste du martèlement. Aina Alegre, inspirée notamment des danses traditionnelles basques, y partage la scène avec Yannick Hugron pour « activer la mémoire du corps et composer leur propre fiction chorégraphique ».
Deux pièces pour matérialiser le partenariat avec la MC2
Le 7 décembre, c’est à la MC2 qu’Aina Alegre présentera R-A-U-X-A, créée en 2020 et marquant le début d’un nouveau cycle. Dans la langue catalane, les lettres du titre de ce spectacle forment le mot ‘impulsion’. Selon cette logique, l’idée est de « composer une danse hybride par laquelle le corps, la lumière et la musique électro-acoustique dialoguent et mettent en friction une matière organique et une matière technologique ». Le but ? « Édifier ensemble un paysage sensoriel et une architecture sonore ».

Aina Alegre, co-directrice du Centre chorégraphique national, présentera sa création This is not (An act of Love & Resistance) à la MC2 le 30 mai 2024. © Phile Deprez
À la MC2 toujours, le 30 mai 2024, le public pourra découvrir This is not (An act of Love & Resistance). Imaginée en 2022, cette pièce associe neuf performeuses, soit cinq danseuses et quatre musiciennes d’instruments de cuivre. « Ensemble, elles invoquent différents imaginaires autour de l’air, à travers la danse, la musique et le rythme de la parole ». Un thème aérien qui peut entrer en résonance avec les préoccupations environnementales de notre époque, selon Aina Alegre.
Un festival et d’autres nouveaux projets sur le territoire
Si Aina Alegre va présenter ses créations ailleurs en France et à l’étranger, elle et Yannick Hugron ne renoncent pas à leur volonté de s’ancrer dans le territoire grenoblois. Et d’être mieux identifiés comme indépendants de la MC2, bien que liés par des partenariats et hébergés dans le même ensemble architectural.

Parmi les projets du Centre chorégraphique national : celui de lancer, en septembre, le premier Impact Festival. L’occasion de découvrir Fantasia, une création de Ruth Childs, artiste associée pour les années 2023 et 2024. © Marie Magnin
Parmi les idées d’Aina Alegre : la volonté de transposer à Grenoble une toute jeune pièce créée à Marseille, Parades & Désobéissances. Cette création la touche beaucoup. Elle la conçoit comme une œuvre participative, ouverte à des danseuses et danseurs de plusieurs générations, non professionnels mais soucieux de mener un travail commun.
Autre projet fort dans la métropole grenobloise : la création d’Impact Festival. Un nouvel événement – en partie gratuit – dont la première édition se tiendra sur 24 heures, les 16 et 17 septembre 2023. En émergera « un précipité d’une vingtaine de propositions artistiques disséminées dans la ville à rencontrer par hasard ou à observer avec attention ». L’héritier, en condensé, des Grands Rassemblements initiés en 2016 sous la précédente direction.
[Photo de Une – Aina Alegre et Yannick Hugron – © Pascale Cholette]
UN CCN TOUJOURS PLUS OUVERT ?
Yannick Hugron le rappelle : « Le travail d’un Centre chorégraphique national ne se limite pas à la diffusion de spectacles ». Du 17 au 20 juillet 2023, celui de Grenoble s’est ainsi associé à l’association Nextape pour être la cheville ouvrière d’ateliers et de spectacles autour du hip hop. Un programme Summertime, gratuit et ouvert à tous, à découvrir à la base de loisirs du Bois français.
Le CCN restera également attentif au public curieux de connaître les rouages de l’art chorégraphique et demeurera un lieu d’accueil et de formation pour les artistes. Sa nouvelle direction dit ainsi vouloir accompagner tous les métiers de la danse.
« La danse a lieu partout, sur TikTok et dans la rue »
« Le projet global est en effet d’offrir une visibilité à celles et ceux qui œuvrent et fabriquent l’art chorégraphique aujourd’hui, avec des professionnels du son, de la lumière, du costume, de la dramaturgie ou de la scénographie, notamment. Les techniciens en font partie également », détaille Yannick Hugron. Qui avec Aina Alegre mise sur l’horizontalité, le décloisonnement et l’hybridation.
« La danse a lieu partout, sur TikTok et dans la rue, dans les ballrooms et les bals folks, dans les théâtres et les musées, sur le plancher des vaches ou en altitude, rappellent-ils. L’institution ne peut pas s’en tenir à ce qui se passe à l’intérieur de ses murs ». Le CCN accueillera néanmoins des artistes associés comme Ruth Childs en 2023 et 2024 et Jan Fedinger en 2025 et 2026.









