« Duel for strings» à Agora creative. Une performance de Ricardo Climent et Philippe Wucher. © Joël Kermabon - Place Gre'net

“La science au service de l’art” au cœur du festival Agora creative de Grenoble

“La science au service de l’art” au cœur du festival Agora creative de Grenoble

 

REPORTAGE VIDÉO – Le festival Agora creative organisé par l’Association pour la création et la recherche sur les outils d’expression (Acroe-Ica) s’est achevé ce 19 octobre. Immersions sonores 3D, installations artistiques, concerts, conférences, débats, lectures, ateliers d’expérimentation… L’objectif visé ? « Acculturer le citoyen », l’accompagner dans la révolution numérique où les technologies s’adresseront aussi à ses sens pour soutenir sa créativité. 

 

 

« Duel for strings», une performance de Ricardo Climent et Philippe Wucher lors du festival Agora creative. © Joël Kermabon - Place Gre'net

« Duel for strings», une performance de Ricardo Climent et Philippe Wucher lors du festival Agora creative. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Dans la salle de concerts Olivier Messaien, les fauteuils ont migré sur le plateau tandis que la scène a pris la place des gradins. Une configuration toute particulière qui s’explique lorsque l’on lève les yeux vers le plafond, juste au-dessus des sièges. Là, vingt-quatre haut-parleurs judicieusement disposés et finement orientés matérialisent comme une forme de dôme.

 

Un auditorium en 3D où les spectateurs vont baigner dans l’océan de sonorités de concerts de musique contemporaine. Ainsi, le public « ne reçoit pas un message en frontal mais le vit de l’intérieur », nous explique-t-on. Telle était assurément l’installation phare de la 4e édition du festival Agora creative organisé par l’Association pour la création et la recherche sur les outils d’expression (Acroe-Ica).

 

 

« Quand la science se met au service de l’art »

 

Cet événement atypique, s’inscrivant dans le cadre du projet European art science technology network for digital creativity (EASTN-DC), s’est achevé ce 19 octobre. Les objectifs poursuivis ? Accompagner le citoyen, l’acculturer aux transformations de la révolution numérique en train de bouleverser nombre d’aspects de la société et notamment les arts.

 

Le gong "magique" d'Alessandro Sciaraffa. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Le gong « magique » d’Alessandro Sciaraffa. © Joël Kermabon – Place Gre’net

En substance, il s’agit pour l’Acroe de porter l’innovation culturelle de manière « agile » autour de cinq pôles pour l’heure disjoints. À savoir : la recherche, la création, la pédagogie, la diffusion et l’industrie. Ce tout en suivant les méandres d’un fil rouge, celui de « la créativité avec le numérique ». Autrement dit, « quand la science se met au service de l’art », l’accroche du festival.

 

 

L’univers des sons marié aux algorithmes et à l’électronique

 

C’est donc tout un foisonnement de propositions qu’a accueilli le vénérable couvent des Minimes sis au cœur du quartier Très-Cloîtres. Installations artistiques, concerts, conférences, débats, lectures, ateliers d’expérimentation… Retour en images, forcément très incomplet, sur quelques-uns des dispositifs proposés au fil d’une (trop courte) exploration de l’univers des sons marié aux algorithmes et à l’électronique.

 

 

 

« Il manquait une dimension profonde, nécessaire à la créativité et à l’expressivité »

 

Pour l’Acroe, cet intérêt pour la créativité numérique et ses outils d’expression a commencé au moment de l’entrée de l’informatique dans le domaine de la création artistique. « On s’est très vite aperçu de son immense potentiel de création d’univers sonores, visuels et dynamiques », explique Claude Cadoz, président et cofondateur de l’Acroe.

 

Sauf qu’il y avait un bémol dans le rapport avec l’ordinateur via ses interfaces, le clavier ou la souris. « Il manquait une dimension profonde, nécessaire à la créativité et à l’expressivité », poursuit-il.

 

Le claviers permettant aux instrumentistes de percevoir les composantes du monde virtuel calculé par l'ordinateur. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Le claviers permettant aux instrumentistes de percevoir les composantes du monde virtuel calculé par l’ordinateur. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Un exemple ? Les sensations que l’on peut ressentir lorsque les crins d’un archet frottent les cordes d’un violon. « On perçoit par les mains le comportement de l’instrument, son poids, ses vibrations. Toutes choses qui n’existent bien évidemment pas avec un ordinateur », souligne le directeur de l’Acroe. Telle est la genèse du programme de recherche de l’association.

 

Le challenge ? Essayer de restituer avec un ordinateur toute la relation que l’on peut avoir avec un instrument de musique. « Une relation riche et complexe qui engage la main, l’oreille, la vue mais aussi la perception par le toucher [la perception haptique, ndlr] », précise Claude Cadoz.

 

« Ce sont ces technologies qui ont été employées en situation de concert au cours du festival », se félicite-t-il non sans une pointe de fierté. Notamment ce clavier (voir vidéo) qui permet à l’instrumentiste de percevoir, par retour de force, les composantes du monde virtuel calculé par les algorithmes exécutés par l’ordinateur.

 

 

Retrouver des sensations avec un ordinateur, « c’est juste magique »

 

Concrètement, quid de cette volonté d’acculturation prônée par l’association ? « Nous recevons des publics novices de tous âges mais en fait ces outils sont très accessibles », veut rassurer Annie Luciani, cofondatrice de l’Acroe.

 

Annie Luciani, cofondatrice de l'Acroe, l'association organisatrice du festival Agora creative. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Annie Luciani, cofondatrice de l’Acroe, l’association organisatrice du festival Agora creative. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« Ils parlent directement aux sens et à l’expérimentation personnelle. On voit à chaque fois des petites étoiles s’allumer dans les yeux », rapporte-t-elle. De fait, « les gens découvrent des choses qui leur plaisent », complète Annie Luciani. Toucher, entendre le son correspondant, le tout dans un univers offrant des possibilités infinies…

 

« C’est sans fin, ils le sentent, ils le comprennent. De surcroît, c‘est très ludique, on retrouve des sensations premières. Et les retrouver avec un ordinateur, c’est juste magique », conclut Annie Luciani affichant un large sourire. Et, elle aussi, quelques étoiles dans les yeux.

 

Joël Kermabon

 

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