Ingénieur travaillant depuis trois ans depuis le Maroc pour la société de micro-électronique grenobloise Dolphin, Thomas Gallay a été arrêté par les autorités marocaines et placé en détention à Rabat le 10 février 2016. Il a été condamné le 14 juillet dernier à six ans de prison ferme pour avoir soutenu financièrement une entreprise terroriste, mais ses proches et son comité de soutien clament son innocence et entendent bien obtenir sa libération.
Les faits ? Il est reproché à Thomas Gallay d’avoir prêté une somme d’environ 70 euros à un ressortissant marocain, proche des milieux terroristes, qui a été par la suite arrêté en possession d’armes lourdes. Le Français affirme qu’il a prêté cette somme pour permettre à l’homme de soigner un abcès dentaire, ainsi que l’expliquent nos confrères de France 3.
« Mis en garde à vue pendant 12 jours, les policiers, rassurants et lui disant qu’ils savaient très bien que lui, Français et non musulman, n’avait rien à voir dans ce genre d’histoires et qu’il allait être relâché, lui ont fait signer, hors présence de tout traducteur ou avocat, deux PV rédigés uniquement en arabe, langue qu’il ne sait ni lire ni écrire, censés correspondre à ses déclarations », déclare le comité de soutien du Varois de 36 ans.
Un soutien affiché de trois ONG de défense des droits de l’homme
Puis Thomas Gallay découvre la réalité des faits qu’il a signé : « Une conversion à l’islam qui n’a jamais existé mais inventée pour étayer la suite : un engagement et des activités dans la mouvance djihadiste assortis d’un soutien financier à des personnes projetant des actes terroristes… Horrifié, il a immédiatement réfuté devant le juge avoir fait de telles déclarations et contesté ces PV falsifiés, mais malgré cela il a été placé en détention. »
Le comité de soutien note que « les trois plus grandes ONG internationales de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch, Amnesty international et la FIDH (Fédération Internationale des ligues des droits humains) ont analysé ce dossier et écrit un courrier aux autorités marocaines et françaises pour attirer leur attention sur tous les vices constatés dans cette procédure », avant de déplorer le peu de réactions de part des ministres des Affaires étrangères et de la Justice.
« Terminus : la prison »
« Thomas est un homme sain, courageux, au parcours sans tâche, au casier judiciaire vierge, gentil, serviable, droit, travailleur, honnête et équilibré qui n’a rien à se reprocher ni rien à voir avec une quelconque idéologie djihadiste qu’il exècre. Il est aujourd’hui le premier catholique condamné pour un prétendu financement à une cellule terroriste, et appartenant à la mouvance Daesh… ! », considèrent encore les défenseurs du jeune homme.
Des défenseurs très actifs sur le Net, via des pages de soutien web et Facebook, ainsi qu’une pétition mise en ligne qui a d’ores et déjà récolté près de 2 000 signatures. Thomas Gallay est défendu par deux avocats renommés : Frank Berton pour la France, défenseur des “acquittés d’Outreau” et, plus récemment, de Salah Abdeslam (qu’il a finalement renoncé à défendre), et Abderrahime Jamai pour le Maroc, qui a notamment présidé un réseau d’avocats contre la peine de mort.
Une affaire représentative du fonctionnement de la justice marocaine ? Dans un communiqué sur l’affaire Thomas Gallay, la directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch, Sarah Leah Whitson, l’affirme : « Au Maroc, même si la police vous empêche de lire vos “aveux”, ou qu’ils sont rédigés dans une langue qui vous est incompréhensible – une fois que vous les signez, vous voilà à bord d’un train express, terminus : la prison. »
FM









