ENTRETIEN – Le rattachement de la Crimée à la Russie menace-t-il l’Europe ? A en croire Jean-Marc Huissoud, directeur du Centre d’études en géopolitique et gouvernance, la Russie pourrait contribuer à déstabiliser l’équilibre mondial. Pour le coorganisateur du Festival de géopolitique, qui se tiendra du 3 au 6 avril à Grenoble école de management sur le thème de l’Eurasie, la crise ukrainienne vient gripper le rêve poutinien d’une Union eurasienne dont la Russie serait le leader.
L
’Eurasie est au centre du 6e festival de géopolitique de Grenoble école de management. Qu’appelle-t-on Eurasie ? Est-ce seulement un espace géographique ?
L’Eurasie est l’espace au nord de l’Himalaya, du Pamir et du Causase, qui va du Pacifique à l’Atlantique et qui correspond en gros à l’ancien Empire soviétique, plus l’Europe. C’est un ensemble géographiquement unifié qui correspond à peu près au monde chrétien, même s’il n’y a pas que des Chrétiens dans cet espace-là.
C’est un espace qui a été interpénétré tout au long de son histoire par des peuples, envahisseurs venus de l’Est, du Nord… On est dans un ensemble humain, géographique, à la fois remarquablement diversifié mais avec des habitudes de relations relativement homogènes et, en même temps, dans un espace fracturé où se heurtent des logiques religieuses, civilisationnelles… L’Eurasie n’est pas, contrairement à ce que l’on pense, la simple adjonction de l’Europe et de l’Asie.
Avec la crise ukrainienne, il y a une volonté politique incarnée par Vladimir Poutine de reconstruire cet empire soviétique, voire de l’élargir ?
L’élargir, peut-être pas. Redonner à la Russie la place primordiale qu’elle avait dans le monde et prendre, en quelque sorte, une revanche après ce qu’elle a ressenti comme une humiliation en 1991, très certainement.
L’Eurasie existe en tant que concept de la géostratégie russe depuis le 18e siècle. Cette idée d’un grand empire européen en Asie que serait la Russie est une constante de la pensée géopolitique russe, qui rencontre une autre version qui va dans l’autre sens mais qui recouvre le même espace : l’Europe de l’Atlantique à l’Oural du général de Gaulle. Ce sont deux visions de construction de cet espace qui se rencontrent et se confrontent, y compris concernant la question de la Crimée.
On retombe toujours dans cette opposition Est-Ouest… La Russie d’un côté, l’Europe et plus encore les USA, de l’autre ?
Il y a de la continuité dans la pensée géo-stratégique. Aujourd’hui encore, Washington pense la Russie dans le cadre de la guerre froide, celui d’un pays qu’il faut contenir parce qu’il a tendance à déborder. 
Jean-Marc Huissoud, directeur du centre d’études en géopolitique et gouvernance à GEM. © Patricia Cerinsek – placegrenet.fr

Les locaux de Grenoble École de Management. DR

Carte de la Crimée.

Co-fondateur festival de géopolitique de GEM









