TRIBUNE LIBRE – À quelques semaines des municipales de 2026, Stéphane Gemmani, conseiller régional d’opposition et fondateur du Samu social de Grenoble, relance un débat sur comment garantir que ceux qui géreront les crèches, les écoles et les structures accueillant des mineurs sont irréprochables. Après avoir proposé aux candidats une attestation d’honorabilité publique assortie d’un plan concret pour protéger les enfants des violences, il interroge : Grenoble choisira-t-elle la transparence ou le silence ?
Il est des silences qui deviennent insupportables, des absences de débat qui sentent l’aveuglement volontaire. À Grenoble, aujourd’hui, ce silence est assourdissant lorsqu’il s’agit de ce qui devrait être au cœur de toute responsabilité politique : la protection des enfants.
Nous avons proposé une chose simple. Un engagement écrit, public, ferme. Une attestation d’honorabilité pour chaque candidate, chaque candidat, chaque futur élu, assortie d’un plan structuré pour veiller à ce que nul qui n’en ait pas l’intégrité ne soit mis en contact avec nos enfants et que ceux qui décident soient eux-mêmes irréprochables. Rien d’excessif. Rien d’idéologique. Une exigence morale minimale. Cet engagement est public, accessible à tous, vérifiable.
« Un Français sur dix a subi des violences sexuelles avant ses dix-huit ans »
Et pourtant, à part Place Gre’net, quasiment aucun média local ayant reçu nos communiqués n’a jugé utile de relayer sérieusement cette proposition1Le Dauphiné libéré a entre-temps publié un article sur le sujet, le 20 février.. Pourquoi ? Quand on alerte sur la protection des enfants et que la réponse est l’indifférence, cette indifférence devient un choix. Le silence, dans ces moments-là, n’est pas neutre. Il devient une position.
Pendant ce temps, les chiffres sont connus. Ils sont publics. Ils sont établis. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants a rappelé en 2023 qu’en France, 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles. Cela signifie qu’en moyenne, un enfant est agressé toutes les trois minutes. Elle a également établi que 5,4 millions d’adultes en France ont été victimes d’inceste durant leur enfance.
D’autres études nationales convergent vers un ordre de grandeur glaçant : environ un Français sur dix a subi des violences sexuelles avant ses dix-huit ans. Dans une classe de trente élèves, cela signifie statistiquement deux à trois enfants concernés.
La municipalité « a une responsabilité directe, concrète, quotidienne »
Ce ne sont pas des abstractions. Ce sont des visages. Des prénoms. Des cartables posés au pied d’un bureau. Des enfants qui fréquentent nos écoles, nos centres de loisirs, nos clubs sportifs. Une municipalité gère des crèches, des établissements scolaires, des accueils de loisirs, finance des associations, soutient des structures culturelles et sportives accueillant des mineurs. Elle recrute, elle subventionne, elle délègue. Elle décide. Elle a donc une responsabilité directe, concrète, quotidienne.
Protéger les enfants n’est pas une option…
Aux #municipales2026, chaque candidat et futur élu doit signer l’attestation d’honorabilité et s’engager concrètement pour la #protection de l’#enfance. Refuser n’est pas neutre.
👉 https://t.co/GIQ9TVS78Rhttps://t.co/wzx70MonVl
— Stéphane Gemmani (@stephanegemmani) February 19, 2026
Et pendant que nous parlons d’exigence morale, chacun peut se rendre à l’arrêt de tramway Chavant et constater que le nom d’Henri Grouès, dit l’abbé Pierre, demeure honoré dans l’espace public. Après des révélations nationales graves, après des demandes de clarification, après des débats qui ont traversé le pays, l’ambiguïté subsiste.
Les éléments critiques ajoutés un temps ont été retirés. Ailleurs, des collectivités ont choisi de débaptiser, d’assumer, de trancher. Ici, le symbole demeure sans clarification suffisante. Ce fait est visible. Il est concret. Il interroge.
Et que voyons-nous plus largement ? Des prudences. Des hésitations. Des réponses polies mais creuses. On reconnaît que le sujet est grave, mais on ne signe pas. On comprend l’intention, mais on ne s’engage pas publiquement. On parle d’éthique, mais on refuse la transparence formelle.
Un appel aux candidats à la municipalité de Grenoble
Nous demandons que les candidats, potentiellement futurs élus, s’engagent publiquement et avec sincérité à signer l’attestation d’honorabilité et à mettre en place une délégation municipale dédiée à la protection de l’enfance. Pas seulement pour les agents municipaux ou les bénévoles. Aussi pour ceux qui décident, qui nomment, qui arbitrent, qui orientent les politiques publiques. L’exemplarité ne peut pas être réservée aux autres.

Stéphane Gemmani appelle les candidats aux municipales à s’engager sur leur « honorabilité » en matière de lutte contre les violences faites aux enfants. © Grenoble 2020
Il y a une question simple que nous devons avoir le courage de poser. Quelle image voulons-nous donner de notre ville et de notre agglomération ? Celle d’un territoire qui place la protection des enfants au-dessus de toute considération partisane ? Ou celle d’un territoire où l’on s’indigne dans les discours mais où, dans les faits, on hésite à contraindre, à vérifier, à exiger ?
À force de prudence, on finit par envoyer un message terrible. Celui que la gêne institutionnelle compte davantage que la souffrance des victimes. Celui que la crainte de déranger pèse plus lourd que l’obligation de prévenir. Celui que l’on préfère éviter de mettre la pression sur les décideurs plutôt que de la faire porter sur les agresseurs potentiels. Celui, plus grave encore, qui pourrait laisser croire que l’on protège plus facilement les réputations que les enfants.
Une pétition pour renforcer la protection des enfants
Ce combat n’est pas isolé. Plus de 5 400 citoyennes et citoyens ont déjà signé une pétition demandant aux collectivités de développer des outils concrets pour renforcer la protection de l’enfance. Par ailleurs, l’association Mouv’Enfants appelle elle aussi les communes à inscrire clairement la protection de l’enfance au cœur des priorités municipales.
Ce n’est pas une posture individuelle. C’est une exigence collective.
Pendant que nous tergiversons, les révélations nationales ont déjà fissuré les certitudes. Les rapports sont publiés. Les chiffres sont connus. Les témoignages s’accumulent. Ce que nous vivons collectivement devrait suffire à nous convaincre que l’époque des demi-mesures est révolue. Les indignations de salon ne suffisent plus. Les déclarations de principe ne protègent personne.
Il reste un mois. Un mois pour que les listes à Grenoble et dans l’agglomération répondent clairement. Oui, nous signons l’attestation d’honorabilité. Oui, nous nous engageons personnellement. Oui, nous créons une délégation dédiée à la protection de l’enfance. Ou non.
Mais qu’ils le disent.
Parce que les enfants ne votent pas. Ils ne négocient pas. Leur seule protection, c’est notre capacité à être plus exigeants envers nous-mêmes que nous ne le sommes envers les autres. Si nous échouons là-dessus, ce ne sera pas seulement un rendez-vous politique manqué. Ce sera une faute morale.
Et aucune ville, aucune agglomération qui se prétend humaniste, ne devrait accepter de la porter.
Stéphane Gemmani, conseiller régional Auvergne-rhône-alpes
Rappel : Les tribunes publiées sur Place Gre’net ont pour vocation de nourrir le débat et de contribuer à un échange constructif entre citoyens d’opinions diverses. Les propos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opinions des journalistes ou de la rédaction et n’engagent que leur auteur.
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