Les militants brandissent leur banderole © Simon Marseille - Place Gre'net

“Nous ne serons pas la géné­ra­tion sacri­fiée” : à Grenoble, des étu­diants en colère contre le gouvernement

“Nous ne serons pas la géné­ra­tion sacri­fiée” : à Grenoble, des étu­diants en colère contre le gouvernement

REPORTAGE AUDIO – Un ras­sem­ble­ment a eu lieu ce jeudi 11 février à midi sur le par­vis de la biblio­thèque uni­ver­si­taire de Saint-Martin‑d’Hères. Une tren­taine d’étudiants réunis à l’ap­pel de plu­sieurs orga­ni­sa­tions ont réclamé la réou­ver­ture com­plète de leur faculté. Une demande pour mettre fin à des condi­tions d’études et de vie de plus en plus difficiles.

Les militants brandissent leur banderole © Simon Marseille - Place Gre'net

Les mili­tants bran­dissent leur ban­de­role au béné­fice des étu­diants. © Simon Marseille – Place Gre’net

« On demande le retour à 100% en pré­sen­tiel et des inves­tis­se­ments pour le per­mettre et lut­ter contre la pré­ca­rité. » Quentin, étu­diant en his­toire et mili­tant à l’Unef, retrans­crit dans un dis­cours rôdé, mais teinté de las­si­tude, les volon­tés et la détresse de cer­tains de ses condis­ciples. Sa pre­mière cible : le plan de retour à l’équilibre prévu par l’Université Grenoble-Alpes (UGA), dont il exige le retrait.

Ce pro­jet abou­tira, selon lui, à la réduc­tion du nombre de matières pro­po­sées. Son mes­sage à l’in­ten­tion du gou­ver­ne­ment est tout aussi clair. « On a besoin de 950 mil­lions d’euros pour reprendre les cours dans de bonnes condi­tions et de 1,5 mil­liard pour lut­ter contre la pré­ca­rité. »

Ils étaient ainsi une tren­taine à s’être réunis ce jeudi 11 février à midi sur le par­vis de la biblio­thèque uni­ver­si­taire de Saint-Martin‑d’Hères à l’ap­pel de plu­sieurs orga­ni­sa­tions pour notam­ment récla­mer la réou­ver­ture com­plète de la fac : le syn­di­cat étu­diant Unef Grenoble, l’Union des étudiant.e.s de Grenoble, le syn­di­cat ensei­gnant FSU, Fridays for future, la CGT Crous…

« Nous ne serons pas la géné­ra­tion sacrifiée »

Au milieu de la mani­fes­ta­tion, à deux pas du bâti­ment Stendhal, des étu­diants tenaient une ban­de­role. En rouge et noir, un slo­gan expli­cite, entre cri de rage et d’angoisse : « Nous ne serons pas la géné­ra­tion sacri­fiée. »

Un militant prend la parole pendant le rassemblement © Simon Marseille - Place Gre'net

Un mili­tant prend la parole pen­dant le ras­sem­ble­ment © Simon Marseille – Place Gre’net

Et les élèves de se suc­cé­der au méga­phone. Tous pour déplo­rer le peu d’importance que leur accor­de­rait l’État face à des écoles supé­rieures et classes pré­pa­ra­toires béné­fi­ciant de pos­si­bi­li­tés plus souples. Un mili­tant a, par ailleurs, réclamé des dis­tri­bu­tions de masques gra­tuits. Tandis que l’une de ses alter ego pour­fen­dait des poli­tiques qui vou­draient faire payer la crise aux étu­diants. « Cet ave­nir ne nous convient pas. »

« On a du mal à se pro­je­ter », regrette Katya, étudiante

Katya, étudiante en troisième année de sciences humaines appliquées © Simon Marseille - Place Gre'net

Katya, étu­diante en troi­sième année de sciences humaines appli­quées © Simon Marseille – Place Gre’net

Plus que des moyens, tous ont besoin de pou­voir s’imaginer un futur pro­fes­sion­nel ou social, alors que les écrans ont com­plè­te­ment rem­placé les inter­ac­tions physiques.

« Ça com­mence a jouer très fort sur notre moral », lâche dans un souffle Katya, en troi­sième année de sciences humaines appli­quées. Tous ses pro­jets par­ti­ci­pa­tifs sont figés. Même les pro­fes­seurs sont, selon elle, « dépas­sés » par cette situa­tion. Quant aux étu­diants, ils sont démo­ti­vés. « Il y a beau­coup de décro­chage. » Sa der­nière moti­va­tion : « Le diplôme à la fin de l’année. »

« On ne peut pas [les] lais­ser dans cette précarité-là »

Emilie Marche, conseillère régionale Auvergne-Rhône-Alpes (LFI) © Simon Marseille - Place Gre'net

Emilie Marche, conseillère régio­nale Auvergne-Rhône-Alpes (LFI) © Simon Marseille – Place Gre’net

Habituée des regrou­pe­ments contes­ta­taires, Émilie Marche, élue La France insou­mise (LFI) de la Région Auvergne Rhône-Alpes, est venue sou­te­nir cette démarche. « On ne peut pas [les] lais­ser dans cette pré­ca­rité-là ; étu­dier est un droit. »

Elle pointe du doigt les déci­sions gou­ver­ne­men­tales qui ne faci­litent pas la reprise des cours, avec le res­pect des pro­to­coles sani­taires. « On a donné des mil­lions à des entre­prises pri­vées pour ça. Pourquoi on est inca­pable de don­ner pour l’enseignement supé­rieur et la recherche ? » interroge-t-elle.

Emmy, secrétaire générale de l'Union des étudiants de Grenoble et étudiante en langues étrangères © Simon Marseille - Place Gre'net

Emmy, secré­taire géné­rale de l’Union des étu­diants de Grenoble. © Simon Marseille – Place Gre’net

Des obser­va­tions par­ta­gées par Emmy Marc, secré­taire géné­rale de l’Union des étu­diants de Grenoble (UEG) et étu­diante en langues étran­gères.

Elle dénonce des « effets d’annonce », avec le retour en pré­sen­tiel un jour par semaine pour les tra­vaux diri­gés (TD). Bien sou­vent, seule­ment 20% des élèves peuvent venir.

Damien, venu se joindre au groupe par hasard, adhère tota­le­ment aux pro­pos tenus. Nouvel arri­vant sur le cam­pus, il aurait aimé pro­fi­ter d’une inté­gra­tion plus simple. « Comme j’arrive ici, c’est très très dur de socia­bi­li­ser avec deux cours par semaine en pré­sen­tiel. »

Il a com­mencé en psy­cho avant de se réorien­ter vers la faculté d’art du spec­tacle, quelque peu harassé par les cours à dis­tance. « Rester toute la jour­née sans bou­ger c’est com­pli­qué, on décroche assez vite. » Des cir­cons­tances que les pro­fes­seurs déplorent éga­le­ment. Pour cette ensei­gnante en sciences du lan­gage, les visio­con­fé­rences sont deve­nues des « radios », à cause des écrans noirs. Pour elle, le retour en classe se fera le 22 février. Et encore, pas avec tout le monde.

Se retrou­ver et par­ta­ger ses peines, un besoin cru­cial des étudiants

Chants vin­di­ca­tifs et inci­sifs s’enchaînent, l’ambiance est convi­viale. Mais avec la néces­sité de s’exprimer et de par­ta­ger son his­toire. Alors les étu­diants vont se ras­sem­bler dans le bâti­ment Stendhal.

Les militants en plein sit-in dans le bâtiment Stendhal © Simon Marseille - Place Gre'net

Les étu­diants en plein « sit-in » dans le bâti­ment Stendhal © Simon Marseille – Place Gre’net

Assis à même le sol, en tailleur, ils prennent la parole un par un. L’une raconte qu’elle doit pas­ser ses jours dans un minus­cule appartement.

L’autre fait remar­quer que tout le monde n’a pas de res­tau­rants uni­ver­si­taires à proxi­mité de son éta­blis­se­ment. Ce qui oblige cer­tains à effec­tuer plus d’une heure de tram pour pro­fi­ter des repas à 1 euro.

Symbole des dif­fi­cul­tés ren­con­trées par les étu­diants : les can­tines. Celles du cam­pus Est à Saint-Martin-d’Hères ont plus que dou­blé leur pro­duc­tion, pas­sant par­fois de 400 à plus de 800 repas. Des mesures bien accueillies par les jeunes… quand bien même ce pre­mier pas de reso­cia­li­sa­tion en appelle d’autres.

TEXTE : Antonin Aubry

SONS : Simon Marseille

AAu

Auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi sur Place Gre'net

Meurtre devant un bar à Grenoble : l’autre co-gérant de la bras­se­rie placé en garde à vue

FLASH INFO - Dix jours après le meurtre d'un homme de 68 ans, tué par balles devant un bar de la rue Ampère, à Grenoble, Lire plus

Le salon Artisa doit accueillir quelque 180 exposants jusqu'au 4 décembre inclus. Il se présente comme "la plus grande galerie d'artisanat d'art de la région". DR
Grenoble : les salons Artisa et Naturissima ouvrent simul­ta­né­ment à Alpexpo

ÉVÈNEMENT - Près de trois cents exposants attendent le public à Alpexpo du mercredi 30 novembre au dimanche 4 décembre 2022, à l'occasion des salons Lire plus

Une "unité de sécurisation des transports" de la police nationale prochainement déployée sur Grenoble
Une « unité de sécu­ri­sa­tion des trans­ports » de la police natio­nale pro­chai­ne­ment déployée sur Grenoble

FLASH INFO - La préfecture de l'Isère annonce la création d'une "unité de sécurisation des transports" dans le département. Ceci "dans le cadre de la Lire plus

Des « coups de pouce mobilité » en décembre sur Grenoble, avec gratuité des transports en commun deux samedis
Des « coups de pouce mobi­lité » en décembre sur Grenoble, avec gra­tuité des trans­ports en com­mun deux samedis

FLASH INFO - Comme chaque année, à l'approche de la période des fêtes, des temps de gratuité sont prévus sur le réseau de transport en Lire plus

Cour d'assises du palais de justice de Grenoble. ©Manon Heckmann - Placegrenet.fr
Grenoble : le pro­fes­seur de vio­lon, condamné à douze ans de réclu­sion cri­mi­nelle pour viols, se pour­voit en cassation

FOCUS - La cour d'assises de l'Isère a condamné, ce vendredi 25 novembre 2022, le professeur de violon Philippe Clément à 12 ans de réclusion Lire plus

RER grenoblois: après l'engagement d'Emmanuel Macron, la Région dit attendre des "annonces concrètes"
RER gre­no­blois : après l’en­ga­ge­ment d’Emmanuel Macron, la Région dit attendre des « annonces concrètes »

EN BREF - Suite à l'annonce d'Emmanuel Macron sur les projets de RER métropolitains définis comme "grande ambition nationale", Éric Piolle fait preuve d'optimisme... et Lire plus

Flash Info

|

30/11

17h49

|

|

30/11

12h11

|

|

30/11

9h58

|

|

30/11

0h38

|

|

29/11

17h12

|

|

29/11

12h00

|

|

28/11

10h48

|

|

26/11

9h37

|

|

24/11

14h16

|

|

24/11

10h16

|

Les plus lus

A écouter| Chronique Place Gre’net – RCF 48 : « Le chauf­fage au cœur des débats à Grenoble »

A écouter| Chronique Place Gre’net – RCF 47 : « La mise en place de la ZFE en question »

Société| Affaire Marie-Thérèse Bonfanti : le crâne décou­vert à La Buissière, sur les lieux indi­qués par le sus­pect du meurtre, est bien celui de la mère de famille disparue

Agenda

Je partage !