« Ce sont nos nombreuses lâchetés et concessions qui ont entraîné la mort de Samuel Paty »

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TRIBUNE LIBRE –  Un proviseur exerçant dans un lycée isérois « classé difficile » réagit à l’assassinat de Samuel Paty par un terroriste islamiste. Redoutant d’autres drames tant que le ministère de l’Éducation nationale et son administration ne se remettront pas en cause, ce proviseur dénonce la lâcheté de sa hiérarchie, plus prompte à couvrir les écarts des élèves qu’à les sanctionner. Une attitude coupable qui fragilise les équipes éducatives et sape les valeurs de la République, estime-t-il. Tout en taclant la « duplicité inouïe » de certains maires en matière de laïcité.

 

 

Hommage à la Sorbonne au professeur assassiné, Samuel Paty. Au premier plan, le cercueil avec la dépouille du défunt. Au pupitre, Emmanuel Macron, président de la République. Crédit L'Elysée

Hommage à Samuel Paty à la Sorbonne. Au pre­mier plan, le cer­cueil avec la dépouille du défunt. Au pupitre, Emmanuel Macron, pré­sident de la République. © L’Elysée

« Le désar­roi et la colère du pré­sident de la République face au meurtre de Monsieur Paty ne sont pas feints. Mais le pré­sident sait-il que ce sont nos nom­breuses lâche­tés et conces­sions qui ont entraîné la mort de Samuel Paty et que d’autres drames sont pos­sibles ? Au-delà de la fin tra­gique de Samuel Paty, nous sommes nom­breux à vivre quo­ti­dien­ne­ment des conflits de moindre inten­sité mais qui pour­raient dégé­né­rer en morts ou bles­sés.

 

 

« Il faut faire semblant que tout va bien, il faut taire les situations honteuses »

 

La poli­tique de l’Éducation natio­nale, de « pas de vagues, ne pas atti­rer l’attention », entraîne des pres­sions incon­si­dé­rées sur les ensei­gnants et sur leur hié­rar­chie directe, prin­ci­paux ou pro­vi­seurs. Chacun adopte alors une stra­té­gie de sur­vie. Il faut faire sem­blant que tout va bien, il faut taire les situa­tions hon­teuses. Les pro­fes­seurs se retrouvent aban­don­nés face aux élèves et livrés à leur agres­si­vité, sur­tout quand ils n’ont pas le sou­tien – ce qui est fré­quent – de leur patron. Ce patron veut être muté sur un poste plus impor­tant, alors, silence dans les rangs.

 

Si vous sou­te­nez vos per­son­nels, on vous repro­chera votre manque de loyauté, même si vous êtes reconnu comme étant « très atta­ché aux valeurs de la République ». La loyauté doit donc – selon eux – aller à la per­sonne de votre chef et non pas à l’État ! La hié­rar­chie aca­dé­mique cherche sou­vent à vous réduire au silence et vous demande d’en faire autant avec vos ensei­gnants. Dans sa bonté, le ser­vice de com­mu­ni­ca­tion (si, si) vous aler­tera sur les risques à rece­voir la presse.

 

 

« Le professeur est convoqué comme un malfrat »

 

Les obs­tacles mis par la Direction des ser­vices dépar­te­men­taux de l’Éducation natio­nale (DSDEN) et le rec­to­rat pour sanc­tion­ner tel ou tel com­por­te­ment déviant, sont nom­breux. Avant de sanc­tion­ner un élève por­teur d’arme (cou­teau, machette, tour­ne­vis…) ou qui insulte son pro­fes­seur, vous devez d’abord cher­cher à le reca­ser dans un autre éta­blis­se­ment !

 

Le rectorat de l'académie de Grenoble. © Léo Graff - Place Gre'net

Le rec­to­rat de l’a­ca­dé­mie de Grenoble. © Léo Graff – Place Gre’net

Les parents feront appel de la sanc­tion et vous serez convo­qué au rec­to­rat comme un mal­frat, au même titre que l’élève exclu. L’élève est alors re-sco­la­risé dans les condi­tions les plus favo­rables qui anni­hilent le sens même de la sanc­tion. Le mes­sage est lim­pide : arrê­tez d’exclure, de sanc­tion­ner. Tenez, ima­gi­nez donc une col­lègue qui a été trai­tée par un élève de pu** et qu’elle le retrouve le len­de­main face à elle. Il a eu une heure de rete­nue pour son méfait. Pas de vagues.

 

 

« Ne demandez surtout pas d’aide ou de conseils à votre hiérarchie…»

 

Suite à un conflit interne, mais pro­vo­qué par cette hié­rar­chie, on vous donne, pour le gérer « les élé­ments de lan­gage ». Et quand il s’agit d’un conten­tieux entre un pro­fes­seur et une famille, on vous conseille « de ne pas faire perdre la face à la famille » ! Nous avons la sen­sa­tion d’être le ser­vice après-vente d’un fabri­cant pour qui le client est roi.

 

Que faire quand un parent d’élève « modéré » vous dit : « Mme X n’a pas le droit de par­ler de l’Islam en cours d’histoire-géographie !» ? Eh oui, Mme X n’est pas musul­mane et c’est une femme… Que faire quand une délé­ga­tion de parents vous demande une aumô­ne­rie au col­lège, au même titre que les « autres » ! Ne deman­dez sur­tout pas d’aide ou de conseils à votre hié­rar­chie, vous lui don­ne­rez l’impression que vous n’êtes pas un bon chef !

 

 

Que ferons-nous des élèves qui refuseront une minute de silence pour Samuel Paty ?

 

Quelles réponses ou sui­vis ont été appor­tés aux élèves qui ont refusé de res­pec­ter une minute de silence à la mémoire des vic­times des atten­tats ? Surtout pas de vagues, pas de mar­tyrs ! Le 2 novembre, que ferons-nous des élèves qui refu­se­ront de res­pec­ter une minute de silence à la mémoire de Samuel Paty ? L’institution nous deman­dera « de dia­lo­guer avec les élèves et les familles ».

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Notre signa­le­ment pour des pro­pos hos­tiles tenus en classe, ou le refus de suivre un cours de SVT [Sciences de la vie et de la Terre, ndlr] ou d’aller à la pis­cine res­tent sou­vent sans écho. Et si vous insis­tez, vous aurez la réponse sui­vante : « Vous n’êtes pas qua­li­fié pour juger de la radi­ca­li­sa­tion de l’élève signalé. »

 

Quelles sont donc ces per­sonnes qua­li­fiées ? Des gens fati­gués et usés, sans la moindre connais­sance et culture qui leur per­mettent de sai­sir l’ampleur de la situa­tion et son impact sur un éta­blis­se­ment. Il faut pas­ser outre la bar­rière hié­rar­chique pour aler­ter la police, qui vous écou­tera avec res­pect et admi­ra­tion sur le cas d’un élève dan­ge­reux qui parle « d’eux (les mécréants) et de nous (les bons musul­mans)». Découragé, on finit par ne plus faire de signa­le­ments.

 

 

La Dasen passe l’éponge sur les absences répétées d’élèves

 

Le rec­teur doit don­ner à son ministre l’impression que tout va bien dans son aca­dé­mie. L’inspecteur d’académie (Dasen), entouré d’une cama­rilla, doit faire de même dans son dépar­te­ment, et donc chez vous, dans votre éta­blis­se­ment où les lois de la République sont détour­nées.

 

Tenez, un exemple : l’absentéisme est par­ti­cu­liè­re­ment élevé le ven­dredi après-midi. Pas de souci, vous jus­ti­fie­rez ces absences avec le motif sui­vant, d’apparence ano­dine : « rai­son per­son­nelle ou fami­liale ». Les élèves et les familles croient donc que vous vali­dez les absences. Quand vous déci­dez de jugu­ler cet absen­téisme en sus­pen­dant les bourses, vous êtes face un mur d’incohérences : le nombre de demi-jour­nées d’absences réelles, à décla­rer, est défal­qué auto­ma­ti­que­ment de 15 demi-jour­nées. Si mal­gré cet obs­tacle, vous par­ve­nez à sus­pendre par­tiel­le­ment la bourse, la famille concer­née ira voir l’assistante sociale pour une demande d’aide… qui sera satis­faite.

 

 

Des profs contractuels envoyés pour jouer les « grands frères »

 

Pourquoi, encore, ces affec­ta­tions dans les éta­blis­se­ments les plus expo­sés au refus de la République, de nom­breux de pro­fes­seurs, sou­vent contrac­tuels, issus des mêmes com­mu­nau­tés que les élèves ? C’est sans doute-là l’application, par le rec­to­rat, du prin­cipe d’obligation de moyens.

 

Mais com­ment peut-on gérer ces ensei­gnants, sou­vent de bonne volonté, qui ne maî­trisent ni la langue fran­çaise ni les valeurs de la République ? Vous ne pen­sez tout de même pas qu’on va les affec­ter dans le col­lège d’une com­mune hup­pée ? Dans l’esprit de ceux qui les nomment, ces ensei­gnants sont réel­le­ment utiles ; ils jouent le rôle de « grands frères », au risque d’aggraver les ten­sions.

 

Pour le titu­laire « limite », que vous signa­lez à son ins­pec­teur, parce qu’il refuse de s’asseoir avec les col­lègues fémi­nines ou parce qu’il tient un dis­cours ten­dan­cieux aux élèves, vous aurez la réponse désa­bu­sée et qui vise à vous « res­pon­sa­bi­li­ser » : “Qu’est-ce vous vou­lez qu’on fasse ? On compte sur vous pour nous le tenir!”

 

 

Ces élus qui financent des « associations aux objectifs douteux »

 

Je pour­rais ajou­ter à ces lâche­tés celles de cer­tains maires qui sont d’une dupli­cité inouïe : ils se gar­ga­risent de République mais font cam­pagne sur la construc­tion d’une mos­quée et entre­tiennent un com­mu­nau­ta­risme clien­té­liste mul­ti­cartes en finan­çant des asso­cia­tions de sou­tien sco­laire (!) aux objec­tifs dou­teux. Et que dire de cer­tains can­di­dats aux élec­tions pour qui les lois du Coran (sic) sont supé­rieures à celles de la République ?

 

 

L’Éducation nationale doit changer en profondeur

 

La colère du pré­sident est par­ta­gée, mais nous avons besoin d’actes et de consignes appli­cables. Ces consignes ne vien­dront pas du minis­tère actuel ni des res­pon­sables aca­dé­miques en place. Leur fonc­tion­ne­ment, qui a donné les résul­tats qu’on sait, ne chan­gera pas. Leur ges­tion du Covid est un modèle d’impréparation… Les nom­breux pré­fets hors-cadre les rem­pla­ce­ront à mer­veille.

 

Le com­bat contre l’islamisme meur­trier ne doit pas occul­ter la réflexion sur la doc­trine et le pilo­tage de nos ser­vices d’éducation, ni éta­blir aux yeux des élèves et de leurs parents une hié­rar­chie entre un isla­misme assas­sin et un isla­misme accep­table.

 

***

 

Rappel : Les tri­bunes publiées sur Place Gre’net ont pour voca­tion de nour­rir le débat et de contri­buer à un échange construc­tif entre citoyens d’opinions diverses. Les pro­pos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opi­nions des jour­na­listes ou de la rédac­tion et n’engagent que leur auteur.

 

Vous sou­hai­tez nous sou­mettre une tri­bune ? Merci de prendre au préa­lable connais­sance de la charte les régis­sant.

 

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Commentaires 10
  1. sep article
  2. Bonjour
    Juste pour info mes com­men­taires n’ont fait l’ob­jet d’au­cune plainte .….la vérité du ter­rain la patience l’in­ves­ti­ga­tion le tra­vail l’ab­né­ga­tion sont plus fort que tout.
    Mes com­mu­ni­qués de presse sont tou­jours d’ac­tua­li­tés vous devriez les por­ter a la connais­sance de vos lec­teurs.…..
    Je ne ferai jamais plus de mal que la camera de france télé­vi­sion. .….ou de n’im­porte quel oenuque a la tete d’une pre­fec­ture.

    BENYOUB.A

    sep article
  3. Bonjour
    Quand un jeune couple habi­tant dans les quar­tier popu­laires de Grenoble se pré­sente aux elec­tions à trois reprise :
    ‑2007 reveillez-vous » fut mon slo­gan de cam­pagne
    ‑2011 sur la ghet­toï­sa­tion edu­ca­tive le com­mu­nau­ta­risme et la dépen­dance des per­sonnes âgées.….
    ‑2017 sur la lutte contre les lob­bies, recon­nais­sance de l’his­toire franco algérienne,formation des jeunes…
    Avec son propre argent.…
    N’oublier pas que piolle et consorts m’ont demandé de les rejoindre sur une liste aux municipales.….j’ai refuse vigoureusement.…..je ne tra­vaille pas avec les bour­reaux des quar­tiers popu­laires.…
    Pour exemple :
    Faite un tour dans les struc­tures sociales vous ver­rez la qua­lite des éducateurs.…mon ami a arrete l’e­cole en 5°,il a ete pen­dant de nom­breuses annees res­pon­sables de struc­tures sociales a Saint Martin D’HERES.…..
    Pour info :
    Des resis­tants comme Lucie et Raymond AUBRAC m’ont félicité.….et aujourd’­hui nous ne voyons par­ler que de gen­tils collabos.….vous com­pren­drai mon émoi ma stu­pé­fac­tion.…
    Vous devriez être fou de joie et recon­naître une cer­taine qualité.….au contaire que des cri­tiques.
    Je sais tres bien qu’il est dif­fi­cile d’e­crire ce que je vous dit il faut bien man­ger c’est nor­mal dans l’é­poque que
    nous vivons.….
    J’allais oublier j’ai passe 18 mois à construire une asso­cia­tion apo­li­tique « ALLIANCE CITOYENNE « mais par contre la récu­pé­ra­tion consciente par des extré­mistes de gauche je ne peux en parler.…par contre vous faite beau­coup d’ar­ticles sur cette asso­cia­tion sans nous don­ner la parole pour denon­cer cette etat de fait.….
    Je vous le repete les medias sont et seront tou­jours mes amies mais je le repete aussi « un media sub­ven­tionné ne vous dira jamais (ou un peu tard ) la vérité.

    BENYOUB.A

    sep article
  4. https://www.lefigaro.fr/international/zineb-el-rhazoui-l-attentat-de-charlie-un-crime-politique-et-ideologique-20200830
    Pendant des années, on a tout fait pour battre en brèche le concept de l’assimilation, qui est quand même à la base de la République. On a rem­placé l’assimilation par l’intégration, qui a laissé logi­que­ment la place au mul­ti­cul­tu­ra­lisme. On a tout fait aussi pour aller au bout de l’antirascisme, on a même inter­dit les sta­tis­tiques eth­niques. On se rend compte aujourd’hui que cet anti­ras­cisme est en train d’être dévoyé, de prendre des cou­leurs racia­listes, deve­nant une espèce d’étendard der­rière lequel se cachent des cou­leurs de pen­sée pro­fon­dé­ment racistes comme l’islamisme, l’indigénisme, etc. […] On ne peut que consta­ter la dérive d’une par­tie de la gauche qui n’est laïque que lorsque l’on parle du vieux chris­tia­nisme. Cette gauche s’est four­voyée.

    sep article
  5. sep article
  6. Bonjour
    Je me bats depuis plus de 20 ans contre ce fleau de l’in­té­grisme religieux.Voila plus de 20 ans que j’ob­serve le poli­tique cou­rir, flat­ter le reli­gieux.
    Grenoble et son agglo­mé­ra­tion en sont des exemples flagrant.Ce fût encore le cas aux der­nières élec­tions muni­ci­pales à Grenoble ‚Saint Martin D’Heres,Echirolles.…
    Lrem qui nous pro­met­tait une nou­velle façon de faire de la poli­tique a joue le jeu de l’an­ti­sé­mi­tisme dans les quar­tiers popu­laires aux elec­tions muni­ci­pales de Grenoble.
    Mais le plus dur a ete de voir toute cette gauche misé­ra­bi­liste jouer consciem­ment ce jeux dan­ge­reux.
    Nous n’a­vons eu de cesse de deman­der audience aux journalistes.….nous avons passe plus de deux heures avec eux dans les locaux du jour­nal et deux coups de téléphone.….aucun article rien de rien…

    Cette tri­bune me fait plai­sir et me redonne du cou­rage dans mon com­bat contre l’obs­cu­ran­tisme poli­tico-reli­gieux.

    BENYOUB.A

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    • MB

      24/10/2020
      10:09

      M. Benyoub, vos accu­sa­tions et sous-enten­dus finissent par être las­sants. Jamais une infor­ma­tion ayant pu être véri­fiée et recou­pée n’a été cen­su­rée sur Place Gre’net. Si nous avions voulu vous cen­su­rer, nous n’au­rions pas pris la peine et le temps de vous ren­con­trer et télé­pho­ner à plu­sieurs reprises. En tant que média, nous sommes tenus au res­pect de règles et de lois, notam­ment en matière de dif­fa­ma­tion, et ne pou­vons publier tout et n’im­porte quoi dès lors qu’on nous en informe. Libre à vous de pen­ser ce que vous vou­lez, nos lec­teurs peuvent juger sur pièce…

      sep article
  7. Le com­bat contre l’islamisme meur­trier ne doit pas occul­ter la réflexion sur la doc­trine et le pilo­tage de nos ser­vices d’éducation, ni éta­blir aux yeux des élèves et de leurs parents, une hié­rar­chie entre un isla­misme assas­sin et un isla­misme accep­table. »

    Non mais ça ne va pas ? Il n’y a pas d’is­la­misme accep­table dans un pays laïc.

    sep article
  8. sep article
  9. Pas mieux !

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