Les douches municipales de Grenoble, dernier lieu d’hygiène durant le confinement

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FOCUS – Les douches municipales de Grenoble sont les seuls espaces sanitaires accessibles aux plus démunis depuis le début du confinement. Un lieu d’hygiène, mais aussi de solidarité et de lien social que la municipalité a rendu gratuit au moins jusqu’à fin mai.

 

 

Les douches municipales de Grenoble sont un lieu d'hygiène pour les plus démunis depuis le XIXe siècle. © Anissa Duport-Levanti - Place Grenet

Les douches muni­ci­pales de Grenoble sont un lieu d’hy­giène pour les plus dému­nis depuis le XIXe siècle. © Anissa Duport-Levanti – Place Grenet

 

Moins de lieux d’hygiène, mais plus de per­sonnes dans le besoin. C’est le constat que dresse la muni­ci­pa­lité en cette période de confi­ne­ment. « Il y a envi­ron 25 % des per­sonnes qui viennent que l’on n’avait jamais vues », affirme ainsi Bernard Thoniel, agent d’accueil aux douches muni­ci­pales de Grenoble.

 

 

« Les gens avaient peur de se faire contaminer »

 

Depuis le 17 mars, le per­son­nel a donc dû s’adapter.  « La pre­mière chose, c’est d’abord expli­quer les gestes bar­rières. Fini les tapes sur l’épaule et les ser­rages de main, ce qui n’est pas for­cé­ment facile car on connaît bien les gens qui viennent », explique-t-il. Le sys­tème d’accès aux douches a été modi­fié en vingt-quatre heures après l’annonce du confi­ne­ment. Notamment grâce à une forte coor­di­na­tion avec les asso­cia­tions gre­no­bloises.

 

Bernard Thoniel est agent d'accueil aux douches municipales de Grenoble depuis 14 ans. Ici, il connaît tout le monde. © Anissa Duport-Levanti - Place Grenet

Bernard Thoniel est agent d’ac­cueil aux douches muni­ci­pales de Grenoble depuis 14 ans. Ici, il connaît tout le monde. © Anissa Duport-Levanti – Place Grenet

« On fait ren­trer les gens trois par trois pour évi­ter trop de pro­mis­cuité et de risque de pro­pa­ga­tion. Ça n’a pas été facile au début. Les gens avaient peur de se faire conta­mi­ner, mais on les a ras­su­rés. En expli­quant bien, ça passe », assure Bernard Thoniel.

 

« Évidemment, on dés­in­fecte les douches qui ont été uti­li­sées après chaque pas­sage », com­plète-t-il.

 

Pourtant, mal­gré la hausse des besoins, la fré­quen­ta­tion reste assez stable. Avec une tren­taine de per­sonnes par jour. Sans doute cer­tains renoncent-ils par crainte d’être conta­mi­nés.

 

Pour respecter les consignes de distanciation sociale et éviter la promiscuité, les douches accueillent trois personnes maximum à la fois. © Anissa Duport-Levanti - Place Grenet

Pour res­pec­ter les consignes de dis­tan­cia­tion sociale et évi­ter la pro­mis­cuité, les douches muni­ci­pales accueillent trois per­sonnes maxi­mum à la fois. © Anissa Duport-Levanti – Place Grenet

 

En revanche le public a changé. « L’autre jour, on a eu un mon­sieur qui vit dans un appar­te­ment mais qui n’a pas d’eau. Comme il se dou­chait au tra­vail, il doit venir ici depuis le confi­ne­ment », constate-t-il. « Les nou­veaux, ils sont plu­tôt dis­crets, ils n’osent pas trop créer le contact au début. Il y a un temps d’adaptation pour pou­voir par­ler… »

 

 

Des douches gratuites pendant le confinement

 

Situées au 5 rue des Mimines, près de la place Notre-Dame, les douches muni­ci­pales de Grenoble existent depuis le XIXe siècle. Un héri­tage popu­laire que peu de villes en France ont conservé. Elles ouvrent de 8 heures à 13 heures, du lundi au ven­dredi. Et durant cette période par­ti­cu­lière du confi­ne­ment, elles sont gra­tuites. La muni­ci­pa­lité four­nit éga­le­ment un « kit de toi­lette » com­pre­nant une ser­viette, ainsi qu’un savon et un sham­poing indi­vi­duels.

 

Les "kits de toilettes" fournis par la Ville de Grenoble sont distribués à chaque personne utilisant les douches. © Anissa Duport-Levanti - Place Grenet

Les « kits de toi­lettes » four­nis par la Ville de Grenoble sont dis­tri­bués à chaque per­sonne uti­li­sant les douches. © Anissa Duport-Levanti – Place Grenet

 

« C’est abso­lu­ment néces­saire que les douches res­tent ouvertes. Après trois jours sans se laver, c’est impos­sible de dor­mir », témoigne George, 65 ans. « Mais il faut quand même bien s’organiser car elles sont fer­mées le week-end. Et ce lundi, c’est férié, donc c’est fermé aussi. »

 

 

Les douches municipales, dernier lieu d’hygiène accessible

 

En effet, la situa­tion est com­plexe depuis le 17 mars. Nombre d’associations ont été obli­gées de réduire dras­ti­que­ment leurs actions, quand elles n’ont pas tout sim­ple­ment fermé, en rai­son de l’épidémie.

 

En parallèle de l'accueil pour se laver, les agents des douches municipales aiguillent vers des structures qui proposent d'autres aides. © Anissa Duport-Levanti - Place Grenet

En plus de l’ac­cueil pour se laver, les agents des douches muni­ci­pales aiguillent vers des struc­tures pro­po­sant d’autres aides. © Anissa Duport-Levanti – Place Grenet

Ainsi, le Point d’Eau, lieu de vie et accueil de jour pour les plus dému­nis, reste ouvert mais a dû fer­mer ses douches.

 

L’offre muni­ci­pale est donc le der­nier lieu d’hygiène acces­sible. « Mais il n’y a pas que l’hygiène. On dirige aussi les per­sonnes vers des lieux où elles peuvent man­ger, trou­ver des vête­ments, se soi­gner etc », explique Bernard Thionel.

 

 

Le club de foot du Village olympique en renfort

 

Le lien social, c’est aussi ce que les douches muni­ci­pales per­mettent un peu de pré­ser­ver. Hocime Boudissa, agent d’ac­cueil sur place, est aussi pré­sident du club de foot­ball USVO du Village olym­pique. « Comme la col­la­tion du Point d’Eau n’a plus lieu le mer­credi matin, j’ai pro­posé que l’on en fasse une ici, avec les édu­ca­teurs du club », explique-t-il. Et les volon­taires ont afflué.

 

Hocime Boudissa, président du club de football USVO, et ses bénévoles du jour pour le petit déjeuner : Hichem, 25 ans et Louana, 19 ans. © Anissa Duport-Levanti - Place Grenet

Hocime Boudissa, pré­sident du club de foot­ball USVO, et ses béné­voles du jour pour le petit déjeu­ner : Hichem, 25 ans et Louana, 19 ans. © Anissa Duport-Levanti – Place Grenet

 

Chaque semaine, de nou­veaux édu­ca­teurs prennent le relai. Mais Louana, 19 ans, revient sou­vent. « J’ai tou­jours aimé les actions sociales. On sent que ça fait plai­sir. Ça ne nous coûte rien et, en ce moment, on peut dire qu’on a le temps », sou­rit la jeune fille.

 

Café et pains au cho­co­lat pro­viennent des dons des habi­tants de la Villeneuve. Les ther­mos ont, eux, été prê­tés par la mai­son des habi­tants et la MJC. Un élan de soli­da­rité salué par la muni­ci­pa­lité.

 

 

La municipalité, cible de critiques

 

Le maire de Grenoble, Éric Piolle, était d’ailleurs sur place ce mer­credi 29 avril. « Nous nous sommes mobi­li­sés dès le pre­mier jour pour offrir ce ser­vice public avec des mesures d’hygiènes ren­for­cées », s’est féli­cité l’édile.

 

Éric Piolle, maire de Grenoble, a visité les douches municipales ce mercredi 29 avril. © Anissa Duport-Levanti - Place Grenet

Éric Piolle, maire de Grenoble, a visité les douches muni­ci­pales ce mer­credi 29 avril. © Anissa Duport-Levanti – Place Grenet

 

Pourtant, cer­taines asso­cia­tions ont vive­ment dénoncé une situa­tion « catas­tro­phique » pour les plus dému­nis, mal­gré la mise au point de la mai­rie et du CCAS. La fin du confi­ne­ment ne son­nera en tout cas pas le glas de ces condi­tions spé­ciales aux douches muni­ci­pales de Grenoble. Celles-ci se pour­sui­vront au moins jus­qu’à fin mai.

 

Anissa Duport-Levanti

 

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