Après leur départ de l’église Saint-Paul, les jeunes majeurs étrangers toujours à la rue à Grenoble

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EN BREF – La quarantaine de jeunes majeurs qui occupaient l’église Saint-Paul depuis le 21 février dernier ont quitté les lieux comme prévu ce lundi 9 mars. La municipalité, la métropole, le département et la préfecture, qu’ils ont successivement sollicités, se renvoient la balle, évoquant notamment des difficultés liées au coronavirus. 

 

 

Une Jeunes Majeurs © Lise Gaeta Place Gre'net

© Lise Gaeta – Place Gre’net

« Étudiants le jour, SDF la nuit. » 41 jeunes majeurs ont été hébergés par le diocèse de manière temporaire en février, après avoir investi l’église Saint-Paul. Ils s’étaient retrouvés à la rue à leur majorité après avoir été logés par l’Aide sociale à l’enfance (Ase)

 

Ces jeunes majeurs, soutenus par un collectif de plus de 45 associations1Des professeurs, des professionnels sociaux, des associations d’aide aux migrants et personnes démunies ou encore le diocèse qui a trouvé des solutions d’accueil temporaire., ont respecté leur engagement de quitter les lieux à la fin des vacances scolaires. Et de les rendre dans l’état où ils les avaient trouvés, comme Monseigneur Guy de Kerimel le leur avait demandé.

 

Durant cette période, ils ont multiplié rassemblements, manifestations, conférences de presse et courriers au département, à la métro, à la préfecture, au rectorat, et dans l’espace public. Objectif : que leur soit trouvé un logement et qu’ils puissent à nouveau bénéficier du Contrat jeune majeur (cf. encadré). De quoi leur permettre de terminer leurs études avec « des conditions de vie décentes« .

 

Le contrat jeune majeur

 

Selon l’article L221-1 du Code de l’action sociale et des familles (CASF), l’objectif du contrat jeune majeur est « d’apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique (…) aux majeurs âgés de moins de 21 ans, confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre (…) » ou, d’après l’article L222-5 dudit code, « qui éprouvent des difficultés d’insertion sociale, faute de ressources ou d’un soutien familial suffisant »

 

Un contrat qui leur a été refusé. Aujourd’hui en situation irrégulière en France, ils ont donc reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

 

 

Ces jeunes majeurs disent refuser des emplois, faute de situation régulière

 

Les associations qui les soutiennent et ces jeunes majeurs eux-mêmes l’assurent : demeurant en France depuis plusieurs années et suivant des formations professionnelles, ils veulent travailler et s’intégrer à la société française.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Orientés vers des métiers dits « sous tension », manquant de main d’œuvre (maçonnerie, peinture, boulangerie), ces jeunes doivent refuser des emplois faute de situation régulière.

 

Ils déplorent l’inaction des collectivités locales et de la mairie. « Éric Piolle n’est même pas venu nous voir à l’église Saint-Paul. » Dans une confrontation au Parc Paul-Mistral entre le maire et les jeunes, l’élu a toutefois assuré avoir envoyé des courriers à la préfecture et au conseil départemental pour appuyer leur demande.

 

 

« On ne part pas de chez soi par choix »

 

Mineurs isolés à leur arrivée en France, ces jeunes sont pour la plupart originaires d’Afrique de l’Ouest (Mali, Guinée, Côte d’Ivoire) dont ils disent fuir l’insécurité. « On ne part pas de chez soi par choix », assurent-ils. « Nous aussi, on est les enfants de quelqu’un… »

 

Un porte-parole de ces jeunes en situation précaire témoigne. Arrivé en France à 16 ans, il a été aidé par l’Aide sociale à l’enfance en tant que mineur isolé. Maintenant âgé de 20 ans, il suit une formation de maçonnerie mais, chaque soir, il dort dehors depuis deux ans. Idem pour un autre jeune, « en plein examen ». Alors qu’il vivait jusqu’à sa majorité en famille d’accueil, cette dernière lui demande aujourd’hui de récupérer ses affaires alors qu’il vit sous les ponts.

 

Des situations qui se répètent pour chacun des jeunes majeurs. La préfecture a annoncé procéder au cas par cas mais les étudiants refusent. Il veulent une solution commune : « un toit, une école, des papiers pour tous » pour ne pas qu’« indignité et injustice deviennent une banalité ». 

 

Lise Gaeta

 

1 Des professeurs, des professionnels sociaux, des associations d’aide aux migrants et personnes démunies ou encore le diocèse qui a trouvé des solutions d’accueil temporaire.

 

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