La société iséroise Cirophane parie sur le film alimentaire écologique en cire d’abeille

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FOCUS – Une entreprise iséroise veut en finir avec les films alimentaires en plastique. Son crédo : troquer la cellophane contre le cirophane, un emballage fabriqué à base de coton et de cire d’abeille. Et depuis un an, le succès est au rendez-vous.

 

 

Si l’Assemblée natio­nale a voté l’interdiction du plas­tique à usage unique pour 2040, cer­tains n’ont pas attendu pour s’y mettre en Isère ! C’est le cas de Cirophane. Cette entre­prise basée à Crolles a décidé de créer des films ali­men­taires en cire d’a­beille (bee’s wrap) de fabri­ca­tion fran­çaise il y a un an.

 

« C’est un ami qui m’a fait décou­vrir ces films ali­men­taires durables à Noël der­nier », explique Geoffrey Lugli, fon­da­teur de Cirophane. « Nous avions com­mencé une démarche zéro déchet à la mai­son, mais comme l’emballage venait d’Asie et n’était pas de très bonne qua­lité, on a essayé d’en fabri­quer nous-même. Au départ ce n’était pas facile, on s’est vite retrou­vés avec la cui­sine cou­verte de cire », se sou­vient-il.

 

 

Le cirophane, kézaco ?

 

Ces films alimentaires durables sont uniquement composés d'un tissu en coton et de cire d'abeille. © Cirophane

Ces films ali­men­taires durables sont uni­que­ment com­po­sés d’un tissu en coton et de cire d’a­beille. © Cirophane

Le prin­cipe de ce film ali­men­taire est très simple : un tissu de coton impré­gné de cire d’abeille.

 

Cette matière col­lante fait adhé­rer le tissu sur votre pomme cou­pée, un sand­wich, un bol, un plat, etc. Et le conserve ainsi en le pro­té­geant des agres­sions exté­rieures.

 

Avantage éco­lo­gique de taille : plus on l’utilise, plus il adhère ! « Son uti­li­sa­tion pro­lon­gée va assou­plir le tissu et aug­men­ter l’adhérence », explique Geoffrey Lugli. Une fois sale, il se rince à l’eau froide et au savon, et peut être réuti­lisé pen­dant plus d’un an.

 

 

Trouver la bonne méthode

 

Ce qui n’était au départ qu’une ini­tia­tive per­son­nelle est vite deve­nue une acti­vité à temps plein, après un tâton­ne­ment sur le pro­cess de fabri­ca­tion. « Nous avons fina­le­ment réussi à créer notre propre machine qui uti­lise uni­que­ment de la cire d’abeille et du coton, grâce à la bonne com­bi­nai­son entre le dosage de la cire et la tem­pé­ra­ture », se féli­cite le fon­da­teur.

 

La conception de ce type de produit entraine un prix plutôt élevé : 16,50€ le pack de trois. © Cirophane

La concep­tion de ce type de pro­duit entraine un prix plu­tôt élevé : 16,50€ le pack de trois. © Cirophane

 

Mais ça, c’est leur secret de fabri­ca­tion ! En effet, l’équilibre est com­plexe à trou­ver et nombre d’entreprises uti­lisent un mélange de cire d’abeille, de cires végé­tales et d’huile pour fabri­quer ces bee’s wrap aujourd’hui très à la mode. « Les cires végé­tales finissent par assé­cher le tissu qui dure donc moins long­temps, et cela peut poser des pro­blèmes d’allergies, notam­ment à la cire de pin », affirme Geoffrey Lugli.

 

 

Une expansion fulgurante

 

Une chose est sure, la demande était forte sur le bas­sin gre­no­blois ! En un peu moins d’un an d’existence, l’entreprise a connu une crois­sance de 25 % ces six der­niers mois et pré­voit même 250 % en 2020. « Nous avons actuel­le­ment un réseau de dis­tri­bu­tion dans une soixan­taine de maga­sins, comme Biocoop notam­ment, et nous avons une aug­men­ta­tion de presque dix par semaine », assure Geoffrey Lugli. L’objectif : pas­ser à 150 en 2020.

 

Ces emballages sont lavables à l'eau froide et réutilisables pendant plus d'un an. © Cirophane

Ces embal­lages sont lavables à l’eau froide et réuti­li­sables pen­dant plus d’un an. © Cirophane

Cependant, la concep­tion du pro­duit impose un prix assez élevé : 16,50 le trio de ciro­phane de tailles dif­fé­rentes. Cela peut s’avérer ren­table pour des ménages uti­li­sant beau­coup de cel­lo­phane.

 

« Par contre, si les gens en uti­lisent peu et pré­fèrent les tup­per­wares par exemple, ça ne sera pas très inté­res­sant pour eux », recon­naît le fon­da­teur. « Toutefois, c’est tou­jours inté­res­sant de réduire ses déchets, et vu la durée de vie du pro­duit ils s’y retrou­ve­ront dans tous les cas », pré­cise-t-il.

 

Mais pour les entre­prises, ce n’est pas la même affaire. Ainsi, la Coopérative lai­tière du Beaufortin, qui pro­duit du Beaufort en Savoie, oeuvre acti­ve­ment à réduire son impact éco­lo­gique. Elle a réussi à réduire de 75 % sa consom­ma­tion de plas­tique, en par­tie grâce à son pas­sage au ciro­phane.

 

 

Une démarche éthique, mais plus vraiment locale

 

« Au début, nous n’utilisions que de la cire d’abeille de la région, mais avec l’expansion de notre acti­vité nous en fai­sons aujourd’hui venir de toute la France, et demain peut-être d’Italie et d’Espagne », explique Geoffrey Lugli. Pour le coton, il était jusqu’ici cer­ti­fié Oeko-Tex mais la pre­mière com­mande de bio vient d’arriver, en direct de Turquie.

 

« Malheureusement il n’existe pas de pro­duc­tion de coton bio en Europe, nous nous sommes donc tour­nés vers ce pays en rai­son de sa tra­di­tion tex­tile », pré­cise Geoffrey Lugli, qui déve­loppe aussi des visuels avec l’entreprise turque.

 

Actuellement, l’entreprise emploie une per­sonne à temps plein, car les tis­sus sont fabri­qués à la main, et espère embau­cher une à deux per­sonnes l’an pro­chain. « Nous allons aussi sous-trai­ter pro­chai­ne­ment le pliage et la mise en packa­ging à un Esat, qui per­met d’œuvrer pour la réin­ser­tion sociale et pro­fes­sion­nelle de per­sonnes en situa­tion de han­di­cap », se réjouit le fon­da­teur.

 

Anissa Duport-Levanti

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