Street art fest Grenoble-Alpes : alors que le succès ne se dément pas, des opposants ferraillent… voire menacent

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ENQUÊTE – Avec la forte montée en puissance du Street Art Fest Grenoble-Alpes, les fresques fleurissent un peu partout dans l’agglomération. À un rythme tel que d’aucuns s’en inquiètent et s’interrogent. Qui paye ? Qui autorise ? Où s’arrêtera-t-on ? Certains opposants pointent même le risque de gentrification des quartiers populaires avec la venue d’artistes mondialement reconnus. Peurs infondées ou dérives d’un festival commercial ? État des lieux.

 

 

Girl behind the chimney de Wild Drawing réalisée dans le cadre de la cinquième édition de Street art festival Grenoble Alpes © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

« Girl behind the chim­ney » de Wild Drawing réa­li­sée dans le cadre de la 5e édi­tion de Street art fes­ti­val Grenoble Alpes. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Championnet, Berriat – Saint-Bruno, Villeneuve, Hoche, Capuche… Ces quar­tiers en centre-ville ou à la péri­phé­rie de Grenoble sont en passe de deve­nir de véri­tables musées à ciel ouvert. S’y ajoutent désor­mais ceux des com­munes de Fontaine, Saint-Martin-d’Hères et Pont-de-Claix, plus récem­ment entrées dans la danse.

 

C’est un fait : les fresques du Street Art Fest Grenoble-Alpes attirent. Habitants de l’agglomération et d’ailleurs ainsi que tou­ristes y débarquent désor­mais pour décou­vrir les œuvres d’ar­tistes mon­dia­le­ment recon­nus.

 

La cin­quième édi­tion de l’é­vé­ne­ment, en juin 2019, a ainsi vu naître une cin­quan­taine de réa­li­sa­tions. Ce qui porte à 180 le nombre de ces fresques urbaines grand for­mat aux styles très divers. Dont une cen­taine de très grande taille.

 

 

Ces stars mondiales du street art qui attirent les touristes

 

« Les par­cours thé­ma­tiques autour du street art sont nos visites qui fonc­tionnent le mieux », constate Yves Exbrayat, direc­teur de l’office de tou­risme de Grenoble. Cette ten­dance devrait per­du­rer, à condi­tion que le street art fest conti­nue à faire venir des stars inter­na­tio­nales, pour­suit-il.

 

"Rose Girl" de Shepard Fairey, 5 boulevard Maréchal Joffre, probablement l'une des attractions les plus remarquées et commentées de la cinquième édition du Street art fest Grenoble-Alpes 2019. © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

« Rose Girl » de Shepard Fairey, 5 bd Maréchal Joffre, parmi les œuvres les plus remar­quées de la 5e édi­tion du Street art fest Grenoble-Alpes 2019. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

L’édition 2019 est, à ce titre, très satis­fai­sante. Elle a, pour le moins, engrangé son lot de signa­tures d’ar­tistes de renom, comme le duo espa­gnol Pachiavo, le belge Imer, le cana­dien Li-Hill, l’artiste ori­gi­naire de Bali, Wild Drawin… Le graf­feur hol­lan­dais Veks Van Hillik venait, lui, pour la deuxième fois. Pour Robert Proch, artiste polo­nais, c’é­tait le der­nier fes­ti­val. Il aura peint son ultime fresque à Fontaine, avant de pas­ser l’arme à gauche.

 

Mais c’é­tait sans conteste l’américain Shepard Fairey le plus attendu. Sur son site, le groupe métro­po­li­tain Rassemblement citoyen soli­daire éco­lo­giste (RCSE) s’ex­ta­siait en annon­çant sa venue : « L’un des street-artistes les plus en vue de la pla­nète, le fameux Shepard Fairey, alias Obey, qui est l’objet d’une expo au long cours (du 6 au 20 octobre 2019) […] offrira au ter­ri­toire métro­po­li­tain une œuvre monu­men­tale de sa main, sur un mur de 20 mètres ! »

 

Clou du fes­ti­val 2019, l’icône mon­diale du street art a gra­ti­fié la capi­tale des Alpes d’une fresque géante sur­nom­mée Rose girl, ornant le pignon du bâti­ment du res­tau­rant uni­ver­si­taire du Crous. Si tout va bien, cette réa­li­sa­tion d’Obey devrait per­du­rer une quin­zaine d’an­nées. Soit la durée de vie moyenne de ces œuvres de rue, selon le direc­teur du Street Art Fest, Jérôme Catz.

 

 

« De moins en moins de réticences »

 

À ce défilé de stars mon­diales à Grenoble, le grand public trouve glo­ba­le­ment peu à redire. Même si, comme toute forme de créa­tion artis­tique, le street art ne laisse pas indif­fé­rent. On aime ou pas telle ou telle réa­li­sa­tion pour des rai­sons propres à cha­cun.

 

Quant au prin­cipe de dif­fu­ser le street art dans tous les quar­tiers de Grenoble, il appa­raît plu­tôt bien accepté par une majo­rité d’ha­bi­tants. La ville s’égaye de cou­leurs. Et un mur décoré vaut tou­jours mieux qu’un mur de béton gris, consi­dèrent nombre d’entre eux.

 

Pichiavo à Fontaine, Street Art Fest 2019. © Nina Soudre

Pachiavo à Fontaine, Street Art Fest 2019. © Nina Soudre

 

Ce que confirme Céline Canard, média­trice de Street Art Fest, notant que, de fes­ti­val en fes­ti­val, les Grenoblois sont de plus en plus favo­rables au street art. « Avant, il y avait cer­tains retours néga­tifs. Il y a moins de réti­cences, jauge-t-elle, parce que les gens s’ap­pro­prient les œuvres, en parlent… Cela crée un lien entre les habi­tants et le quar­tier. C’est quelque chose qui agran­dit leur hori­zon. »

 

Au 2 rue Mozart à Grenoble, la fresque réalisée par l'artiste Jaba lors du "street art Fest" Grenoble-Alpes 2017, émaillée de messages d'opposants au festival © Séverine Cattiaux - Place Gre'net

Au 2 rue Mozart à Grenoble, la fresque réa­li­sée par l’ar­tiste Jaba lors du Street art Fest 2017, émaillée de mes­sages d’op­po­sants au fes­ti­val. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

 

D’aucuns com­mencent tou­te­fois à se poser des ques­tions sur les cir­cuits de déci­sion et sur l’ex­ten­sion du phé­no­mène, qui paraît sans entrave.

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Commentaires 4
  1. R

    28/08/2019
    11:24

    Perso je trouve ça super, la majo­rité de mes connais­sances aussi.
    A l’ap­proche des muni­ci­pales les com­men­taires se poli­tisent ici c’est risible.

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  2.  » Des trucs sym­pas sur les murs  » nous dit l’en­tre­pre­neur cultu­rel , il me sem­blait bien, aussi que cela n’a­vait à voir que de très loin avec l’art …mais soyons quand même recon­nais­sant au street art fes­ti­val de s’être pré­oc­cupé de la pein­ture murale signée Ernest Pignon Ernest sur la façade de la Bourde du tra­vail ; celle ci mise à part, les mes­sages de paix , d’a­mour ou de tolé­rance véhi­cu­lés par ces pein­tures sont d’une telle indi­gence … qu’elles en sont inquié­tantes … serions nous deve­nus amé­ri­cains ?

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  3. « Dans le cas gre­no­blois, le pro­prié­taire du mur du res­tau­rant uni­ver­si­taire le Crous, l’Université Grenoble Alpes, n’aura pas eu besoin de deman­der l’accord de l’architecte Jean Benoît, décédé depuis un bon moment. », dit l’ar­ticle.
    Sans être spé­cia­liste (« Maria Stridorth » devrait pou­voir vous en dire davan­tage sur le sujet), il me semble que ce para­graphe raconte port­na­wak : le droit moral demeure après le décès de l’au­teur, ses ayants droit peuvent l’exer­cer.

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  4. Quel suc­cès ?
    Des artistes payés avec de l’argent public, y com­pris celui de bailleurs sociaux ?

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