Solidaires Étudiants reproche à l’UGA sa lenteur face à des accusations de « comportement inapproprié » contre Aurélien Barrau

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Dans un communiqué publié lundi 8 avril, Solidaires Étudiants accuse l’Université Grenoble-Alpes (UGA) de “traîner les pieds” face à des dénonciations de « comportement inapproprié » qui viseraient l’enseignant-chercheur Aurélien Barrau. L’UGA conteste et assure qu’aucun signalement ne lui a été adressé. Tout en affirmant sa volonté de lutter contre toute forme de harcèlement.

 

 

Aurélien Barrau. DR - Wikipedia

Aurélien Barrau. DR – Wikipedia

L’astrophysicien Aurélien Barrau bénéficie-t-il d’un “traitement de faveur” de la part de l’Université Grenoble-Alpes (UGA) ? C’est en tout cas ce que dénonce en substance le syndicat Solidaires Étudiants. Qui juge la réaction de l’université en-deça de ses engagements en matière de lutte contre le harcèlement.

 

Un « certain nombre d’étudiantes » aurait en effet fait remonter « des cas de comportement inapproprié » de l’enseignant-chercheur, indique le syndicat dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux lundi 8 avril.

 

Solidaires Étudiants a ainsi envoyé un lettre à l’UGA le 24 février. « Nous détaillons dans cette lettre un ensemble d’attitude que M. Barrau aurait eu vis-à-vis de ses étudiant.e.s, qui aurait créé des situations plus que malaisantes pour ces dernier.e.s », explique le syndicat. Une lettre à laquelle l’astrophysicien a répondu avec un courrier, « dans lequel il s’expliquait sur un certain nombre de points ».

 

 

Des réunions jugées insuffisantes par le syndicat

 

L’UGA a, de son côté, proposé une réunion à Solidaires Étudiants, qui devait être suivie d’une seconde entre le président de l’Université Patrick Lévy et Aurélien Barrau. Bien insuffisant, aux yeux des syndicalistes, qui ne comprennent pas pourquoi la commission de lutte contre le harcèlement n’a pas été saisie. Ou pourquoi l’Université n’a pas émis d’appel à témoins, « à l’instar de ce qu’elle a pu mettre en place pour des affaires similaires ».

 

Le drapeau Solidaires Étudiants © Florent Mathieu - Place Gre'net

Le drapeau Solidaires Étudiants © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Quid du rendez-vous avec l’UGA ? Le syndicat écrit ne pas en être « sorti satisfait ». « Nous voilà donc avec rien d’autre que quelques belles promesses et aucune assurance sur le suivi de cette affaire », considère-t-il. Des promesses ? L’équipe présidentielle aurait assuré les syndicalistes de son intention de « mettre un coup de pression » à Aurélien Barrau. Sans qu’il soit précisé ce que sous-entend l’étrange formule.

 

Deux semaines après cette entrevue, Solidaires Étudiants écrit n’avoir « aucun retour » quant à une rencontre entre Patrick Lévy et Aurélien Barrau. Et redoute que l’Université utilise au final ces rendez-vous afin « d’évacuer le problème en catimini ». « Nous allons donc faire à sa place le travail de la présidence et saisir la commission contre le harcèlement », conclut le syndicat. Pour mieux, précise-t-il, s’assurer lui-même « des suivis de cette affaire ».

 

 

Aucun signalement directement adressé à l’UGA

 

« À ce jour, l’UGA tient à préciser qu’aucun témoignage d’étudiant mettant en cause précisément cet enseignant chercheur ne lui est parvenu. Si c’était le cas, une instruction serait immédiatement mise en œuvre », réplique l’Université. Qui confirme avoir « rapidement reçu » le syndicat après avoir pris connaissance des « accusations portées ».  Et qu’Aurélien Barrau, dont l’UGA ne cite jamais le nom, sera lui-même reçu « très prochainement » par Patrick Lévy*.

 

Le président de l'UGA Patrick Lévy devrait recevoir prochainement Aurélien Barrau. © Comue Grenoble Alpes

Le président de l’UGA Patrick Lévy devrait recevoir prochainement Aurélien Barrau. © Comue Grenoble Alpes

 

Même tonalité du côté de la représentation étudiante. Dans un courriel en interne, la vice-présidente étudiante répond au syndicat que la réaction de l’UGA est « tout à fait appropriée compte tenu des éléments qui ont été portés à notre attention ». Et Marie Mazenot de préciser que l’établissement « sera prêt à instruire tout signalement par une personne qui se déclarerait victime d’un comportement inapproprié ».

 

L’UGA conclut en se disant « particulièrement attachée à lutter contre toute forme de harcèlement et de comportement inapproprié ». Et rappelle qu’une cellule dédiée à cette question « sera mise en place dès le moi de mai ». Une cellule s’accompagnant de la création d’un formulaire de signalement, permettant à toute personne s’estimant victime de pouvoir directement solliciter les services de l’Université.

 

 

Une figure extrêmement populaire

 

À l’heure actuelle, aucun signalement direct n’a donc été adressé à l’UGA. Et le syndicat n’entre pas dans le détail des « situations malaisantes » que disent avoir vécu des étudiantes auprès d’Aurélien Barrau. Une seule chose est certaine : en publiant son communiqué, Solidaires Étudiants a suscité quelques colères. Qui n’ont pas manqué de s’exprimer vertement dans les commentaires de sa publication.

 

Prise de parole d'Aurélien Barrau lors de la Marche pour le climat à Grenoble le 16 mars 2019 © Place Gre'net

Prise de parole d’Aurélien Barrau lors de la Marche pour le climat à Grenoble le 16 mars 2019 © Place Gre’net

 

Principal reproche ? Avoir publié le nom de l’enseignant. Pour certains internautes, la manœuvre relève du « lynchage public ». « On peut donc accuser et détruire n’importe qui sur Facebook ? », s’écrie un usager du réseau social. Face aux critiques, le syndicat assume : « C’est devant le non-avancement de la procédure que nous avons décidé de publier ce communiqué ». En l’axant, précise-t-il, sur « les problèmes de gestion » de l’Université.

 

Aurélien Barrau est, en effet, pour le moins populaire. Figure de la cause environnementale et partisan du changement social, ses prises de position suscitent l’engouement de nombre de militants. À commencer par le maire de Grenoble Éric Piolle, qui n’oublie jamais de souligner sa proximité idéologique avec l’astrophysicien. L’homme énerve également le camp d’en face, tel l’essayiste Laurent Alexandre qui n’hésite pas à le qualifier de « religieux vert ».

 

Florent Mathieu

 

* Contacté par Place Gre’net, Aurélien Barrau a fait savoir qu’il ne souhaitait pas s’exprimer pour le moment.

 

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Commentaires 1
  1. Aurélien Barrau n’est pas ma tasse de thé (vert, forcément) idéologique.
    Solidaires Etudiants non plus (encore moins, pour tout dire).
    Que les « progressistes » se déchirent entre eux ne prête pourtant pas à sourire.
    Il est temps de relire « La tache », de Philip Roth.

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