Microcrédit municipal : la Ville de Grenoble promeut son dispositif, en perte d’attractivité

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FOCUS – Face à la baisse du recours au service d’accès au microcrédit, la Ville de Grenoble en rappelle ses avantages. Ce dispositif national, proposé par le Centre communal d’action sociale via une plate-forme d’aide financière en ligne, permet d’accompagner de façon très personnalisée la gestion des budgets de publics en grande difficulté.

 

 

Le griffon est l'emblème du Credit Municipal présent credit wikipedia

Le grif­fon, emblème du Crédit muni­ci­pal. DR

Les can­di­dats au micro­cré­dit se font de plus en plus rares à Grenoble. Le nombre d’appels pour recou­rir à ce ser­vice de cré­dit géré par son Pôle inclu­sion finan­cière du CCAS est en effet en baisse. Et, par réper­cus­sion, le nombre de dos­siers rete­nus. En cause, selon Eric Piolle, maire de Grenoble, un manque de com­mu­ni­ca­tion de la Ville. Mais aussi la méfiance des tra­vailleurs sociaux face aux risques de sur­en­det­te­ment.

 

La Banque de France a en effet enre­gis­tré en 2017 une moyenne de 180 000 dos­siers de sur­en­det­te­ment. La majo­rité des per­sonnes concer­nées se trou­vait dans des couches sociales très défa­vo­ri­sées. Les deux tiers étaient des adultes iso­lés et la moi­tié des cré­di­teurs n’a­vait plus aucune capa­cité de rem­bour­se­ment…

 

Autre expli­ca­tion : les taux hyper-concur­ren­tiels des prêts en ligne. Certains éta­blis­se­ments pro­posent ainsi des offres à 1 % d’intérêt sur 12 mois. Soit moins que le taux d’in­fla­tion de 2,1 % éta­bli par l’Insee (en juin 2018).

 

En com­pa­rai­son, ceux du Crédit muni­ci­pal, à hau­teur de 4,5 %, font pâle figure. Mais, insistent les res­pon­sables du dis­po­si­tif, le sys­tème de micro­cré­dit per­son­nel per­met un accom­pa­gne­ment bien plus per­son­na­lisé. Et repose sur une coor­di­na­tion d’ac­teurs sociaux, ban­caires et ins­ti­tu­tion­nels très effi­cace.

 

 

Des prêts avant tout pour financer la vie quotidienne

 

Le maire de Grenoble était également présent pour défendre ce dispositif d'envergure national © quitterie breau

Le maire de Grenoble était pré­sent pour défendre ce dis­po­si­tif d’en­ver­gure natio­nal © Quitterie Breau

« Nous lais­sons l’accompagnement social aux pro­fes­sion­nels et béné­voles des CCAS ou du Secours catho­lique qui savent très bien le faire », pré­cise Arnaud Rousset, direc­teur géné­ral du Crédit muni­ci­pal de Lyon.

 

En effet, comme le rap­pelle Claire Cotte, délé­guée dépar­te­men­tale du Secours catho­lique de l’Isère, 99 % de la popu­la­tion est aujourd’hui ban­ca­ri­sée. « Il est devenu très dif­fi­cile en France de ne pas uti­li­ser les ser­vices ban­caires – carte ban­caire, ché­quier – pour pro­cé­der au paie­ment de ses achats. » Le phé­no­mène d’ex­clu­sion est donc redou­table, une fois les limites de l’en­det­te­ment fran­chies.

 

D’autant que les prêts sont quasi exclu­si­ve­ment conclus en vue de finan­cer les néces­si­tés de la vie quo­ti­dienne. La moi­tié des recours concerne la mobi­lité pro­fes­sion­nelle, 25 % le finan­ce­ment de tra­vaux ou d’é­qui­pe­ments pour le loge­ment, les 25 % res­tant sont sur­tout des­ti­nés aux frais de santé.

 

 

Lutter avant tout contre l’usure

 

La lutte contre l’exclusion ban­caire fait par­tie des prin­cipes fon­da­teurs du Crédit muni­ci­pal, rap­pelle Arnaud Rousset. « Cet éta­blis­se­ment a été créé pour com­battre l’usure. C’est vrai­ment dans son essence même que de se tour­ner vers des publics en dif­fi­culté et les gens exclus du sys­tème ban­caire ». Rien d’é­ton­nant dès lors à ce que le Crédit muni­ci­pal se soit lancé dans le micro­cré­dit depuis 2006.

 

Le Crédit muni­ci­pal est bien l’acteur his­to­rique des « micro » prêts (dont fait par­tie le micro-cré­dit). Depuis deux siècles, l’a­gence lyon­naise prête ainsi « sur gage ». Sur simple dépôt au comp­toir de l’ac­cueil, une per­sonne dans le besoin acquiert ainsi 60 à 70 % de la valeur esti­mée du bien déposé. Très sou­vent des bijoux. Et le tout sans aucune condi­tion de res­sources pour une durée de rem­bour­se­ment éta­lée sur 6 à 60 mois.

 

Le « prê­teur » pour­suit un seul objec­tif : retrou­ver son bien. Même si le mon­tant des prêts a aug­menté ces der­nières années – le pla­fond natio­nal est passé de 3 000 à 5 000 euros – les micro-prêts d’une moyenne de 700 euros res­tent mon­naie cou­rante.

 

Quatre acteurs étaient présent pour présenter les grands principes du micro crédit personnel © quitterie breau

Claire Cotte, délé­guée dépar­te­men­tale du Secours catho­lique de l’Isère, Alain Denoyelle, adjoint à l’ac­tion sociale, Eric Piolle, maire de Grenoble et Arnaud Rousset, direc­teur géné­ral du Crédit muni­ci­pal de Lyon. © Quitterie Breau

Présent depuis 2008 sur Grenoble, la struc­ture ban­caire lyon­naise a signé en 2009 une conven­tion de par­te­na­riat avec le CCAS et l’antenne du Secours catho­lique de l’Isère.

 

Le pre­mier prend en charge les habi­tants gre­no­blois, le Secours catho­lique tous les autres. Charge au Crédit muni­ci­pal d’oc­troyer les cré­dits. Soit envi­ron 400 cré­dits au total depuis dix ans.

 

 

Un bon taux de remboursement des crédits

 

Un maillage du ter­ri­toire effi­cace pour accom­pa­gner les ménages en dif­fi­culté vers l’autonomie. La ges­tion du bud­get ména­ger quo­ti­dien est bien le pre­mier objec­tif de l’aide. Tout comme détec­ter leurs capa­ci­tés de rem­bour­se­ment per­son­nelles. Les ser­vices d’ac­cueil peuvent éga­le­ment les orien­ter vers d’autres dis­po­si­tifs comme celui d’ac­cès au droit com­mun.

 

« L’accompagnement per­son­na­lisé démarre dès l’ac­cueil, dès les coups de fil, rap­pelle la délé­guée au Secours catho­lique. On a plus de 300 appels par an. Une tren­taine de per­sonnes sont reçues en entre­tien. C’est l’oc­ca­sion de faire de l’ac­com­pa­gne­ment bud­gé­taire à ce moment-là. »

 

Une exper­tise com­mune des acteurs qui assure au Crédit muni­ci­pal de Lyon la bonne garan­tie des rem­bour­se­ments. « Au niveau natio­nal, le taux de sinis­tra­lité n’est que de 9 % en nombre, et de 6 % en mon­tant, pré­cise d’ailleurs son direc­teur. Le rem­bour­se­ment de cré­dits a ainsi lieu dans des condi­tions tout à fait satis­fai­santes, contrai­re­ment à ce qui est ima­giné à tort. »

 

Quitterie Breau

 

 

Une nouveauté dans l’accompagnement

 

Petite nou­veauté dans le cadre du dis­po­si­tif : la prise en charge par le CCAS du sys­tème de boni­fi­ca­tion des prêts. « La boni­fi­ca­tion du CCAS consiste à prendre en charge une par­tie du taux d’intérêt du cré­dit », explique la Ville. En effet, le rem­bour­se­ment du prêt et de ses inté­rêts revient au cré­di­teur. Mais c’est au ser­vice du CCAS d’oc­troyer un mon­tant final tiré du cal­cul de la boni­fi­ca­tion pour hono­rer le paie­ment de la der­nière échéance du cré­di­teur.

 

C’est en l’occurrence sur ce point pré­cis que réside la plus-value de la prise en charge du dis­po­si­tif. « Si on prend 3 000 euros emprun­tés sur trente-six mois, ça revient pour le CCAS à rever­ser en fin de cré­dit au ménage pour un bien d’é­qui­pe­ment un mon­tant de 119 euros », explique Alain Denoyelle.

 

Le dis­po­si­tif est ainsi plus attrac­tif. Et la pré­ven­tion des risques bud­gé­taires ren­forcé, en habi­tuant les béné­fi­ciaires à consti­tuer une épargne. Un dis­po­si­tif per­for­mant jusqu’au bout donc. Car mal­gré des injonc­tions publi­ci­taires plu­tôt agres­sives, le sys­tème de boni­fi­ca­tion peut éga­le­ment être perçu comme une dimi­nu­tion du taux ini­tial pour atteindre un taux avoi­si­nant les 2 %.

 

Des taux inabor­dables appa­ren­tés à ceux des « cré­dits à la consom­ma­tion » ? Le res­pon­sable de l’an­cien monts-de-Piété s’en défend : « aucun béné­fice n’est réa­lisé sur ceux-ci ». Seul éta­blis­se­ment ban­caire et public, certes « à voca­tion sociale », à le pra­ti­quer, celui-ci se féli­cite d’autre part de ne béné­fi­cier d’au­cune sub­ven­tion de l’État. Et de prê­ter aussi faci­le­ment sans aucune condi­tion de res­sources.

 

A la rentrée, (re)mettez-vous en selle en toute sécurité : Grenoble-Alpes Métropole compte plus de 450 km de pistes cyclables.
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Commentaires 6
  1. mmmm un accom­pa­gne­ment bien­veillant, une aide /coach pour gérer son bud­get oui, c’est d’u­ti­lité publique.
    Un taux à 4,5% alors même que les pires rapaces pro­posent du 1,5% c’est .… mmm com­ment dire, connecté pour res­ter poli. Ca me fait pen­ser au PEL, j’ai mis qq euros quand je pou­vais, pour au final emprun­ter à un taux plus élevé que pro­po­sait toutes les banques. Utilité zéro.
    A noter ; l’in­fla­tion est sur­tout por­tée par le tabac et le pétrole (reflux depuis). je ne m’at­ten­dais à ce niveau si elevé

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    • bon­jour,
      Le micro cré­dit fait parti des prêts dits à la consom­ma­tion dont les réfé­ren­tiels de taux sont dif­fé­rents (plus éle­vés) que ceux des prêts dits immo­bi­lier. Au 3T2018 le taux moyen des prêts à la consom­ma­tion amor­tis­sables était de 3.7% (Source BDF). Grace à la boni­fi­ca­tion du CCAS de Grenoble le taux final pour l’emprunteur est de 2% (moins dans cer­tains cas) pour une durée pou­vant aller jus­qu’à 60 mois. Pour un public qui n’a pas accès au cré­dit ban­caire clas­sique ce sont donc des condi­tions meilleures que le mar­ché qui leur sont réser­vées. Vincent BOST

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  2. Bonjour, il est dom­mage que le micro cré­dit ne puisse pas ser­vir à rem­bour­ser des petites dettes ou prêt, c’est sou­vent ça qui empoi­sonne la vie des ménages les plus modestes et qui les sor­ti­rait vrai­ment d’af­faires.

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    • Bonjour, Depuis 2017 le micro cré­dit per­met de finan­cer de petites dettes type retard de loyers, dettes d’éner­gie, décou­vert, revol­ving… Sur les 21 éta­blis­se­ments de cré­dit fai­sant du micro-cré­dit seuls 6 à ce jour acceptent de finan­cer les dettes. Le Crédit Municipal en fait parti. Vincent BOST (CREDIT MUNICIPAL DE LYON)

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  3. Je me per­mets de cor­ri­ger : « Pris en charge par l’État, le béné­fi­ciaire se voit alors rem­bour­ser d’une par­tie de ses frais. » Il n’y a pas de prise en charge par l’État sur la boni­fi­ca­tion en fin de cré­dit : c’est le CCAS, par sa sub­ven­tion reçue de la Ville de Grenoble, qui verse ce mon­tant au béné­fi­ciaire du prêt.
    Cordialement,
    Alain Denoyelle.

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    • MB

      19/01/2019
      12:32

      Merci pour ce retour. Cette phrase qui indui­sait en erreur a été sup­pri­mée.
      Cordialement,

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