La clinique des Cèdres ouvre un pôle de traitement de l’obésité

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FOCUS – La clinique des Cèdres a annoncé, fin novembre, l’ouverture d’un nouveau pôle de traitement de l’obésité à Échirolles. L’objectif ? Mieux suivre les patients obèses isérois. Fabien Sténard, le chirurgien qui a œuvré à la création de ce nouveau pôle, nous en dit plus sur cette maladie chronique et son traitement chirurgical.

 

 

Chaque année en Isère, 700 à 800 patients atteints d’o­bé­sité reçoivent un trai­te­ment chi­rur­gi­cal. Or quatre cin­quièmes d’entre eux font éton­nam­ment le choix de se faire opé­rer dans les villes situées hors du dépar­te­ment. « Surtout à Lyon, alors même que le niveau médi­cal est excellent à Grenoble », indique Fabien Sténard, chi­rur­gien vis­cé­ral et hépato-bilio-pan­créa­tique spé­cia­lisé dans la chi­rur­gie de l’obésité.

 

La clinique des Cèdres crée un nouveau pôle de traitement de l’obésité à Échirolles pour mieux répondre aux besoins de suivi local des patients obèses.La clinique des Cèdres à Échirolles. © Clinique des Cèdres

Clinique des Cèdres à Échirolles. © Clinique des Cèdres

« C’est l’offre de soins qui n’est pas suf­fi­sante sur l’ag­glo­mé­ra­tion », juge le méde­cin gre­no­blois. Pour que celle-ci soit en adé­qua­tion avec les besoins de la popu­la­tion isé­roise, la cli­nique des Cèdres a lancé l’i­dée de mon­ter un pôle de trai­te­ment de l’obésité dans la métro­pole gre­no­bloise. Ce, en com­plé­ment de ce qui existe déjà au sein du Groupe hos­pi­ta­lier mutua­liste (GHM) ainsi qu’au Centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire Grenoble-Alpes (Chuga).

 

Le nou­veau pôle, pre­mier centre privé de prise en charge de l’o­bé­sité dans l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise, a été inau­guré le 24 novembre der­nier à Échirolles. L’occasion d’y orga­ni­ser « Focus sur l’o­bé­sité et son trai­te­ment », une jour­née de for­ma­tion scien­ti­fique ras­sem­blant une cen­taine de pro­fes­sion­nels, méde­cins, chi­rur­giens et pro­fes­sion­nels de santé autour d’experts inter­na­tio­naux recon­nus.

 

 

Un nouveau pôle grenoblois intégrant toutes les spécialités médicales

 

Tout bien pesé, Fabien Sténard a quitté le GHM en juin der­nier pour rejoindre la cli­nique des Cèdres et œuvrer à la créa­tion du nou­veau pôle de trai­te­ment de l’obésité. « L’établissement va de l’avant, se déve­loppe en don­nant les moyens néces­saires aux méde­cins de réa­li­ser une prise en charge des patients obèses, à la fois bien coor­don­née et adap­tée à leurs besoins », jus­ti­fie-t-il.

 

Ce, d’au­tant mieux que toutes les spé­cia­li­tés médi­cales sont déjà repré­sen­tées dans cet hôpi­tal privé. Et pour cause, l’o­bé­sité, qui affecte l’en­semble des organes du corps, sol­li­cite de fait tous les métiers médi­caux.

 

L'équipe bariatrie de la clinique des Cèdres avec Fabien Sténard (au premier rang, deuxième à gauche). © Clinique des Cèdres

Fabien Sténard (second rang, troi­sième en par­tant de la droite) et l’é­quipe baria­trie de la cli­nique des Cèdres. © Clinique des Cèdres

 

Ainsi, le trai­te­ment de ces patients néces­site-t-il, en plus de l’intervention des chi­rur­giens, celle de nutri­tion­nistes, psy­cho­logues et psy­chiatres. Sans oublier des gas­troen­té­ro­logues, car­dio­logues, pneu­mo­logues et kiné­si­thé­ra­peutes pour n’en citer que quelques-uns.

 

 

Sans chirurgie, certains obèses risquent de mourir

 

Dans l’état actuel des choses, « l’arsenal thé­ra­peu­tique est tel que nous ne par­ve­nons pas à faire mieux que la chi­rur­gie baria­trique dans cer­taines indi­ca­tions d’o­bé­sité », pré­cise le chi­rur­gien. Cette spé­cia­lité chi­rur­gi­cale regroupe toutes les pro­cé­dures et tech­niques de chi­rur­gie uti­li­sées pour trai­ter l’obésité. Notamment, l’anneau ajus­table et le bypass (ou court-cir­cuit) gas­triques qui réduisent la taille de l’es­to­mac, de telle sorte que l’intervention pro­voque une perte de poids spec­ta­cu­laire.

 

Anneau gastrique ajustable. DR

Anneau gas­trique ajus­table. DR

Mais « il faut savoir que les patients ne se font pas opé­rer pour des rai­sons esthé­tiques », sou­ligne le pra­ti­cien, bien décidé à tordre le cou aux idées reçues. L’obésité est en effet une « vraie mala­die » recon­nue comme telle par l’Organisation mon­diale de la santé (OMS). « C’est pour cette rai­son que l’on opère les per­sonnes obèses les plus gra­ve­ment atteintes », explique-t-il. À juste titre car « si les patients souffrent d’une obé­sité sévère ou mor­bide et ne sont pas opé­rés, ils risquent de mou­rir de leur obé­sité », aver­tit-il.

 

Pour quels patients la chi­rur­gie baria­trique est-elle indi­quée ? Surtout pour les malades atteints d’o­bé­sité mor­bide (cf. enca­dré) dont l’indice de masse cor­po­relle (IMC) est supé­rieur à 40, d’après les recom­man­da­tions de la haute auto­rité de santé (HAS).

 

Toutefois, la chi­rur­gie peut éga­le­ment être pro­po­sée aux obèses sévères, à l’IMC com­pris entre 35 et 40. « À condi­tion que leur obé­sité s’accompagne de comor­bi­di­tés (troubles asso­ciés) amé­lio­rables par la chi­rur­gie », ajoute le spé­cia­liste. Notamment l’hypertension arté­rielle, l’arthrose ou encore le dia­bète.

 

 

Un parcours de soins préalable d’au moins six mois

 

Avant tout, « la chi­rur­gie baria­trique doit faire par­tie d’un par­cours et d’un suivi plu­ri­dis­ci­pli­naires d’au moins six à douze mois avant d’être pro­po­sée », indique le doc­teur Fabien Sténard. Tant et si bien que cer­tains malades n’auront peut-être pas besoin de la chi­rur­gie si, pen­dant cette période, ils répondent suf­fi­sam­ment aux mesures de rééqui­li­brage hygiéno-dié­té­tiques.

 

À com­men­cer par un rééqui­li­brage ali­men­taire pro­gres­sif – « sur­tout pas de régime », appuie le chi­rur­gien – avec l’aide régu­lière d’un dié­té­ti­cien. Une pré­pa­ra­tion qu’il qua­li­fie de longue et com­plexe au niveau nutri­tion­nel. Ce, « pour qu’après l’intervention la diges­tion se déroule bien et que le patient ne souffre ni de dénu­tri­tion ni de carence », jus­ti­fie-t-il.

 

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Un rééqui­li­brage ali­men­taire qui donne la part belle aux fruits et légumes.  DR

 

Le tout com­biné à un chan­ge­ment de mode de vie par la réin­tro­duc­tion de l’activité phy­sique dans la vie quo­ti­dienne. « C’est extrê­me­ment dif­fi­cile à réa­li­ser car nous sommes tous per­dus dans des vies avec tra­vail, enfants et où la séden­ta­rité s’est ins­tal­lée », consi­dère-t-il.

 

De sur­croît, tout au long du par­cours, un suivi psy­cho­lo­gique des patients obèses est néces­saire pour les pré­pa­rer à l’après-opération. De fait, comme le sou­ligne le Dr Sténard, « quand un patient fait 140 kilos et qu’il perd 50 à 60 kilos, il doit faire face à des chan­ge­ments mor­pho­lo­giques phé­no­mé­naux ».

 

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De sorte que ces der­niers exercent un fort impact sur l’image qu’il se fait de lui-même. Mais pas seule­ment. Cet impact se mani­feste aussi dans la société et dans la famille du patient par le chan­ge­ment du regard que les autres vont dès lors por­ter sur lui.

 

 

« Il y a des traumatismes psychologiques chez tous ces patients »

 

La prise en charge psy­cho­lo­gique est en outre émi­nem­ment impor­tante car, de toute évi­dence, ce qui a mené à l’obésité est for­te­ment lié à une com­po­sante psy­cho­lo­gique. « Il y a des trau­ma­tismes psy­cho­lo­giques extrê­me­ment pré­sents chez tous ces patients », dévoile le chi­rur­gien.

 

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« Au sein des popu­la­tions d’obèses mor­bides, on retrouve des vio­lences et des sévices subis chez les femmes à hau­teur de 30 à 40 % », observe-t-il par exemple. L’accompagnement psy­cho­lo­gique dans les pôles de trai­te­ment de l’obésité visent donc aussi à aider les patients obèses à com­prendre com­ment ils sont arri­vés à tom­ber malade. Puis à trai­ter leur baisse d’es­time de soi sou­vent asso­ciée.

 

 

Une opération qui n’est pas proposée aux plus jeunes ni aux plus âgés

 

De nos jours, et de plus en plus, l’o­bé­sité atteint des per­sonnes jeunes. Néanmoins, très peu de centres en France et dans le monde pra­tiquent la chi­rur­gie baria­trique chez l’adolescent. « Beaucoup d’inconnues sub­sistent sur les méca­nismes qui conduisent à l’obésité pré­coce », jus­ti­fie le chi­rur­gien.

 

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Existe-t-il une limite d’âge supé­rieure ? Non mais la Haute auto­rité de santé recom­mande qu’à par­tir de 60 ans, l’âge soit évo­qué par l’équipe soi­gnante qui prend en charge le patient. Toutefois, les pra­ti­ciens prennent davan­tage en consi­dé­ra­tion l’âge phy­sio­lo­gique de la per­sonne que son âge réel.

 

Et pour cause, « à 65 ans, cer­tains patients en font 75. Pour eux, le risque opé­ra­toire est trop fort pour que nous puis­sions leur pro­po­ser une inter­ven­tion chi­rur­gi­cale. En revanche, à 65 ans, cer­tains patients font dix ans de moins. Il est alors tout à fait utile de leur pro­po­ser l’opération », indique le chi­rur­gien.

 

 

Les effets secondaires les plus redoutés : la dénutrition et les carences

 

Les patients sont infor­més de tous les risques opé­ra­toires pour que leur déci­sion soit par­fai­te­ment éclai­rée. Quels sont donc les risques liés à ces inter­ven­tions ? « Leur dan­ge­ro­sité réside moins dans les risques opé­ra­toires – simi­laires à ceux d’autres opé­ra­tions – qu’à l’état du patient lui-même, plus à risque que la popu­la­tion géné­rale », pré­cise le chi­rur­gien.

 

© Clinique des cèdres

© Clinique des cèdres

Les com­pli­ca­tions sont, par ailleurs, rela­ti­ve­ment peu fré­quentes. « Quand on fait des cou­tures sur l’intestin, il y a des risques de fuite, de péri­to­nite [inflam­ma­tion de la mem­brane qui tapisse l’ab­do­men, le pel­vis et les vis­cères, ndlr], d’infections… », recon­naît tou­te­fois le Dr Sténard.

 

« Les effets secon­daires les plus redou­tés sont que les patients perdent du poids de façon non équi­li­brée, pré­cise le méde­cin. Autrement dit, qu’ils se dénu­trissent ou déve­loppent des carences après l’o­pé­ra­tion ». Ce, alors même que ces der­niers suivent bien toutes les recom­man­da­tions hygiéno-dié­té­tiques.

 

 

« Les récidives concernent seulement 5 à 10 % des patients opérés »

 

Comme avec n’importe quel trai­te­ment, il y a des échecs. « Ce n’est pas par manque de volonté mais parce que l’obésité est une mala­die très com­plexe dont cer­tains méca­nismes res­tent encore mécon­nus », tient à rap­pe­ler Fabien Sténard.

 

Toutefois, quand le suivi médi­cal et la chi­rur­gie sont asso­ciées – comme c’est le cas dans l’ag­glo­mé­ra­tion à la cli­nique des Cèdres, au GHM ou au Chuga – la reprise de poids demeure rare. « Les réci­dives concernent seule­ment 5 à 10 % des patients opé­rés d’après les études inter­na­tio­nales qui s’appuient sur un recul de dix à quinze ans », observe le chi­rur­gien.

 

Véronique Magnin

 

 

L’IMC EN BREF

 

L’indice de masse cor­po­relle (IMC) cor­res­pond au poids divisé par le carré de la taille (kg/m2).

 

Il per­met de clas­ser le sur­poids et l’obésité :
Surpoids : IMC >= 25
Obésité : IMC >= 30

 

L’obésité est divi­sée en trois classes de gra­vité crois­sante :
Classe I (modé­rée) : IMC entre 30 et 34,9
Classe II (sévère) :  IMC entre 35 et 39,9
Classe III (mor­bide) : IMC >= 40

 

Un site parmi d’autres qui per­met de cal­cu­ler son IMC

 

L’OBÉSITÉ, UNE MALADIE QUI PEINE À SE FAIRE RECONNAÎTRE

 

L’obésité est recon­nue comme une mala­die chro­nique par l’Organisation mon­diale de la santé (OMS) depuis 1997. « Il est très impor­tant de rap­pe­ler cela car, encore aujourd’hui, nombre de pra­ti­ciens comme beau­coup de patients ne le réa­lisent pas et pensent qu’on ne meurt pas pré­co­ce­ment d’obésité mais de ses consé­quences », confie le Dr Sténard.

 

Autrement dit, de can­cers, de mala­dies car­dio-vas­cu­laires voire de troubles res­pi­ra­toires dont l’incidence est aug­men­tée par l’obésité*. Le chi­rur­gien ne sépare donc pas la mala­die de ces patho­lo­gies induites : « C’est un tout. La mala­die obé­sité est aussi défi­nie par ses consé­quences », appuie-t-il.

 

« Beaucoup pensent encore que les obèses ont choisi de l’être »

 

Qui plus est, « à qui vien­drait-il l’idée d’assener à un can­cé­reux qu’il a choisi d’attraper le can­cer ? », inter­roge le spé­cia­liste pour sou­li­gner l’ab­sur­dité de pareille asser­tion. Ce, alors que les vic­times d’obésité, qui repré­sentent 12 % de la popu­la­tion fran­çaise, doivent sup­por­ter une double peine : celle de tom­ber malade et de se voir jugées.

 

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Les idées reçues ont en effet la peau dure. « Beaucoup de per­sonnes pensent tou­jours que les obèses ont choisi de l’être par leur mode de vie, par le fait de trop man­ger et de ne plus faire de sport », pour­suit le chi­rur­gien.

 

Ils sont ainsi stig­ma­ti­sés et culpa­bi­li­sés. Pour toutes ces rai­sons, « il y a beau­coup d’analogies avec les patients qui souffrent d’alcoolisme et qui s’entendent dire “Si vous n’aviez pas bu autant, vous n’en seriez pas là !” », com­pare-t-il.

 

« Ce n’est pas par facilité qu’ils vont à l’opération » 

 

Mais le Dr Sténard, qui connaît bien les per­sonnes obèses pour cher­cher au quo­ti­dien à leur appor­ter des réponses, l’affirme : « Les patients veulent vrai­ment s’en sor­tir. Il y a une grande détresse chez eux. Ce n’est pas par faci­lité qu’ils vont à l’opération. »

 

Bypass Gastrique. DR

Bypass Gastrique. DR

Et de s’in­sur­ger : « Mettre autant l’ac­cent sur les risques de cette opé­ra­tion est bien une preuve sup­plé­men­taire que l’obésité n’est pas recon­nue dans l’o­pi­nion publique comme une vraie mala­die qui peut être mor­telle », estime le spé­cia­liste. Qui rap­pelle qu’on ne se pose pas la ques­tion du risque de la chi­rur­gie quand une per­sonne est atteinte d’un can­cer du colon. « Il n’est tout sim­ple­ment pas pos­sible de lais­ser ce patient avec ce can­cer ! », s’exclame-t-il, convaincu de la force des com­pa­rai­sons pour mar­quer les esprits.

 

« L’éducation, c’est ce qui prévient le mieux l’obésité »

 

L’éducation est répu­tée pré­ve­nir le mieux l’obésité. Dès lors, quels conseils de pré­ven­tion don­ner aux parents ? « L’alimentation doit être variée. Certains ali­ments nui­sibles à l’organisme, car trop riches en graisses, en sucre – les sodas, la mayon­naise, les viandes en sauce etc. – sont à consom­mer avec modé­ra­tion. Et la séden­ta­rité doit être com­bat­tue », rap­pelle-t-il.

 

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Exemple de mal­bouffe. DR

 

Et dans les cas où les parents se trouvent face au sur­poids de leur enfant, « il ne faut pas qu’ils hésitent à se rap­pro­cher des pro­fes­sion­nels des centres de trai­te­ment de l’o­bé­sité – psy­chiatres, nutri­tion­nistes… – où ils seront com­pris et conseillés », recom­mande le Dr Fabien Sténard.

 

VM

 

* L’obésité pré­dis­pose éga­le­ment à la sur­ve­nue de dia­bète et d’ar­throse.

 

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