Des samouraïs au kawaii : cinq siècles de relations entre le Japon et l’Occident retracés au Musée dauphinois

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FOCUS – À l’occasion du 160e anniversaire de l’ouverture des relations diplomatiques entre la France et le Japon et de l’Année du Japon en Isère, le Musée dauphinois présente jusqu’au 24 juin 2019 l’exposition Des samouraïs au kawaii, histoire croisée du Japon et de l’Occident. Celle-ci explore l’évolution des relations entre le pays du Soleil-Levant et l’Occident, de la première rencontre en 1543 jusqu’à nos jours. L’occasion d’évoquer les influences réciproques, échanges et ruptures ayant jalonné cette période…

 

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

A l’ins­tar de cette armure de samou­raï de l’é­poque d’Edo, une soixan­taine de pièces sont issues des col­lec­tions asia­tiques du Musée des Confluences de Lyon. © DR

Le 9 octobre 1858, la France et le Japon signaient un « traité de paix, d’amitié et de com­merce » qui offi­cia­li­sait le rap­pro­che­ment diplo­ma­tique entre les deux pays. Un traité qui mar­quait la fin de plus de deux siècles d’isolement volon­taire de l’archipel.

 

Pour célé­brer ce 160e anni­ver­saire, les gou­ver­ne­ments fran­çais et japo­nais ont lancé le pro­gramme cultu­rel natio­nal Japonismes 2018 : les âmes en réso­nance, décliné sous de mul­tiples biais par­tout dans l’Hexagone.

 

En Isère, le Département a ainsi déclaré 2018 Année du Japon en Isère, dont l’un des temps forts est incon­tes­ta­ble­ment la nou­velle expo­si­tion du Musée dau­phi­nois, Des samou­raïs au kawaii, his­toire croi­sée du Japon et de l’Occident.

 

Très visuelle et four­millant de réfé­rences cultu­relles géné­ra­tion­nelles, l’exposition montre plus de 240 objets issus de plu­sieurs col­lec­tions publiques et pri­vées. Parmi eux, 65 pièces pro­ve­nant d’un prêt excep­tion­nel du Musée des Confluences de Lyon – prin­ci­pal par­te­naire de l’événement – qui a béné­fi­cié éga­le­ment du sou­tien de la Japan Foundation et de la Drac Auvergne-Rhône-Alpes.

 

 

« L’arrivée des navigateurs portugais en 1543 marque la première rencontre entre le Japon et l’Occident »

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Chaufferette et char­bon « la Japonaise », datant de la fin du XIXe siècle. © DR

Armure de samou­raï, para­vents et boîtes nan­ban, sta­tuettes de l’époque d’Edo, répliques de sabres et de fusils, sta­tue de moine boud­dhiste, bol à thé, masque de (style tra­di­tion­nel du théâtre japo­nais), fac-simi­lés, estampes, vases de l’ère Meiji, pochoirs kata­gami, pho­to­gra­phies ori­gi­nales du XIXe siècle, cos­tumes d’opéra, kimo­nos en soie, appa­reil photo, figu­rines d’Astroboy et Goldorak, col­lec­tions de man­gas, affiches de des­sins ani­més, consoles de jeux vidéo…

 

Tout au long du par­cours, ces dif­fé­rentes pièces, pré­sen­tées dans leur contexte his­to­rique, illus­trent l’évolution des liens tis­sés entre le Japon et l’Occident – et notam­ment la France – dans tous les domaines : cultu­rel, tech­no­lo­gique, poli­tique, éco­no­mique, socié­tal, artis­tique.

 

« On a voulu mon­trer com­ment il y a eu sans cesse des allers-retours, des influences réci­proques, des échanges et même des rup­tures », explique la com­mis­saire d’exposition Fabienne Pluchart, res­pon­sable des col­lec­tions et des res­sources docu­men­taires du Musée dau­phi­nois.

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

L’art dit « nan­ban » vient de la seconde moi­tié du XVIe siècle, en réfé­rence aux « nan­ban-jin » (« bar­bares du sud), sur­nom donné aux Occidentaux par les Japonais. © Manuel Pavard – Place Gre’net

 

Le public embarque ainsi pour un voyage à tra­vers cinq siècles d’histoire, qui prend sa source au milieu du XVIe siècle. « L’exposition démarre en 1543 avec l’arrivée de navi­ga­teurs por­tu­gais qui marque la pre­mière ren­contre entre le Japon et l’Occident, raconte Fabienne Pluchart. Il y avait déjà des comp­toirs por­tu­gais en Asie mais le Japon n’avait encore jamais été exploré. Les Portugais découvrent alors ce peuple qu’ils dépeignent dans leurs écrits comme très raf­finé et cultivé. »

 

 

Cette ère d’effervescence artistique et culturelle s’accompagne de « la fermeture totale du pays »

 

Si ces échanges, essen­tiel­le­ment com­mer­ciaux, « se passent très bien » au départ, ils vont aussi avoir « des consé­quences très fortes, avec l’introduction des armes à feu », ajoute-t-elle. En 1549, les pre­miers mis­sion­naires jésuites espa­gnols et ita­liens arrivent dans l’archipel : « Ils font des cadeaux aux sei­gneurs locaux, notam­ment des armes à feu qui sont très vite copiées au Japon et vont modi­fier consi­dé­ra­ble­ment l’art de la guerre. »

 

À l’époque, le Japon est divisé en de mul­tiples clans, diri­gés par des sei­gneurs s’appuyant sur des mer­ce­naires, les samou­raïs. Avec l’apport des armes occi­den­tales, le clan des Tokugawa l’emporte sur ses rivaux et uni­fie le pays en 1600.

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Photographie ori­gi­nale de samou­raïs en arme ayant appar­tenu au géné­ral de Beylié. © DR

 

« Le sho­gu­nat Tokugawa va domi­ner le Japon pen­dant plus de 250 ans – jusqu’au retour de l’empereur Meiji – et son rôle est déter­mi­nant dans l’histoire du Japon, sou­ligne Fabienne Pluchart. Il dirige un pays paci­fié où appa­raît une société plus cita­dine, basée sur les loi­sirs et le plai­sir : on assiste au déve­lop­pe­ment du théâtre, de l’art du thé… »

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Estampe repré­sen­tant des scènes de théâtre « kabuki », témoin d’un cou­rant artis­tique, l’ukiyo‑e, qui émerge à l’é­poque d’Edo. © DR

L’époque d’Edo [du nom de l’ex-Tokyo, capi­tale du sho­gu­nat] voit émer­ger un nou­veau cou­rant artis­tique, l’ukiyo‑e, « l’art du monde flot­tant », qui s’exprime notam­ment par l’estampe et le théâtre kabuki, repré­sen­tés par plu­sieurs œuvres dans la pre­mière par­tie de l’exposition.

 

Paradoxalement, cette ère de pros­pé­rité et d’effervescence cultu­relle et artis­tique s’accompagne de « la fer­me­ture totale du pays ordon­née en 1641 par le sho­gun Tokugawa, qui avait peur de l’influence occi­den­tale gran­dis­sante ».

 

Hormis quelques contacts avec la Chine et la Corée, l’archipel demeure ainsi coupé du monde « pen­dant 250 ans, à l’exception d’un comp­toir tenu par les Néerlandais à Nagasaki : c’était les seuls Occidentaux auto­ri­sés à com­mer­cer avec les Japonais car ils étaient pro­tes­tants et donc pas consi­dé­rés comme pro­sé­lytes. »

 

 

Après plus de deux siècles d’isolement volontaire, le Japon se voit contraint de s’ouvrir

 

Cette fer­me­ture du Japon à l’Occident est sym­bo­li­sée par un tun­nel – pas­se­relle entre ces deux par­ties de l’exposition mais aussi entre l’époque d’Edo et l’ère Meiji – duquel débouchent les visi­teurs qui, tels les Occidentaux au milieu du XIXe siècle, découvrent subi­te­ment le foi­son­ne­ment artis­tique du pays du Soleil-Levant.

 

Après plus de deux siècles d’isolement volon­taire, le Japon se voit en effet contraint de s’ouvrir au com­merce sous la menace occi­den­tale, notam­ment des États-Unis qui lui délivrent un ulti­ma­tum en 1853. Le sho­gun finit par céder et, en 1858, des trai­tés com­mer­ciaux défa­vo­rables au Japon sont signés avec plu­sieurs puis­sances occi­den­tales, dont la France.

 

Le Grenoblois Léon Roches, ambassadeur de France au Japon de 1864 à 1868, fac-similé présenté ,dans l'exposition du Musée dauphinois "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident".

Le Grenoblois Léon Roches, ambas­sa­deur de France au Japon de 1864 à 1868, a œuvré au rap­pro­che­ment entre le Japon et la France. © DR

En quelques années, la France devient le par­te­naire pri­vi­lé­gié du sho­gu­nat Tokugawa, tis­sant de solides liens d’interdépendance avec le Japon. Un rap­pro­che­ment auquel a gran­de­ment contri­bué un diplo­mate gre­no­blois mis en avant par le Musée dau­phi­nois : Léon Roches.

 

Ambassadeur de France au Japon de 1864 à 1868, il était « très sen­sible à la cause de la soie fran­çaise, une indus­trie impor­tante et lucra­tive mais confron­tée à de gros pro­blèmes de pro­duc­tion en rai­son d’une mala­die déci­mant les vers à soie, pré­cise Fabienne Pluchart. Il a donc négo­cié l’aide fran­çaise à la moder­ni­sa­tion de l’industrie japo­naise et à la construc­tion de l’arsenal naval de Yokosuka. La France a envoyé des ingé­nieurs et du maté­riel pour contri­buer à la réa­li­sa­tion du chan­tier et, en échange, le Japon l’a four­nie en soie brut, puis en vers à soie. »

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Pot à cou­vercle et anses datant des années 1880, après la res­tau­ra­tion impé­riale ayant pré­cédé l’ère Meiji. © DR

Si Léon Roches a « sauvé la soie fran­çaise et été à l’origine de ces échanges entre les deux pays », sur le plan poli­tique en revanche, il a « misé sur le « mau­vais che­val », en l’occurrence le sho­gun dont il était par­ti­cu­liè­re­ment proche, alors que l’empereur reve­nait sur le devant de la scène ».

 

L’ouverture for­cée du Japon et l’impopularité du sho­gun ont en effet plongé le pays dans une guerre civile qui mènera au ren­ver­se­ment du sho­gu­nat Tokugawa et au retour de l’empereur Mutsuhito, en 1868.

 

C’est le début de l’ère Meiji qui va faire pas­ser le Japon d’un État féo­dal à une grande puis­sance moderne et indus­trielle, sur le modèle des nations occi­den­tales.

 

 

Le japonisme s’immisce dans presque tous les pans artistiques et culturels

 

L’ouverture du Japon sus­cite en tout cas un immense élan d’enthousiasme chez les Occidentaux qui découvrent, éba­his, une culture long­temps cachée. Estampes et objets déferlent sur le mar­ché euro­péen, tan­dis que « l’art japo­nais remet en ques­tion l’esthétique tra­di­tion­nelle occi­den­tale ».

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Au cœur de l’exposition, estampes et pho­to­gra­phies repro­duites sur vingt-cinq lam­pions éclai­rés, illus­trent les échanges avec les Occidentaux. © Manuel Pavard – Place Gre’net

 

L’influence de l’art japo­nais gagne les artistes de l’Europe entière, comme les impres­sion­nistes et les nabis. Naturellement, le Dauphiné n’échappe pas au phé­no­mène et les artistes de la région s’imprègnent eux aussi du « japo­nisme », terme inventé par le col­lec­tion­neur Philippe Burty en 1872 et très vite una­ni­me­ment adopté.

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Costume d’o­péra de « Madame Butterfly », opéra ita­lien sym­bole du japo­nisme. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Véritable raz-de-marée, le japo­nisme s’immisce dans presque tous les pans artis­tiques et cultu­rels des socié­tés euro­péennes, à par­tir de la fin du XIXsiècle.

 

Illustration avec ce large éven­tail de pièces pré­sen­tées par l’exposition, dans des domaines très variés : la pein­ture bien sûr, avec le Portrait de May Belfort de Toulouse-Lautrec, mais aussi l’opéra, avec deux cos­tumes de Madame Butterfly, la mode (des kimo­nos Meisen, dont l’usage se dif­fuse en Europe au cours de l’ère Meiji) et même la musique clas­sique (un pro­gramme de concert donné à Grenoble le 23 jan­vier 1888 au béné­fice du patro­nage catho­lique, à l’esthétique aussi japo­ni­sante qu’inattendue).

 

Le début du XXe siècle consti­tue un nou­veau tour­nant pour le pays du Soleil-Levant qui va faire une entrée en force sur la scène inter­na­tio­nale. Durant les der­nières années de l’ère Meiji (1868−1912), le Japon fait ainsi abro­ger les « trai­tés inégaux » pas­sés sous la contrainte des Occidentaux et « rat­trape son retard tech­no­lo­gique, indus­triel et mili­taire », tout en menant une « poli­tique expan­sion­niste en Asie ».

 

Les guerres face à la Chine (1894−1895) – qui débouche sur l’annexion de Taïwan – et la Russie (1904−1905) sont toutes deux rem­por­tées par l’Empire japo­nais. Ce der­nier conflit, maté­ria­lisé dans l’exposition par une estampe repré­sen­tant la bataille de Tashihchiao, marque pro­fon­dé­ment les esprits car il s’agit de la pre­mière guerre per­due par une puis­sance euro­péenne face à un pays asia­tique.

 

 

Il suffira au Japon de vingt-cinq ans pour s’ériger en puissance industrielle majeure

 

Malgré la pré­sence du Japon aux côtés des Alliés pen­dant la pre­mière guerre mon­diale, la France voit son influence, rela­ti­ve­ment impor­tante durant la fin de la période d’Edo et l’ère Meiji, dimi­nuer et se can­ton­ner à la sphère cultu­relle. Les Nippons lorgnent désor­mais davan­tage vers le rival ger­ma­nique.

 

« Les Japonais ont constaté que la France avait perdu une par­tie de sa puis­sance mili­taire, indique Fabienne Pluchart. Or, l’empereur était très admi­ra­tif de Bismarck et a décidé de se rap­pro­cher de l’Allemagne », vue comme un modèle. Un choix qui, au fil des épi­sodes, conduira Hirohito à « se tour­ner dans les années 1930 vers l’Allemagne nazie et l’Italie fas­ciste ».

 

Sur cette période de l’entre-deux-guerres, le Musée dau­phi­nois évoque la figure d’un autre ambas­sa­deur de France au Japon, Paul Claudel, Isérois de cœur. À son retour de Tokyo, il achète le châ­teau de Brangues, en Isère, où il s’installe défi­ni­ti­ve­ment. En poste de 1921 à 1927, le dra­ma­turge et poète « voit cette mon­tée en puis­sance de l’Allemagne au Japon, mais il n’arrive pas à l’enrayer ».

 

Néanmoins, « Paul Claudel sera un très bon « VRP cultu­rel » et va pro­mou­voir la culture fran­çaise et le rap­pro­che­ment entre les deux peuples en étant à l’origine de la créa­tion de deux mai­sons de la culture fran­çaises au Japon, ainsi qu’en col­la­bo­rant avec des artistes japo­nais. Pour les Japonais, il est resté quelqu’un de très impor­tant, qu’ils nomment « l’ambassadeur-poète ». »

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Affiche des JO de Tokyo de 1964, dont l’or­ga­ni­sa­tion témoigne du redres­se­ment ful­gu­rant du Japon après la guerre. © DR

S’ensuivront les évé­ne­ments bien connus qui condui­ront à l’entrée en guerre du Japon : mili­ta­ri­sa­tion du pays – esquis­sée par exemple avec l’exposition d’un kimono en soie de jeune gar­çon aux motifs de pro­pa­gande –, pour­suite de sa poli­tique expan­sion­niste avec l’invasion de la Mandchourie en 1931 puis de la Chine en 1937, bas­cu­le­ment défi­ni­tif dans le camp de l’Axe, attaque de Pearl Harbor, guerre meur­trière du Pacifique, et enfin tra­gique épi­logue avec les bom­bar­de­ments nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945.

 

Exsangue au sor­tir de la guerre, le Japon, sous occu­pa­tion amé­ri­caine jusqu’en 1952, va pour­tant rapi­de­ment se rele­ver.

 

Il lui suf­fira de vingt-cinq ans pour s’ériger en puis­sance indus­trielle majeure, dont la tech­no­lo­gie inonde les mar­chés pla­né­taires.

 

« La culture populaire japonaise arrive dans les foyers par la télévision, à la fin des années 1970 »

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Des consoles de jeux vidéo sont dis­po­nibles en accès libre dans la der­nière pièce de l’ex­po­si­tion. © Manuel Pavard – Place Gre’net

On arrive ici à la der­nière par­tie de l’exposition, avec une grande salle consa­crée à ce que l’on pour­rait appe­ler le « deuxième japo­nisme » : on y trouve des figu­rines d’Astroboy, Goldorak et Albator, des consoles de jeux vidéo de toutes géné­ra­tions en vitrine (Game Boy, Super Nintendo, Playstation 2, Xbox, Wii) et d’autres, par­ti­cu­liè­re­ment old­school (Nes et Megadrive), en libre accès avec les héros res­pec­tifs de Nintendo et Sega, Super Mario et Sonic.

 

Mais aussi une borne d’arcade en démons­tra­tion, ainsi que moult affiches de séries et des­sins ani­més et des col­lec­tions de man­gas. Dragon Ball, Akira, Captain Tsubasa (Olive et Tom en VF), Ulysse 31, Candy, Nausicaä de la val­lée du vent, One Piece, Naruto, Pokemon… Autant de noms impri­més dans l’imaginaire col­lec­tif de plu­sieurs géné­ra­tions de Français et Européens, des plus jeunes aux désor­mais qua­dra­gé­naires.

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Les man­gas ont très vite inondé les foyers des Français qui sont aujourd’­hui les deuxièmes lec­teurs au monde der­rière les Japonais. © Manuel Pavard – Place Gre’net

 

« La culture popu­laire japo­naise arrive dans les foyers fran­çais par la télé­vi­sion, à la fin des années 1970, avec les des­sins ani­més », relate Fabienne Pluchart. Les séries ani­mées et les jeux vidéo débarquent dans la fou­lée, puis se mul­ti­plient.

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Figurine de Goldorak, l’un des pre­miers des­sins ani­més arri­vés sur les écrans de télé­vi­sion en France, à la fin des années 1970. © DR

Un engoue­ment qui ne ces­sera de s’intensifier à par­tir des années 1990, en France comme par­tout ailleurs en Europe.

 

« Le manga va pour­suivre cette entrée en force de la culture popu­laire japo­naise dans notre quo­ti­dien », sou­ligne la com­mis­saire d’exposition, qui rap­pelle que « les Français sont les deuxièmes lec­teurs de manga de la pla­nète après les Japonais ».

 

 

« Parti au Japon pour tenter d’exporter la BD belge, Jacques Glénat est reparti avec Dragon Ball dans ses bagages »

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

Les édi­tions Glénat ont été les pre­mières à impor­ter Dragon Ball en France. © DR

À cet égard, l’expérience de l’emblématique édi­teur gre­no­blois Glénat est édi­fiante : « Parti au Japon pour ten­ter d’exporter la BD belge, Jacques Glénat est reparti avec Dragon Ball dans ses bagages. Le manga est arrivé chez nous dans les années 1980 – notam­ment avec Akira –, avant l’explosion dans les années 1990 : une vraie révo­lu­tion cultu­relle ! »

 

Et l’or­ga­ni­sa­trice de pré­ci­ser : « On vou­lait finir par cette idée que les ani­ma­tions, les jeux vidéo, les man­gas et toute la culture du kawaii – « mignon » – (Pikachu, Pokemon, Hello Kitty…) étaient aujourd’hui aussi indis­so­ciables de la culture japo­naise que de nos réfé­rences cultu­relles per­son­nelles. »

 

Exposition "Des samouraïs au kawaii : histoire croisée du Japon et de l'Occident", du 26 octobre 2018 au 24 juin 2019, au Musée Dauphinois, dans le cadre de l'année du Japon en Isère.

L’univers du kawaii (« mignon » en japo­nais) est aujourd’­hui incon­tour­nable chez les plus jeunes géné­ra­tions. © Manuel Pavard – Place Gre’net

 

Enfin, l’exposition se ter­mine par les por­traits de huit per­sonnes ayant un lien avec le Japon : expa­triés japo­nais rési­dant en Isère et Isérois pas­sion­nés de culture japo­naise. En effet, quelques cen­taines de res­sor­tis­sants japo­nais vivent dans le dépar­te­ment. Certains y ont fondé une famille, tan­dis que d’autres séjournent ici tem­po­rai­re­ment en tant qu’étudiants, ensei­gnants-cher­cheurs ou sala­riés.

 

Une pré­sence liée en grande par­tie à l’attractivité du pôle scien­ti­fique gre­no­blois, à l’origine notam­ment des liens avec la ville de Tsukuba. À l’inverse, des Isérois se déplacent régu­liè­re­ment au Japon pour leurs acti­vi­tés pro­fes­sion­nelles ou s’y sont ins­tal­lés. « On sou­hai­tait faire un clin d’œil à ce qu’est le Japon sur notre ter­ri­toire », conclut Fabienne Pluchart.

 

Manuel Pavard

 

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Commentaires 1
  1. excellent article, grand, fouillé.
    Merci !

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