Pas de ski sur le glacier des Deux Alpes à la Toussaint : la faute au réchauffement climatique ?

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FOCUS – La station des Deux Alpes ouvre aujourd’hui et jusqu’au 4 novembre. Pour la deuxième année consécutive, le glacier ne sera pas ouvert aux skieurs pour ces vacances d’automne, mais d’autres activités sont proposées, comme le VTT de descente ou l’escalade. En cause : des températures trop élevées, qui n’ont pas permis l’enneigement nécessaire pour une bonne qualité de ski sur le glacier en cette fin octobre.

 

 

La station des Deux Alpes ouvre aujourd'hui et jusqu'au 4 novembre... Sans le ski. La faute au réchauffement climatique ?Dernière capture d'écran de la webcam du glacier des Deux Alpes, le 20 août dernier.

Capture d’écran de la dernière prise de vue de la webcam du glacier des Deux Alpes, datant du 20 août dernier.

 

Coup dur pour les amateurs de glisse ! Comme l’année dernière, le glacier ne sera pas ouvert aux skieurs pendant ces vacances de la Toussaint. La faute à un manque de précipitations et aux températures trop élevées cet automne… « Plus que les années d’avant », concède Eric Bouchet.

 

Pour le directeur de l’office de tourisme des Deux Alpes, « Il ne faut [toutefois] pas confondre climat et météorologie » : c’est-à-dire que, selon lui, ce manque d’enneigement aux Deux Alpes n’est pas dû, du moins pour cet automne, au réchauffement climatique, mais plutôt à la météo, qui suivrait un « cycle naturel » n’ayant pas permis à la neige de tomber.

 

« Il y a eu beaucoup d’années, dans l’histoire, sans neige aux Deux Alpes, à cette période. L’enneigement à la Toussaint a toujours été très aléatoire. C’est quelque chose de cyclique. Il suffit de voir les courbes sur une vingtaine d’années pour le comprendre. »

 

La station des Deux Alpes ouvre aujourd'hui et jusqu'au 4 novembre... Sans le ski. La faute au réchauffement climatique ? Courbes représentant l'évolution des hauteurs de neige sur le glacier ces dix dernières années. Source : Arnaud Guerrand, nivologue de la station des Deux Alpes.

Courbes représentant l’évolution des hauteurs de neige sur le glacier ces dix dernières années. Source : Arnaud Guerrand, nivologue de la station des Deux Alpes.

 

Sur ce graphique, produit par Arnaud Guerrand, nivologue de la société des remontées mécaniques Deux Alpes Loisirs, on distingue qu’effectivement les années se suivent mais ne se ressemblent pas, et que l’enneigement à la Toussaint semble très irrégulier.

 

« On remarque, par exemple, que les hauteurs de neige enregistrées l’année dernière sur le glacier correspondent à celles enregistrées en 2012, ou que celles enregistrées sur la saison 2010-2011 sont plus basses que celles enregistrées ces dernières années. » La station reconnaît tout de même que « la situation actuelle du glacier, et plus globalement des glaciers des Alpes, est en lien avec le réchauffement ».

 

 

« Le réchauffement climatique est au cœur de nos réflexions »

 

Parmi les missions d’Arnaud Guerrand, figurent la mesure de l’enneigement du glacier et son suivi au fil des années. Car, comme l’affirme Eric Bouchet, « le réchauffement climatique est au cœur de nos réflexions. Effectivement, cette impossibilité d’ouvrir aux skieurs à la Toussaint cette année est plutôt due aux tendances météo, mais on ne peut pas nier le changement climatique ».

 

Mountain of Hell des 2 Alpes 2017

Mountain of Hell des 2 Alpes 2017. DR

Alors, pour parer cette situation, ou du moins l’anticiper, la station mise sur les activités de plein air autres que le ski durant ces vacances scolaires, comme la course en montagne, l’escalade, la randonnée ou le vélo.

Concernant cette dernière activité, la station des Deux Alpes est déjà considérée comme un des meilleurs sites mondiaux pour le VTT de descente, et est en train de développer des projets pour le vélo électrique et le cyclisme.

 

« On va réfléchir à une offre pour les années à venir, centrée sur le vélo », précise Eric Bouchet. Pour perdurer et s’adapter au changement climatique, les stations de montagne doivent en effet impérativement se réinventer. Et vite.

 

 

L’activité ski « conserverait » le glacier, malgré son recul de 80 mètres en quinze ans

 

Thierry Hugues, directeur opérationnel des pistes depuis trente ans, souligne que le fait d’avoir une activité de ski sur le glacier permet de le conserver. Selon lui, le damage rend la neige plus résistante, puisqu’il la tasse et accélère sa transformation en glace. Les services de la station auraient ainsi constaté une augmentation de 12 centimètres en trois ans de l’épaisseur de glace sur la zone skiable.

 

La gestion des Deux-Alpes dans le collimateur de la chambre régionale des comptes Auvergne Rhône-Alpes © Les Deux-Alpes

Photo d’illustration des Deux-Alpes. © Les Deux-Alpes

 

Mais cela reste une zone ciblée : « On met en place des actions sur la partie haute du glacier : de 3 200 à 3 600 mètres d’altitude, précise Thierry Hugues. Le réchauffement climatique a un impact sur la partie basse, entre 2 800 et 3 200 mètres d’altitude, où on voit qu’il a reculé de 80 mètres ces quinze dernières années. »

 

Malgré tout, le responsable des pistes envisage l’avenir avec sérénité… Du moins plus que l’on ne pourrait l’imaginer : « Nous n’avons pas de raison d’avoir peur des années à venir, de l’avenir du ski… Ça dépendra surtout des chutes de neige. Le réchauffement climatique est une problématique qu’on prend en compte. On en parle beaucoup, on s’adapte, on essaie de compenser au mieux. »

 

Sur cet autre graphique fourni par la station, on remarque que, bien que la vitesse de fonte varie en fonction des années, elle a tendance à augmenter au fil du temps.

 

Graphique représentant la vitesse de fonte, en centimètres par jour, ces dix dernières années aux Deux Alpes. Source : Arnaud Guerrand, nivologue de la station.

 

« On imagine toujours que stations de ski = tourisme de masse, incompatible avec la protection de l’environnement. Mais ça fait longtemps qu’on met des choses en place, tient à préciser Eric Bouchet. Les navettes gratuites à l’intérieur de la station, des contrats verts pour l’électricité… Au quotidien, on fait notre part. »

 

Les adeptes de montagne pourront en tout cas se faire leur propre opinion sur place. Car si le glacier n’est pas skiable, il demeure accessible aux promeneurs. Avec un employé de la station présent pour informer les visiteurs de son évolution… significative de l’avenir du ski dans les Alpes.

 

Élisa Montagnat

 

 

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Commentaires 2
  1. Edit de mon commentaire, après discussions avec les spécialistes es neige et glace : le directeur des pistes n’a pas tort, pour deux raisons. 1. Le fraisage de la surface par les machines remonte de la neige un peu plus blanche (qui absorbe moins de rayons du soleil), et 2. la compaction refroidit plus la surface pendant la nuit (effet moins évident).
    Le diable est dans les détails…
    Cdlt, gd

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  2. « Thierry Hugues, directeur opérationnel des pistes depuis trente ans, souligne que le fait d’avoir une activité de ski sur le glacier permet de le conserver »

    Hélas, la fonte en été de la partie basse du glacier est très sensible à l’absorption des rayons du soleil (albedo), et la glace absorbe deux fois plus que la neige…
    Ils font bien pire sur le glacier de Tignes : la neige est poussée du haut vers le bas du glacier, ce qui accélère sa disparition. Comme si on coupait les racines d’un arbre…

    Article intéressant, montre bien les difficultés du système à affronter la réalité et se remettre en question. Cdlt, gd

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