Des chercheurs grenoblois se penchent sur les liens entre délinquance et jeunes issus de minorités

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FIL INFO – Une équipe scientifique internationale – notamment composée de chercheurs grenoblois du laboratoire de recherche en sciences sociales Pacte – a analysé les données d’une vaste enquête comparative sur les liens entre délinquance et intégration sociale des adolescents issus de minorités. Ce, dans cinq pays dont la France. Les résultats ont été publiés dans un ouvrage aux éditions Springer en septembre dernier.

 

 

« Les com­por­te­ments délin­quants des ado­les­cents sont, en moyenne, plus fré­quents chez les jeunes d’une ori­gine étran­gère exté­rieure à l’Union euro­péenne ». Telle est l’une des conclu­sions saillante de l’enquête « Comprendre et empê­cher la délin­quance juvé­nile »*. Une enquête menée par un groupe de recherche inter­na­tio­nal, à laquelle ont par­ti­cipé des cher­cheurs gre­no­blois du labo­ra­toire Pacte** aux côtés d’une dou­zaine de col­lègues étran­gers.

 

À par­tir des don­nées col­lec­tées, ces der­niers ont mené une ana­lyse com­pa­ra­tive qui inter­roge l’intégration sociale des jeunes issus de mino­ri­tés eth­niques et reli­gieuses*** à tra­vers la délin­quance. Des tra­vaux qui ont débou­ché sur un livre, publié aux édi­tions Springer en sep­tembre 2018.

 

 

Première cause de la délinquance, les désavantages structuraux

 

Pour mener leurs inves­ti­ga­tions, les cher­cheurs se sont appuyés sur un ques­tion­naire dit de “délin­quance auto-décla­rée”**** qu’ils ont sou­mis à 10 000 ado­les­cents de 11 à 14 ans issus de cinq pays aux modèles sociaux dif­fé­rents : France, États-Unis, Allemagne, Pays-Bas et Royaume-Uni.

 

Les barres Strauss dans le quartier Mistral, avant leur démolition. DR

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Outre les méca­nismes d’intégration aux niveaux micro et macro-social, les cher­cheurs se sont notam­ment atta­chés à com­prendre l’effet eth­nique observé sur la délin­quance qui, selon eux, s’explique par les désa­van­tages struc­tu­raux aux­quels sont plus expo­sées les mino­ri­tés.

 

Notamment, les dif­fi­cul­tés socio-éco­no­miques, les quar­tiers dégra­dés et la ségré­ga­tion sco­laire. « Ces ado­les­cents sont aussi plus sou­vent vic­times de mau­vais trai­te­ments par leurs parents », ajoutent les cher­cheurs.

 

 

Le téléchargement illégal devant la consommation de drogue

 

En tête des infrac­tions décla­rées par les jeunes, le télé­char­ge­ment illé­gal qui concerne 35 % des col­lé­giens. Celui-ci devan­çant, à plate cou­ture, la consom­ma­tion de drogue. Parmi les pro­duits addic­tifs les plus consom­més par les ado­les­cents des cinq pays, l’alcool (41 %), c’est peut-être une sur­prise, est loin devant le can­na­bis (10 %).

 

Trafic de stupéfiants DR

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L’occasion pour l’équipe de tacler au pas­sage les chiffres sur la délin­quance four­nis par la police. Sachant que 85 % des jeunes déclarent n’avoir jamais eu à faire aux forces de l’ordre, les auteurs de cette étude en sont convain­cus, la délin­quance auto-décla­rée per­met d’obtenir un meilleur décompte des infrac­tions que celui effec­tué par la police sur la seule base de ses inter­pel­la­tions.

 

 

En France, les jeunes sont moins attachés à l’école qu’ailleurs

 

Quant à la rela­tion des ado­les­cents avec les ins­ti­tu­tions, les cher­cheurs ont noté de grandes diver­gences entre les pays. En France, les jeunes font moins confiance à la police qu’aux Pays-Bas ou en Allemagne, par exemple. Ils sont éga­le­ment moins atta­chés à l’école. Et, sin­gu­la­rité sup­plé­men­taire, cet atta­che­ment pour cette der­nière aug­mente avec la reli­gio­sité des ado­les­cents dans tous les pays son­dés sauf la France.

 

Les cher­cheurs se pro­noncent éga­le­ment sur l’évolution de la délin­quance au fil des géné­ra­tions. « L’adhésion aux normes morales du pays d’accueil aug­mente au fil des géné­ra­tions dans une famille issue d’un pays exté­rieur à l’UE », concluent-ils.

 

 

VM

 

 

* « Understanding and pre­ven­ting youth crime »

 

** Le labo­ra­toire Pacte est l’un des prin­ci­paux centres fran­çais de recherche en sciences sociales. Le labo­ra­toire fonc­tionne grâce au sup­port de trois tutelles : le Centre natio­nal de la recherche scien­ti­fique (CNRS), Sciences Po Grenoble et l’université Grenoble Alpes (UGA).

 

*** À pro­pos des sta­tis­tiques eth­niques : sont-elles inter­dites en France ?

 

**** Suivant le stan­dard ISRD (International Self-Reported Deliquency) conçu au début des années 1980. L’enquête a été finan­cée par l’Agence natio­nale de la recherche et le Conseil supé­rieur de la for­ma­tion et de la recherche stra­té­giques.

 

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Commentaires 1
  1. Toujours les mêmes expli­ca­tions à deux balles et la culture de l’ex­cuse…

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