Des professionnels de l’orientation mobilisés à Grenoble contre la régionalisation de l’Onisep

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FOCUS – Une marche partie du rectorat ce jeudi 3 mai à 14 heures s’est poursuivie jusqu’à la préfecture de Grenoble. Les manifestants, des psychologues de l’Éducation nationale, s’opposent, avec le soutien d’étudiants et de professeurs du second degré,

au projet de régionalisation de l’Office national d’information sur les enseignements et les professions (Onisep).

 

 

Manifestation du rectorat à la préfecture le 3 avril. © Léa Raymond - placegrenet.fr

Manifestation devant le rec­to­rat de Grenoble. © Léa Raymond – placegrenet.fr

Des dra­peaux de la CGT, du Snes-FSU, de Force ouvrière (FO) et de Solidaires étu­diant-e‑s flot­taient devant le rec­to­rat ce jeudi 3 mai en début d’après-midi. En cause, le pro­jet de régio­na­li­sa­tion de l’Office natio­nal d’in­for­ma­tion sur les ensei­gne­ments et les pro­fes­sions (Onisep) auquel s’op­posent des psy­cho­logues de l’Éducation natio­nale.

 

Une ving­taine d’é­tu­diants oppo­sés à la loi Vidal, pré­voyant notam­ment une sélec­tion à l’en­trée des uni­ver­si­tés, ont rejoint les sala­riés du secon­daire devant le rec­to­rat de l’Isère, avant de par­tir jus­qu’à la pré­fec­ture, place de Verdun. Au total, envi­ron 200 per­sonnes ont ainsi par­ti­cipé à cette marche inter­syn­di­cale.

 

 

Contre le transfert des compétences de l’orientation aux régions

 

Les mani­fes­ta­tions s’inscrivent dans le cadre des luttes contre les réformes du ministre de l’Éducation natio­nale Jean-Michel Blanquer, mais aussi contre le pro­jet de loi « Liberté de choi­sir son ave­nir pro­fes­sion­nel », pré­senté il y a un mois par la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

 

Manifestation du rectorat à la préfecture le 3 avril. © Léa Raymond - placegrenet.fr

© Léa Raymond – placegrenet.fr

 

Actuellement, les délé­ga­tions régio­nales de l’Onisep, qui dépendent des rec­to­rats, récoltent des infor­ma­tions sur les for­ma­tions et pro­fes­sions du ter­ri­toire. Par exemple, l’Onisep de la région Auvergne-Rhône Alpes a publié un cata­logue sur les métiers de la mon­tagne. L’ensemble de ces infor­ma­tions sert à consti­tuer une base de don­nées iden­tique pour tous. Les docu­ments sont ensuite envoyés aux élèves, aux parents et aux éta­blis­se­ments dans toute la France.

 

Manifestation du rectorat à la préfecture le 3 avril. © Léa Raymond - placegrenet.fr

Manifestation du rec­to­rat à la pré­fec­ture le 3 avril. © Léa Raymond – placegrenet.fr

L’article 10 du pro­jet de loi « Liberté de choi­sir son ave­nir pro­fes­sion­nel » concentre la contes­ta­tion : « Les mis­sions exer­cées par les délé­ga­tions régio­nales de l’Office natio­nale d’information sur les ensei­gne­ments et les pro­fes­sions (Dronisep) sont trans­fé­rées aux régions. »

 

Avec la régio­na­li­sa­tion, « l’objec­tif est de cla­ri­fier et recen­trer les posi­tions de cha­cun, au ser­vice des élèves, en fonc­tion de son péri­mètre », explique le minis­tère de l’Éducation natio­nale. Il n’y aurait donc plus une ins­tance natio­nale don­nant une infor­ma­tion unique, mais des bureaux régio­naux en charge d’o­rien­ter les étu­diants selon leur zone géo­gra­phique.

 

 

« On ne va pas forcer un lycéen à travailler dans le bâtiment s’il n’en a pas envie »

 

Les mani­fes­tants redoutent ce trans­fert de pou­voir de l’Onisep vers les régions. Parmi les mili­tants, Frédérique Penavaire, direc­trice du Centre d’information et d’orientation (CIO) de Bourgoin-Jallieu, par ailleurs res­pon­sable aca­dé­mique du Syndicat natio­nal des ensei­gnants de second degré (Snes-FSU) caté­go­rie psy­cho­logues de l’éducation natio­nale, s’in­surge contre la régio­na­li­sa­tion de l’Onisep.

 

Frédérique Penavaire (à droite) avec des manifestants contre la loi "choisir son avenir professionnel"

Frédérique Penavaire (à droite) avec des mani­fes­tants contre la loi « choi­sir son ave­nir pro­fes­sion­nel ». © Léa Raymond

La direc­trice du CIO, qui a par­ti­cipé à l’audience avec le chef de cabi­net du rec­teur ce jeudi midi, craint pour son rôle de conseillère en orien­ta­tion. Et redoute que les for­ma­tions mises en avant dans les régions soient dic­tées par les besoins locaux et les inté­rêts court-ter­mistes au détri­ment du choix per­son­nel de l’é­lève.

 

« Nous vou­lons une logique d’accompagnement des élèves, explique-t-elle. On ne va pas for­cer un lycéen à tra­vailler dans le bâti­ment s’il n’en a pas envie, même si à court terme, ce sec­teur embauche ici ».

 

 

Vers la disparition des CIO ?

 

Autre inquié­tude : le pro­jet de loi pré­voit de trans­fé­rer les délé­ga­tions régio­nales de l’Onisep. Les psy­cho­logues de l’Éducation natio­nale seraient ainsi affec­tés dans les col­lèges et les lycées. Cette régio­na­li­sa­tion inquiète les psy­cho­logues de l’Éducation natio­nale qui y voient la fin d’un ser­vice public d’information natio­nale sur l’orientation.

 

Marche contre la régionalisation de l'Onisep du rectorat à la préfecture le 3 avril. © Léa Raymond - placegrenet.fr

Marche contre la régio­na­li­sa­tion de l’Onisep du rec­to­rat à la pré­fec­ture le 3 avril. © Léa Raymond – placegrenet.fr

« À Bourgoin-Jallieu, nous accueillons 4 000 per­sonnes », affirme Frédérique. « Si nous sommes affec­tés dans les lycées, nous ne pour­rons pas rece­voir les lycéens qui décrochent. Ces jeunes ne vont pas retour­ner aussi faci­le­ment dans un lieu où ils sont exclus. Nous rece­vons aussi 20 % d’adultes, des allo­phones et des étu­diants. Au lycée, ces popu­la­tions seront mises à l’écart. »

 

En fili­grane, la dis­pa­ri­tion des CIO serait pro­gram­mée. « La sup­pres­sion des CIO n’est pas ins­crite dans la loi mais si les psy­cho­logues de l’Éducation natio­nale sont affec­tés dans les lycées, les CIO n’auront plus de rai­son d’être. »

 

 

Soutien des professions du secondaire

 

Frédérique se sent ras­su­rée : « L’ensemble des pro­fes­sions du secon­daire est mobi­lisé. Nous avons reçu le sou­tien du syn­di­cat natio­nal des chefs d’établissement d’enseignement libre, ainsi que celui des asso­cia­tions de parents d’élèves. »

 

Olivier, pro­fes­seur de Sciences de l’ingénieur en lycée géné­ral et tech­no­lo­gique au Pont-de-Cheruy a, lui aussi, tenu à par­ti­ci­per aux mani­fes­ta­tions. « Si les régions s’occupent de l’orientation, c’est la fin d’une idée du ser­vice natio­nal. Les besoins régio­naux pour­ront être dic­tés par le patro­nat. Un pro­jet d’orientation doit être per­son­nel. »

 

Manifestation du rectorat à la préfecture le 3 avril. © Léa Raymond - placegrenet.fr

© Léa Raymond – placegrenet.fr

Les mani­fes­ta­tions ont été aussi pour lui l’occasion de mani­fes­ter son désac­cord avec Parcoursup, la pla­te­forme des bache­liers recueillant leurs vœux d’études supé­rieures.

 

Olivier affirme : « Sous des pré­textes d’individualisation, on veut ren­voyer aux lycéens la res­pon­sa­bi­lité de leur échec. Avec APB [la pla­te­forme Admission Post-Bac qui a été rem­pla­cée par Parcoursup, ndlr], tu n’étais pas pris parce qu’il y avait un manque de place. Avec Parcoursup, tu n’es pas pris parce que tu n’as pas le niveau. Pourtant, chaque année, il y a 150 000 bache­liers sup­plé­men­taires mais le gou­ver­ne­ment ne crée pas de nou­velles places. »

 

Une pro­chaine jour­née d’ac­tion est pré­vue par les orga­ni­sa­tions syn­di­cales le 22 mai pour défendre le ser­vice public.

 

Édouard Merlo

 

 

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