Fermeture d’un hébergement à Grenoble : la préfecture se justifie… sans convaincre les associations

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EN BREF – La préfecture a‑t-elle fermé – volontairement – l’hébergement d’urgence situé au gymnase Vieux Temple sans proposer d’alternatives aux familles de migrants, qui se sont alors retrouvé à la rue ? Pour la préfecture, qui invoque une mauvaise communication en direction des familles, son dispositif a bien fonctionné. « Un mensonge pour ne pas perdre la face », fustige l’association Droit au logement, qui revient sur les faits.

   

 

Gymnase Vieux Temple converti en hébergement pour migrants. Ce lundi 20 mars au soir, la Préfecture en a fermé l’accès, une expulsion déguisée en somme ? © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Gymnase Vieux Temple converti en héber­ge­ment pour migrants. Ce lundi 20 mars au soir, la Préfecture en a fermé l’accès, une expul­sion dégui­sée en somme ? © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Lundi 19 mars au soir, l’as­so­cia­tion Droit au loge­ment a évité la mise à la rue de nom­breuses familles de migrants.

 

En effet, le gym­nase Vieux Temple, à Grenoble, qui ser­vait d’hé­ber­ge­ment tem­po­raire à des migrants, a été fermé dans la jour­née, lais­sant les familles sans solu­tion.

 

Selon la pré­fec­ture, il ne s’a­gi­rait que d’un regret­table mal­en­tendu. « Les per­sonnes […] se sont pré­sen­tées à nou­veau au gym­nase du Vieux Temple après avoir été mal infor­mées. » Sans tou­te­fois pré­ci­ser par qui…

 

 

Le 115 aurait reçu pour consigne de ne pas réorienter les familles

 

Aux dires de la pré­fec­ture, il aurait suffi que les familles appellent le 115 pour être réorien­tées. Plusieurs familles de migrants ont témoi­gné qu’elles avait bien appelé le fameux numéro ce soir-là, sans obte­nir de pro­po­si­tions d’hé­ber­ge­ment.

 

« On a appelé le 115. Ils nous ont dit qu’on allait nous don­ner un autre gym­nase, mais ils nous ont menti […] », témoi­gnait Digana, jeune femme serbe, ce lundi 20 mars au soir, dans le gym­nase Vieux Temple de Grenoble.

 

« La pré­fec­ture ne dit pas tout, dénoncent les mili­tants de l’as­so­cia­tion Droit au loge­ment, qui ont, eux aussi, contacté le numéro d’ur­gence sociale. Le 115 avait reçu pour consigne de la pré­fec­ture de ne pas orien­ter les per­sonnes ! Le 115 nous a dit que seules les maraudes, quand elles consta­te­raient des gens dans la rue, devaient orien­ter les per­sonnes vers l’hé­ber­ge­ment d’ur­gence ! »

 

 

Une fermeture « programmée » et « concertée »

 

La pré­fec­ture avait-elle effec­ti­ve­ment prévu un héber­ge­ment pour les familles qui se trou­vaient dehors, ce lundi 19 mars au soir ? Oui, elle pré­tend avoir fait le néces­saire. Elle sou­tient même que la fer­me­ture du gym­nase était « pro­gram­mée » et « concer­tée ».

 

Gymnase Vieux Temple converti en hébergement pour migrants. Ce lundi 20 mars au soir, la Préfecture en a fermé l’accès, une expulsion déguisée en somme ? © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Gymnase Vieux Temple converti en héber­ge­ment pour migrants. Le 20 mars au soir, la pré­fec­ture en a fermé l’accès. Une expul­sion dégui­sée, en somme ? © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

« Les acteurs de la veille sociale ont été infor­més de cette fer­me­ture dès le 16 mars », argu­mente-t-elle de sur­croît.

 

Les ser­vices de la pré­fec­ture déclarent avoir contrôlé l’en­semble des opé­ra­tions de A à Z : « La fer­me­ture du gym­nase du Vieux Temple s’est dérou­lée sous le contrôle de la Direction dépar­te­men­tale de la cohé­sion sociale, qui a veillé à la réorien­ta­tion des per­sonnes héber­gées dans la soi­rée du 19 mars dans les gym­nases – déjà ouverts – dans d’autres com­munes de la métro­pole ». Sur le ter­rain, au gym­nase Vieux Temple, lundi soir, régnait pour­tant bien une désor­ga­ni­sa­tion mani­feste…

 

 

La mise à l’abri des familles a été proposée sous la pression du Dal

 

Les mili­tants du Dal ne cachent pas leur sur­prise à la lec­ture du com­mu­ni­qué de la pré­fec­ture, laquelle se dédouane de toute res­pon­sa­bi­lité. Et affirme anti­ci­per les fer­me­tures et assu­rer la conti­nuité dans l’hé­ber­ge­ment.

 

Gymnase Vieux Temple converti en hébergement pour migrants. Ce lundi 20 mars au soir, la Préfecture en a fermé l’accès, une expulsion déguisée en somme ? © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Bannière posée par le Dal devant le Gymnase Vieux Temple converti en héber­ge­ment pour migrants. Ce lundi 20 mars au soir, la Préfecture en a fermé l’accès, une expul­sion dégui­sée en somme ? © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

« L’ouverture du gym­nase Frachon a été obte­nue parce que nous avons fait pres­sion et occupé le gym­nase Vieux Temple ! rap­pellent les mili­tants.

 

De fait, ce n’est que vers 21 heures que la pré­fec­ture a consenti à réorien­ter les familles du gym­nase Vieux Temple vers le gym­nase Frachon de Saint-Martin-d’Hères. Lequel abri­tait déjà une qua­ran­taine de per­sonnes… Les der­nières per­sonnes du gym­nase Vieux Temple ont ainsi rega­gné celui de Saint-Martin-d’Hères vers 23 heures. « Preuve d’une orga­ni­sa­tion sans faille s’a­gace le Dal, qui plus est, au mépris des familles et des enfants qui sont trim­ba­lées d’un gym­nase à un autre ! »

 

 

Le Dal accuse la préfecture de désorganiser l’hébergement, à dessein

 

Non seule­ment la pré­fec­ture ne veut recon­naître un tant soit peu ses torts, mais se pré­vaut d’un « dis­po­si­tif  [qui] per­met d’adapter en per­ma­nence des pro­po­si­tions d’hébergement d’urgence en fonc­tion des condi­tions cli­ma­tiques ». Du point de vue du Dal, il ne s’a­git pas d’un simple « couac ». L’association accuse la pré­fec­ture de sciem­ment désor­ga­ni­ser l’hé­ber­ge­ment tem­po­raire pour réduire au pas­sage l’offre d’hé­ber­ge­ment.

 

La préfecture de Grenoble. © Léa Raymond

La pré­fec­ture de Grenoble. © Léa Raymond

« Cinquante per­sonnes du gym­nase Vieux Temple ont pu rejoindre le gym­nase Frachon. Pourtant, elles étaient quatre-vingt dix à dor­mir, la veille encore, dans le gym­nase Vieux Temple, s’é­tonne un mili­tant du Dal. Il faut que la pré­fec­ture nous explique où, dans son orga­ni­sa­tion si bien hui­lée, sont pas­sées les qua­rante per­sonnes man­quantes », inter­roge l’ac­ti­viste de l’as­so­cia­tion Droit au loge­ment.

 

Séverine Cattiaux

 

 

Pays Voironnais, un jour, une activité
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Commentaires 2
  1. Rassemblement le 28 mars à par­tir de 11 h 30 devant les algé­cos où ont vécu des dizaines de familles dans des condi­tions insa­lubres bd des Aliés/cours de la Libération (ancien garage Renault) pour exi­ger la conti­nuité de l’hé­ber­ge­ment après la fin de la trêve hiver­nale.

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  2. Je confirme. J’ai appelé le 115 pour 2 familles, d’a­bord, une nou­velle famille, débou­tée du droit d’a­sile, à qui le CADA aurait dû pro­po­ser 3 nuits d’hô­tel, mais ne l’a pas fait. Elle est com­po­sée d’une maman et de 3 enfants tout petits qui se trou­vaient donc à la rue. Après ouver­ture d’une dos­sier, réponse gênée du 115 : pas de places.
    Une autre famille, les parents et 2 enfants col­lé­giens, deman­deurs d’a­sile, pas logée en CADA, à la porte du gym­nase du Vieux Temple.
    Dans les 2 cas, le 115 a dit que les familles devaient s’ins­tal­ler quelque part, télé­pho­ner au 115 leur empla­ce­ment pour que la maraude passe les voir. S’il y a de la place quelque part, la maraude leur dira où aller ! ! ! !
    La pré­fec­ture se montre de plus en plus lamen­table, aux ordres, petit doigt sur la cou­ture du pan­ta­lon. Il y a des bâti­ments vides, genre ancien hôpi­tal mili­taire de La Tronche. Ca cou­te­rait moins cher finan­ciè­re­ment et humai­ne­ment de les réqui­si­tion­ner, non ?

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