Investissements franco-chinois : une élue régionale dénonce le double discours de Laurent Wauquiez

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FIL INFO – En mars 2017, la Région Auvergne Rhône-Alpes investissait 5 millions d’euros dans un fonds de capital-investissement franco-chinois. Alors que des élus s’interrogent quant à la politique de Laurent Wauquiez vis-à-vis des investisseurs chinois en France, le vrai marché que le président de région convoite, estime Corinne Morel-Darleux (RCES) est celui du ski et des JO 2022.

 

 

Laurent Wauquiez, salon Mountain Planet 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Laurent Wauquiez, salon Mountain Planet 2016. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne Rhône-Alpes, tient-il un double discours vis-à-vis des investisseurs chinois ? Peut-on à la fois s’émouvoir que des fleurons industriels comme PSA ou la Compagnie des Alpes soient vendus aux Chinois et investir à leurs côtés pour espérer avoir une part du gâteau sur un marché en plein boom ?

 

Voilà donc que resurgit, au détour d’un article paru dans le Journal du dimanche ce 25 février, l’autorisation donnée en… mars 2017 en commission permanente du conseil régional – c’est-à-dire sans débats – d’investir 5 millions d’euros dans le fonds de capital-investissement Sino-French Innovation.

 

Lancé par Cathay Capital en 2015, celui-ci est propriété de l’homme d’affaire chinois Mingpo Cai. Objectif de l’opération, selon le cabinet de Laurent Wauquiez interrogé par l’hebdomadaire : « faciliter l’implantation de PME locales en Asie »*.

 

Rien d’illégal à cela. Sauf que Laurent Wauquiez s’adonnerait à un curieux mélange des genres, mêlant étroitement politique et économie. C’est en tout cas ce que dénonce la conseillère régionale Corinne Morel-Darleux (RCES) sur un blog hébergé par Médiapart.

 

 

Les réseaux d’affaires au cœur du dossier Cathay Capital

 

Dans Cathay Capital, « on y trouve par exemple Bruno Bézard, ancien ambassadeur de France à Pékin, qui a rapidement quitté son poste de chef du Trésor sous la présidence Hollande, après à peine deux ans de service pour filer directement chez Cathay Capital », souligne l’élue issue des rangs du Parti de gauche et qui a mené son enquête.

 

« Ou encore Xavier Fontanet, ancien PDG d’Essilor et soutien d’Alain Juppé, invité en 2013 par Laurent Wauquiez à animer un séminaire de l’UMP sur le campus d’HEC, qui est l’homme qui a obtenu que le FSI, le Fonds stratégique d’investissement créé par Sarkozy en 2008, investisse dans Cathay. Dans l’escarcelle du fonds, se trouvent de nombreuses entreprises françaises : Valéo, Yves Delorme, Mauboussin, Dessange, ou encore la marque Biolane. »

 

Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne - Rhône-Alpes au salon Mountain Planet. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne – Rhône-Alpes au salon Mountain Planet. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

De telles pratiques interrogent l’élue pour qui Laurent Wauquiez ne se contenterait pas de tenir un double discours et aurait retourné sa veste… En 2016, celui-ci s’était en effet élevé contre l’intention du géant chinois Fosun d’entrer au capital de la Compagnie des Alpes. Avant de se raviser en février 2017, « à l’occasion d’un déplacement officiel en Chine », souligne Corinne Morel-Darleux.

 

 

La Chine, un juteux marché

 

La juteuse perspective d’un marché chinois du ski en plein boom boosté par les Jeux olympiques de 2022 a-t-elle eu raison de ses inquiétudes ? Pour Corinne Morel-Darleux, il n’y a aucun doute là-dessus, Laurent Wauquiez y ayant vu de potentielles opportunités pour des entreprises régionales, moyennant quelques entremises.

 

Les moniteurs de l’École de ski français en Chine. © ESF

« Cela explique peut-être la fréquence des visites et déplacements avec la Chine de la Région Auverne Rhône-Alpes », souligne l’élue.

 

En septembre 2016, le numéro 3 chinois, Dejiang Zhang, se déplaçait à Lyon. En février 2017, Laurent Wauquiez, escorté d’entrepreneurs régionaux, se rendait en Chine suivi en mai 2017 par son vice-président Étienne Blanc. Un voyage à visée économique en pleine campagne présidentielle qui avait fait l’objet de l’ouverture d’une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics. Enquête finalement classée sans suite.

 

« S’il est toujours un peu curieux de voir les élus se transformer en VRP, et l’argent public qui manque tant ailleurs aller au soutien d’entreprises privées qui se débrouillent bien par ailleurs, ici le dossier devient franchement gênant », souligne la conseillère régionale, qui rappelle que la Région a investi 33 millions d’euros dans la neige artificielle pour les stations des Alpes. Une bien belle vitrine…

 

PC

 

 

* Les services de la Région n’avaient pas répondu à nos demandes de réactions, au moment de la publication de l’article.

 

 

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Commentaires 3
  1. Bonjour
    Certains médias souffrent d’anevrisme hemispherique…..
    Les structures sociales nous en parlons quand ???
    Mais bon il faut bien manger.
    BENYOUB.A

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  2. Et quid des start-up qui financées en France s’empressent d’établir leur siège social à Singapour?

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  3. Qu’ils sont drôle ces écolos!

    Non parce que si on regarde les fonds de capital risque pour la transition énergétique, c’est exactement la même chose…

    Pas pour défendre Wauquiez, mais rentrer sur le marché chinois implique des partenaires locaux voir des joint-ventures, c’est comme ça depuis des lustres…

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