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Une centaine de repas livrés par la Ville de Grenoble aux migrants du Patio… contre leur gré

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EN BREF – La Ville de Grenoble annonce avoir livré, ces 8 et 9 février, une centaine de repas aux migrants accueillis au Patio, sur le campus de Saint-Martin-d’Hères. Des dons alimentaires issus du surplus de la cuisine centrale de la Ville. Problème : les militants sur place affirment avoir préalablement émis un avis défavorable, jugeant cette nourriture « totalement inadaptée aux besoins du lieu ». Et y voient une opération de communication.

 

 

Que faire des surplus de la cuisine centrale de Grenoble, qui prépare chaque jour 11 000 repas pour les scolaires, les crèches et les personnes âgées de la commune ? Ces jeudi 8 et vendredi 9 février, la municipalité a décidé de les écouler en distribuant une centaine de repas aux migrants accueillis au Patio, sur le campus de Saint-Martin-d’Hères.

 

Grenoble annonce avoir livré une centaine de repas aux migrants hébergés au Patio sur le campus. Une livraison faite contre l'avis des militants sur place… Le Patio solidaire, sur le campus de Saint-Martin-d'Hères © Manuel Palvard - Place Gre'net

Le Patio solidaire, sur le campus de Saint-Martin-d’Hères © Manuel Palvard – Place Gre’net

 

Cette distribution n’est pas une première, affirme la Ville de Grenoble dans un communiqué. Cette dernière indique ainsi livrer régulièrement les surplus de la cuisine centrale « aux associations locales qui soutiennent les personnes en situation de précarité », via le centre communal d’action sociale (CCAS).

 

Si « un important travail est fait pour limiter le gaspillage », la conseillère municipale en charge de la restauration Salima Djidel l’affirme : « Il est important que le surplus puisse être systématiquement adressé aux plus démunis ».

 

 

De nouvelles livraisons prévues dans les jours qui viennent

 

L’accueil de migrants au sein du Patio, devenu pour l’occasion “Patio solidaire“, a été prolongé jusqu’au 31 mars, soit jusqu’à la fin de la trêve hivernale, par le conseil d’administration de l’Université Grenoble-Alpes (UGA). La Ville de Grenoble, qui annonce de nouvelles livraisons alimentaires dans les jours qui viennent, promet également des frigos et des couvertures.

 

Éric Piolle en compagnie de Bernard Macret, Guillaume Gontard et Myriam Laïdouni-Denis, à Montgenèvre pour dénoncer la politique migratoire du gouvernement © Éric Piolle - Page Facebook

Éric Piolle en compagnie de Bernard Macret, Guillaume Gontard et Myriam Laïdouni-Denis, à Montgenèvre pour dénoncer la politique migratoire du gouvernement © Éric Piolle – Page Facebook

 

Un geste que les militants du Patio solidaire ont tenu à saluer dans un communiqué diffusé sur leur page Facebook… pour, dans la foulée, tacler sévèrement la municipalité. « Malgré l’avis défavorable et motivé des militant.e.s contacté.e.s, une demi-palette de nourriture totalement inadaptée aux besoins du lieu* a effectivement été livrée au Patio sur demande expresse de la mairie », dénoncent-ils.

 

Et d’ironiser : « Une bonne action comme celle-là vaut bien un communiqué, sans doute, à la gloire d’une mairie “allant bien au-delà de ses compétences”, comme le dit son maire ! » Avant de se faire carrément incisif en demandant aux institutions municipales « de cesser d’utiliser le Patio, actuellement au maximum de ses capacités d’accueil, pour se délester de la responsabilité des personnes qu’elles ne peuvent prendre en charge, d’autant plus sans [les] en prévenir ».

 

 

« Chacun doit faire sa part, il n’est jamais trop tard ! »

 

« Toutes [les] solutions possibles doivent être mises en œuvre pour lutter contre des situations intolérables et dénuées d’humanité », déclare, pour sa part, le maire de Grenoble Éric Piolle, dans la logique de ses précédentes prises de positions sur la politique migratoire mise en place par l’État.

 

La municipalité rappelle ainsi la mise en place du dispositif d’accueil du Rondeau, ou encore la plateforme “Grenoble terre d’accueil” qui aurait recueilli plus de 500 initiatives en deux ans.

 

Si les militants du Patio solidaire jugent “sincère” cet engagement en faveur des migrants, ils s’interrogent néanmoins au sujet du maire de Grenoble : « Ne peut-il pas nous assurer de son soutien dans la perspective du 31 mars prochain où les habitant.e.s du Patio, menacés d’expulsion, se retrouveront de nouveau sans le logement auquel ils ont droit ? Ne peut-il pas œuvrer pour leur permettre un accès effectif à leur droit au logement en dépit de ce qu’il n’a pas fait jusqu’ici ? “Chacun doit faire sa part”, il n’est jamais trop tard ! »

 

Florent Matthieu

 

 

  • * L’un des militants évoque « des plats préparés en trop grand nombre avec peu de possibilité de stockage réfrigéré sur place […] La préparation de la nourriture se fait très bien sur place, puisqu’il y a une cuisine. Les besoins sont plutôt en termes de denrées : riz, huile, piment, légumes, conserves, etc. ». (note ajoutée dans la foulée de la publication de l’article)

 

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Commentaires 12
  1. @caro Au Patio nous discutons politique. Internationale, nationaleS, mais aussi locale. Et même si les habitant.e.s ne connaissentre pas grand chose à la politique locale, ils ont tôt fait de faire le lien avec des pratiques politiques qu’ils connaissent bien.

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  2. Ce communiqué est issu d’un travail commun entre militant·e·s et habitant·e·s du Patio. Il s’agit d’une réponse à un acte de communication de la mairie et du maire, d’où l’angle adopté: habitant.e.s et militant.e.s ne jugent pas comme sincère une attitude consistant à les utiliser sous couvert de les aider. Si l’engagement de Monsieur le maire est sincère comment expliquer sa réaction quand ces personnes dormaient derrière sa mairie et que mr le maire a été consulté sur la réquisition de locaux inoccupés? Et à Esmonin et Valmy? Et face aux squats expulsés pendant la trêve? Et que le CCAS envoie des gens au Patio sans consulter personne ça ne choque pas non plus? Merci mr le maire pour votre contribution à la cause du logement et de l’asile dans la métropole apaisée mais cette attitude porte un nom: récupération. Et elle est d’autant moins bienvenue quand on consulte l’historique de ses actions.
    Pour @caro le CCAS a fait livrer 100 portions d’une nourriture aux antipodes des besoins du Patio. Quoi, comment les « migrant.e.s »crachent dans la soupe? Avec raison et proposition d’alternative: 100 portions pour 3 vu le nombre de personnes accueilles et vu l’absence de moyens de conservation, c’est inadapté. Et 100 repas préparés alors que la préparation se fait sur place pour le plus grand plaisir de tous c’est inadapté. Nous l’avons dit au CCAS avant la livraison. Nous leur avons proposé des alternatives et les remercions de les suivre à l’avenir tout comme notre demande de ne plus nous envoyer de nouveaux non pris en charge sans même nous consulter. Nous tapons sur les bonnes personnes: c’est à l’État et donc à la Pref de donner accès à un logement à tous, mais nous ne nous trompons pas de cible en disant que notre maire sait « faire sa part » quand il s’agit de nous laisser sans solution après une expulsion tout en faisant la charité une fois que notre initiative fonctionne et fait parler d’elle.

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    • Merci pour cette réponse circonstanciée.
      Apparemment, ce ne sont pas des repas préparés spécifiquement pour les habitants du Patio dont il s’agit mais des repas « en trop ».
      Le problème aussi à envisager est que plus la mairie en fait, moins la Préfecture en fait, bien trop contente qu’une bonne âme fasse le boulot qu’elle devrait faire. Donc doucement avec l’exigence de réquisitions municipales alors que ce serait à la préf et au conseil départemental d’agir.
      A mon avis, parce que j’en ai rencontrés, les jeunes migrants n’ont pas la connaissance de la politique locale suffisante pour écrire ce communiqué. Je pense qu’il a été soufflé par celles et ceux qui aident à gérer le Patio. C’est de bonne guerre, mais il ne faudrait pas se couper des bonnes volontés, même si, parfois elles ne sont pas aussi avancées dans la réflexion « gauchiste » (dans le bon sens du terme)
      Il ne faudrait pas non plus faire croire aux jeunes du Patio que le parrainage pourrait leur éviter d’être expulsés comme « dublins ». Ils débarquent dans les permanences et en ressortent dépités.

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  3. Apparemment il est difficile de stocker ou de réfrigérer les repas sur place.

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    • Des frigos ont aussi été apportés, ainsi que des couvertures, des sacs de riz et boites de tomates… Comme quoi il y a un échange pour que l’aide corresponde aux besoins exprimés par les personnes hébergées.

      Et pourquoi n’y a-t-il pas eu de communiqué du Patio suite à l’annonce par la mairie de Saint Martin d’Hères de l’ouverture des douches de la piscine municipale pour les personnes hébergées ?

      Comme les militants, les collectivités, la fac… cherchent tous comment agir dans un domaine qui n’est pas le leur.

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  4. Le cynisme électoral de Piolle et amis verts et rouges, toujours plus loin, sauf que rien ne fera oublier aux Grenoblois les mensonges, laxisme et échecs de cette municipalité.

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  6. qui pourrait expliquer à une béotienne ce que veut dire
    « une centaine de repas … totalement inadaptée aux besoins du lieu »
    Je ne pense pas que la mairie ait envoyé des plats avec du porc dedans, alors ?
    Ces repas, un coup de com pour la mairie de Grenoble ?
    Ou ce refus, un coup de com pour les bénévoles qui s’occupent des migrants du Patio et une énième occasion de taper sur la mairie de Grenoble et pas sur les vraies instances responsables de cette situation, je veux parler de la Préfecture ?

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    • Quel rapport avec le porc? Vous connaissez la religion des ces personnes?

      Si les gens gèrent le lieux et qui connaissent les besoins disent que c’est pas adapté, alors on les écoute et on fait pas de la com’ délétère

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      • Oui, moi, je suis allée au Patio. Il y a beaucoup de jeunes musulmans. Et alors ?

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    • PT

      12/02/2018
      10:53

      @Caro L’un des militants sur place évoque « des plats préparés en trop grand nombre avec peu de possibilité de stockage réfrigéré sur place ». La présence de porc n’a jamais été évoquée.

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      • Ok.
        Vous ont-ils parlé des sacs de riz et autres produits bruts apportés en même temps et qui ne nécessitent pas de stockage au froid ?

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