De nombreux articles de presse sur les logements vides mis à la disposition des SDF par la Ville de Grenoble. Une stratégie de communication dénoncée par des squatteurs et des associations. © Placegrenet.fr

SDF, migrants… La com” “poudre aux yeux” de la Ville de Grenoble irrite squatteurs et associations

SDF, migrants… La com” “poudre aux yeux” de la Ville de Grenoble irrite squatteurs et associations

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ENQUÊTE – La Ville de Grenoble a signé en novembre dernier deux conventions d’occupation temporaire avec des SDF pour les reloger dans des maisons vides préemptées par la mairie et vouées à une démolition ultérieure. Une expérimentation sur laquelle elle a largement communiqué dans les médias locaux et nationaux. Beaucoup de squatteurs et associations de soutien aux mal-logés et aux migrants y voient surtout une opération de communication « opportuniste ».

 

⇒ Temps de lecture : 28 – 37 min

 

Des articles dans Ouest-France, Rue89 et Le Dauphiné libéré, des repor­tages sur France Bleu et France 3… Si la déli­bé­ra­tion du conseil muni­ci­pal du 6 novembre der­nier avait été adop­tée qua­si­ment en cati­mini, la Ville de Grenoble s’est depuis lar­ge­ment rat­tra­pée, com­mu­ni­quant tous azi­muts sur son nou­veau dis­po­si­tif, par médias interposés.

 

Partout, les mêmes titres – à quelques mots près – infor­mant que « la mai­rie de Grenoble pro­pose des loge­ments vides gra­tui­te­ment aux SDF ». Des articles abon­dam­ment relayés par le maire et ses sou­tiens sur les réseaux sociaux.

 

 

À l’o­ri­gine de cet embal­le­ment média­tique, les deux conven­tions signées par la Ville avec les asso­cia­tions Le Tremplin et Les Passeurs, per­met­tant à des sans-abri d’oc­cu­per tem­po­rai­re­ment des bâti­ments vides, voués à être détruits ultérieurement.

 

Les mai­sons en ques­tion, situées res­pec­ti­ve­ment rue Argouges et che­min des Tournelles, ont en effet été pré­emp­tées par la com­mune, en vue de pro­jets immo­bi­liers à plus ou moins long terme, et étaient donc inoc­cu­pées dans l’at­tente de leur future démolition.

 

Sur ce point, le texte est d’ailleurs très clair : la conven­tion, d’une durée d’un an et renou­ve­lable deux fois, « ces­sera de plein droit sans aucune indem­nité ni enga­ge­ment de relo­ge­ment en fonc­tion du pro­jet d’aménagement qui sera décidé par la Ville ».

 

 

Le fruit « d’un an et demi de contacts »

 

Les deux asso­cia­tions concer­nées « sont venues nous voir avec des pro­jets qui dépassent les “simples” besoins d’hé­ber­ge­ment », explique Alain Denoyelle, adjoint à l’ac­tion sociale. Ainsi, Le Tremplin a été créé par Bobby et Plume, deux des trois occu­pants de la mai­son rue Argouges, dans le but d’hé­ber­ger des per­sonnes à la rue avec des chiens. Ils pour­ront accueillir durant quelques jours jus­qu’à cinq per­sonnes dans leur nou­veau logement.

 

Alain Denoyelle © Joël Kermabon - placegrenet.fr

Alain Denoyelle, adjoint à l’ac­tion sociale, a suivi l’é­vo­lu­tion des deux dos­siers et tra­vaillé avec les asso­cia­tions Le Tremplin et Les Passeurs – © Joël Kermabon – pla​ce​gre​net​.fr

L’accord conclu avec Le Tremplin est le fruit « d’un an et demi de contacts, entre la ren­contre avec eux, l’i­den­ti­fi­ca­tion puis l’ob­ten­tion de la mai­son, qui était la pro­priété de l’EPFL [Établissement public fon­cier local du Dauphiné, ndlr] », pré­cise Alain Denoyelle.

 

Avec cette asso­cia­tion, pour­suit-il, on a affaire à « des jeunes en dif­fi­culté sociale, avec peu de res­sources. La ques­tion qui se pose, c’est “com­ment on va les accom­pa­gner ?” » Le second cas est légè­re­ment dif­fé­rent : « pour Les Passeurs [s’a­dres­sant plu­tôt à des artistes, ndlr], on a une réflexion plus large sur l’u­sage tem­po­raire des lieux. »

 

« L’objectif, estime l’ad­joint à l’ac­tion sociale, est de par­ve­nir à un usage auto­risé par la Ville et de fixer les limites de la res­pon­sa­bi­lité de cha­cun. On se recon­naît les uns et les autres comme légi­times. » Mais quid du contenu concret de cette conven­tion ? À pre­mière vue, cela semble aussi simple que clas­sique : en contre­par­tie du relo­ge­ment, les occu­pants doivent prendre une assu­rance et s’ac­quit­ter des fac­tures d’eau et d’électricité.

 

 

Des mises à disposition « obtenues par la lutte et la pression »

 

Dans les faits pour­tant, de nom­breux col­lec­tifs de sou­tien aux mal-logés et de squat­teurs se montrent très cri­tiques, voire car­ré­ment hos­tiles. Benjamin*, un mili­tant asso­cia­tif fin connais­seur du dos­sier et direc­te­ment concerné, regrette en pré­am­bule que la mai­rie « ne contex­tua­lise pas » ces mises à dis­po­si­tion de bâti­ments : « Elles ont été obte­nues par la lutte et la pres­sion. Pour la mai­son Argouges, Bobby et Plume fai­saient par­tie de l’Assemblée des mal-logés. »

 

Préemptée par la Ville et inoc­cu­pée, cette mai­son de la rue Argouges a fait l’ob­jet d’un conven­tion­ne­ment de la Ville pour accueillir des jeunes SDF avec des chiens. Des asso­cia­tions et squat­teurs cri­tiquent cer­tains termes de la conven­tion, comme le fait que le pro­prié­taire puisse ren­trer quand il le sou­haite dans les lieux. © Manuel Pavard – Place Gre’net

 

Quant à la nature de la conven­tion, il ne la juge « vrai­ment pas ter­rible », égre­nant une lita­nie de reproches. Premier point : « L’association doit prendre en charge toutes les res­pon­sa­bi­li­tés et dépenses qui devraient incom­ber au pro­prié­taire en terme de sécu­rité et salu­brité, comme les frais d’as­su­rance et la res­pon­sa­bi­lité civile. Par exemple, si la foudre tombe sur la mai­son, c’est l’as­so­cia­tion qui est res­pon­sable, la mai­rie se défausse com­plè­te­ment sur elle. »

 

Le texte remet éga­le­ment en cause, selon lui, « le prin­cipe du domi­cile car le pro­prié­taire peut ren­trer à tout moment dans le bâti­ment » pour effec­tuer des tra­vaux ou pour tout autre chose. Autre sujet de cris­pa­tion, le fait que la conven­tion soit dénon­çable à tout moment par l’une des deux par­ties (avec un pré­avis), d’où un « risque d’ex­pul­sion ».

 

Sur bien des points, celle-ci n’est ainsi pas très sécu­ri­sante pour les occu­pants. « C’est juste une mise à l’a­bri tem­po­raire, la mai­rie ne s’en­gage pas à relo­ger les per­sonnes der­rière : Bobby et Plume n’ont aucune garan­tie », ajoute Benjamin.

 

 

« Pas le droit de fumer chez toi »

 

Le mili­tant dénonce en outre « le refus de la mai­rie de prendre en charge les fac­tures d’éner­gie » et une conven­tion « infan­ti­li­sante et liber­ti­cide », qui fixe des règles par­ti­cu­liè­re­ment sur­pre­nantes, pour ne pas dire cho­quantes : « Les gens n’ont pas le droit de fumer ni de boire de l’al­cool à l’in­té­rieur du bâti­ment. »

 

Illustration pour le débat "drogues, alcool et agression : l'équation chimique et sociale de la violence"

Certaines clauses paraissent tota­le­ment obso­lètes et inadap­tées, comme l’in­ter­dic­tion de fumer ou de boire de l’al­cool à l’in­té­rieur des loge­ments. © DR

Andrea, ancienne habi­tante du 72 ave­nue Léon Blum (squat expulsé le 25 octobre 2017), a man­qué de s’é­tran­gler en décou­vrant ces condi­tions : « Tu te rends compte ? Tu es chez toi mais tu n’as pas le droit de fumer ! Même Carignon et Destot n’ont pas osé pro­po­ser des conven­tions aussi pour­ries ! »

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Manuel Pavard

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