Le tétras-lyre un emblème régional menacé. © Bernard Bellon

Le Parc natu­rel régio­nal de Chartreuse se mobi­lise pour sau­ver les der­niers Tétras lyre

Le Parc natu­rel régio­nal de Chartreuse se mobi­lise pour sau­ver les der­niers Tétras lyre

FOCUS – Alors que tou­ristes et locaux inves­tissent les mas­sifs alpins suite aux abon­dantes chutes de neige, des pan­neaux leur signalent désor­mais les zones de refuge hiver­nal des Tétras lyre au niveau du Col de Porte. Un pro­jet né d’une col­la­bo­ra­tion entre le Parc natu­rel régio­nal de la Chartreuse et les acteurs du mas­sif. À l’i­mage ce ce qui s’est fait pré­cé­dem­ment dans le Vercors.

Le tétras-lyre un emblème régional menacé. © Bernard Bellon Face au déclin des Tétras lyre, emblème des massifs alpins, le Parc de Chartreuse et les acteurs locaux ont mis en place des zones de quiétudes.

Le Tétras lyre, un emblème régio­nal menacé. © Bernard Bellon

Après le Grand Tétras, le Tétras lyre connaît à son tour un lent déclin dans les Alpes.

Pour pro­té­ger cette espèce alpine emblé­ma­tique, le Club alpin fran­çais Grenoble Oisans a signé en décembre der­nier une conven­tion de par­te­na­riat avec le Parc natu­rel régio­nal de Chartreuse.

Un par­te­na­riat qui s’est concré­tisé par la mise en place de pan­neaux signa­lé­tiques sur le Col de Porte par les membres des asso­cia­tions spor­tives et les agents du parc. Ce bali­sage « Tous mobi­li­sés autour du Tétras-lyre » vise ainsi à signa­ler aux ran­don­neurs les zones hiver­nales à éviter.

Et pour cause, en hiver, le coq s’en­fouit dans la neige et n’en sort que pour se nour­rir d’ai­guilles et de lichens très peu éner­gé­tiques. Lorsque les ran­don­neurs s’a­ven­turent près de son abri, le Tétras lyre, de nature crain­tive, s’en­vole et consomme ainsi une bonne part de son éner­gie. Un effort qui, s’il est trop de fois renou­velé, peut cau­ser la mort du galliforme.

Les membres du Club Alpin Français de Grenoble Oisans et les agents du parcs ont conjointement balisé les zones de refuges hivernales pour prévenir les randonneurs. © Parc Naturel Régional de Chartreuse Face au déclin des Tétras lyre, emblème des massifs alpins, le Parc de Chartreuse et les acteurs locaux ont mis en place des zones de quiétudes.

Panneaux signa­lé­tiques mis en place autour des zones de refuge hiver­nal. © Parc Naturel Régional de Chartreuse

Aujourd’hui, le Parc de Chartreuse ne dénombre plus que 200 coqs. D’où la néces­sité d’a­gir sur tous les fac­teurs le fra­gi­li­sant (pré­da­tion, pas­to­ra­lisme, chasse, col­li­sion…). Déjà actif dans la pro­tec­tion de l’es­pèce, le Parc anime depuis 2016 un pro­gramme de concer­ta­tion avec les acteurs du mas­sif sur la mise en place d’ac­tions concrètes. Dont la créa­tion de ces zones de refuge hivernal.

Protection et sen­si­bi­li­sa­tion en concer­ta­tion commune

Le Tétras lyre est « un sujet source de conflit », selon Paul Boudin, por­teur du pro­jet et chargé de la bio­di­ver­sité pour le Parc de Chartreuse. La majo­rité des acteurs s’accordent sur le carac­tère emblé­ma­tique de l’animal, sans pour autant en avoir une vision commune.

Malgré tout, une chose est sure, les inter­ven­tions humaines dans le mas­sif, pas­to­rales, tou­ris­tiques ou liées à la chasse ont un impact direct sur le dyna­misme de l’animal. Le parc a donc décidé, en 2016, de regrou­per toutes ces per­cep­tions dans une étude sociologique.

Après concertation, le Parc de Chartreuse et les acteurs locaux ont définis des zones de quiétudes pour les tétras-lyre. ©Parc Naturel de Chartreuse.

Après concer­ta­tion, le Parc de Chartreuse et les acteurs locaux ont défini des zones de refuge hiver­nal pour les Tétras lyre. ©Parc Naturel Régional de Chartreuse

Suite à sa res­ti­tu­tion lors d’une soi­rée débat en sep­tembre 2016, les dif­fé­rents acteurs (chas­seurs, spor­tifs et éle­veurs) se sont réunis en groupe de tra­vail afin de réflé­chir conjoin­te­ment à la pro­tec­tion de l’a­ni­mal. Deux prio­ri­tés : la limi­ta­tion du déran­ge­ment hiver­nal et la sensibilisation.

« Il fal­lait se mettre d’accord sur des sec­teurs pas trop conflic­tuels », déclare Paul Boudin. Ainsi à par­tir de l’in­ven­taire des zones hiver­nales de l’a­ni­mal et des par­cours de ran­don­née, plu­sieurs zones de refuge hiver­nal ont été déli­mi­tées sur les som­mets de Chamechaude et du Charmant Som. La mesure reste pure­ment inci­ta­tive, rien n’obligeant les usa­gers à contour­ner les zones en question.

Le choix d’es­paces « neutres », sans chasse ni pas­to­ra­lisme, per­met de ne pas exclure l’activité humaine des mas­sifs, mais de l’a­dap­ter à la pré­ser­va­tion du Tétras lyre. L’objectif est sur­tout de sen­si­bi­li­ser et de com­mu­ni­quer sur ces zones, « car fina­le­ment les gens sont peu infor­més », sou­ligne Paul Boudin.

La pro­tec­tion du Tétras lyre, gage de biodiversité

Mais pour­quoi pro­té­ger le Tétras-lyre, après tout ? Parce qu’il s’a­git d’une “espèce para­pluie”. Comprenez : pro­té­ger son espace vital est un moyen d’as­su­rer le bio­di­ver­sité du mas­sif. « La pro­tec­tion de cette espèce per­met la pro­tec­tion d’un envi­ron­ne­ment riche », pré­cise Paul Boudin.

Téléski aban­donné au Col du Coq en Chartreuse. © Vandammsky

Dans cette optique, le parc envi­sage d’é­lar­gir ces zones de refuge. Des dis­cus­sions sont en cours pour renou­ve­ler la zone pré­exis­tante du Col du Coq et en amé­na­ger une nou­velle sur la plus grande réserve hiver­nale du parc (Dent de Crolles).

Le parc s’in­té­resse par ailleurs à la péren­nité de l’es­pèce, mise à mal par l’i­so­le­ment géo­gra­phique de la Chartreuse. Car les échanges des Tétras lyre avec les indi­vi­dus des autres mas­sifs sont indis­pen­sables pour un bon bras­sage génétique.

Afin de connaître ces liens, le Parc mène une ana­lyse géné­tique des gal­li­formes. Vous pou­vez ainsi appor­ter votre contri­bu­tion en trans­met­tant au parc les plumes trou­vées dans les montagnes.

Juliette Oriot

Une expé­rience simi­laire menée dans le Vercors

Après sa dis­pa­ri­tion des Ardennes, le Tétras lyre ne reste fina­le­ment plus pré­sent en France que dans les Alpes. Pour les dif­fé­rents parcs d’Isère, sa pro­tec­tion est donc primordiale.

Face au déclin des Tétras lyre, emblème des massifs alpins, le Parc de Chartreuse et les acteurs locaux ont mis en place des zones de quiétudes. © Jacques Blanc - PNM

© Jacques Blanc – PNM

Depuis déjà trois ans, le Parc du Vercors a mis en place une zone de quié­tude sur les Haut pla­teaux du Vercors. Là encore, la signa­lé­tique sert sur­tout à sen­si­bi­li­ser les usagers.

« On ne peut empê­cher les uti­li­sa­teurs d’y accé­der », pré­cise le garde de la réserve du Vercors, Hervé Tournier. Pourtant, bien « qu’il soit com­pli­qué de dire si ces zones pos­sèdent une réelle effi­ca­cité, on a le res­senti que leur fré­quen­ta­tion a tout de même baissé ».

Quoi qu’il en soit, l’é­vo­lu­tion des Tétras lyre semble assez stable depuis une quin­zaine d’an­nées. Pour Hervé Tournier, ils seraient ainsi 200 sur le pla­teau d’a­près l’in­di­ca­teur sex-ratio. Soit le rap­port du nombre de mâles et de femelles au sein de l’es­pèce dans la des­cen­dance d’un individu.

JO

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