Plongée dans l’univers intrigant et fascinant de Barbe Bleue au Petit théâtre du Créarc

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FOCUS – La première représentation du conte Barbe Bleue (qui se tient jusqu’au 30 décembre) avait lieu, lundi 18 décembre, au Petit théâtre du Créarc à Grenoble. Un établissement qui accorde une place toute particulière aux publics et aux comédiens en situation de handicap. En reprenant la trame du conte originel de Charles Perrault, le directeur du Créarc et metteur en scène Fernand Garnier a réussi à proposer une œuvre juste et adaptée à tous. Découverte.

 

 

au Créarc à Grenoble, décembre 2017

Barbe Bleue, inter­prété par Jean Calonne, dans la pièce du même nom. © Lisa Dulac – Placegrenet.fr

« Il était une fois un homme qui avait de belles mai­sons… de la vais­selle d’or et d’argent mais qui, par mal­heur, avait la barbe bleue », raconte la voix-off, selon le texte ori­gi­nal de Charles Perrault.

 

Quand les pro­jec­teurs éclairent sou­dai­ne­ment la petite scène, les enfants semblent  fas­ci­nés. Dans la salle, des rires, quelques cris de sur­prise, mais sur­tout de l’émerveillement.

 

Ce lundi 18 décembre, une cin­quan­taine d’élèves sont venus assis­ter à la pre­mière repré­sen­ta­tion de Barbe bleue, adap­tée par Fernand Garnier au Petit théâtre du Centre de créa­tion de recherche et des cultures (Créarc) à Grenoble. Deux éta­blis­se­ments sco­laires : une école élé­men­taire du Fontanil et l’ins­ti­tut médico-édu­ca­tif (IME) Clé de sol, situé à Eybens.

 

 

L’univers intrigant et fascinant de Barbe bleue

 

Dans la salle plon­gée dans le noir, la ten­sion est pal­pable, mal­gré le jeune âge des spec­ta­teurs, atteints de han­di­cap pour cer­tains. Au fil des scènes, ils vont plon­ger dans l’univers intri­gant et fas­ci­nant de Barbe bleue.

 

Au Créarc à Grenoble, décembre 2017

Anne inter­pré­tée par Cécile Marin et sa sœur Alice (à droite) inter­pré­tée par Letizia Santucci dans la pièce Barbe Bleue. © Lisa Dulac – Placegrenet.fr

 

Les deux sœurs Alice et Anne – inter­pré­tées par les talen­tueuses comé­diennes Letizia Santucci et Cécile Marin – ne cessent de se que­rel­ler pour savoir laquelle d’entre elles épou­sera, contre son gré, le ter­ri­fiant Barbe Bleue, inter­prété sur scène par Jean Calonne. Anne, l’aînée, se montre plus rai­son­nable : « Pourquoi épou­ser quelqu’un que je n’aime pas ? », clame-t-elle.

 

Alice, la cadette, implore sa sœur « mais il faut bien que l’une d’entre nous se dévoue ! Nous sommes libres et nous le res­te­rons tout autant », assure-t-elle sur scène. Finalement envoû­tée par les richesses et le somp­tueux palais de Barbe Bleue, la plus jeune des sœurs, plus can­dide que son aînée, suc­combe et accepte la demande en mariage.

 

Elle n’est alors pas au bout de ses sur­prises. Séduite par une telle pro­fu­sion, elle se lais­sera prendre au piège de sa propre cupi­dité quand elle décou­vrira toute la mons­truo­sité de son mari…

 

 

« Le problème de la violence, c’est ce qu’on en fait »

 

Pour le direc­teur du Créarc et met­teur en scène Fernand Garnier, la volonté d’adapter le conte de Barbe bleue est appa­rue comme une évi­dence : « Je vou­lais depuis long­temps faire une pièce pour jeune public pour les fêtes de Noël. L’idée de Barbe bleue s’est impo­sée à moi », explique-t-il.

 

Au Créarc à Grenoble, décembre 2017

Barbe Bleue (Jean Calonne) s’en prend à Alice (Letizia Santucci). © Lisa Dulac – Placegrenet.fr

Le met­teur en scène est resté rela­ti­ve­ment fidèle au conte de Charles Perrault. Toutefois, « le conte de Perrault est très court. J’ai donc voulu insis­ter et déve­lop­per la rela­tion entre les deux sœurs Alice et Anne », explique-t-il.

 

Malgré la vio­lence du conte de Barbe bleue, Fernand Garnier a réussi à pro­po­ser une œuvre mesu­rée, juste et adap­tée aux enfants. « Le pro­blème de la vio­lence et de l’horreur c’est ce qu’on en fait, à quoi elle sert », explique-t-il.

 

Il insiste ainsi sur la morale de l’histoire qui per­met fina­le­ment à l’héroïne de se libé­rer de ses vices : « Alice fait une expé­rience. Elle découvre que si elle s’abandonne à la séduc­tion de la richesse et des bijoux, elle va faire une tra­ver­sée des enfers. Elle ren­contre son démon inté­rieur Barbe Bleue et, fina­le­ment, elle s’en libère, elle devient plus grande. C’est une sorte de renais­sance pour l’héroïne ».

 

 

Anaïs Mariotti

 

 

LE CRÉARC : LE THÉÂTRE PAR TOUS ET POUR TOUS

 

Le direc­teur du Créarc et son équipe cherchent à faire connaître les pra­tiques théâ­trales au plus grand nombre. Comment ? En accueillant des publics hété­ro­clites et des enfants en situa­tion de han­di­cap, afin de pro­mou­voir la créa­tion théâ­trale. Comme, par exemple, avec les jeunes de l’IME Clé de Sol qui ont assisté à la pre­mière repré­sen­ta­tion de Barbe Bleue.

 

Les trois comé­diens de la pièce Barbe Bleue ont répondu aux ques­tions des élèves de l’é­cole pri­maire du Fontanil et de l’IME Clé de Sol d’Eybens © Anaïs Mariotti – Place Gre’net

De manière géné­rale, l’é­quipe du Créarc porte une atten­tion toute par­ti­cu­lière au han­di­cap, afin d’en­cou­ra­ger l’insertion de ces per­sonnes dans les milieux artis­tiques.

 

Le Créarc accueille ainsi deux fois par semaine des comé­diens défi­cients intel­lec­tuels de l’Association de recherche et d’in­ser­tion sociale des tri­so­miques (Arist), et ce depuis deux ans main­te­nant.

 

Objectif affi­ché ? Les for­mer afin de deve­nir une troupe de comé­diens pro­fes­sion­nels et « par­ta­ger le lan­gage théâ­tral avec l’en­semble de la popu­la­tion dans une pers­pec­tive de citoyen­neté active ».

 

Une compagnie professionnelle de comédiens handicapés

 

« L’Arist pra­ti­quait déjà du théâtre depuis plu­sieurs années. L’association s’est mise en contact avec le Créarc, et nous avons pu éla­bo­rer ce pro­jet », explique Jordan Nicoletti, le chargé de com­mu­ni­ca­tion du théâtre. À la fin de l’an­née sco­laire, un spec­tacle sera pro­posé, avec la volonté de se pro­duire dans plu­sieurs salles de spec­tacle de l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise.

 

Fernand Garnier - Créarc

Fernand Garnier, direc­teur du Créarc et met­teur en scène de Barbe bleue. © Lisa Dulac – Placegrenet.fr

Le Créarc est ainsi le seul théâtre de Grenoble à créer une com­pa­gnie pro­fes­sion­nelle de comé­diens han­di­ca­pés. Les cours – assu­rés par Fernand Garnier, Letizia Santucci et Anne Laure Dubois – pro­po­sés aux comé­diens défi­cients intel­lec­tuels sont sen­si­ble­ment les mêmes que ceux des ate­liers “clas­siques”.

 

« L’idée est de pro­mou­voir le théâtre pour tous et par tous. Nous ne vou­lons pas tom­ber dans le théâtre éli­tiste, ni seg­men­ter les gens », explique Jordan Nicoletti. « Ce sont des valeurs très impor­tantes pour Fernand Garnier et pour l’en­semble de l’é­quipe. Ce sont des moments d’é­change, c’est un pro­jet qui nous tient vrai­ment à cœur et qui est très enri­chis­sant pour les comé­diens et pour nous-mêmes. On les voit prendre plai­sir à jouer sur scène et nous sommes heu­reux à notre tour », conclut-il.

 

 

Informations pratiques

 

Un spec­tacle à décou­vrir au Petit théâtre du Créarc 8 rue Pierre Duclot à Grenoble jusqu’au 30 décembre 2017, à l’exception des 21, 23, 24, 25 et 26 décembre. Pour tous types de publics à par­tir de 5 ans.

 

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