Statu quo pour les migrants hébergés sur le campus, reçus à la préfecture de l’Isère lundi

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Une délégation d’occupants du Patio a été reçue lundi matin à la préfecture pour évoquer la situation de la soixantaine de demandeurs d’asile hébergés depuis deux semaines dans ce bâtiment de l’Université Grenoble-Alpes. À quelques jours de la date-butoir du 22 décembre, cette rencontre n’a débouché sur aucune avancée concrète. La préfecture ne peut proposer qu’un gymnase fermé la journée – sauf en cas de mauvais temps – tandis que les demandeurs d’asile souhaiteraient une solution d’hébergement « digne et pérenne ».

 

 

Une délégation d'occupants du Patio a été reçue lundi à la préfecture pour évoquer la situation de la soixantaine de migrants qui doivent quitter le campus.

Après avoir occupé l’amphi G lundi 4 décembre, les demandeurs d’asile et militants ont déménagé le lendemain vers le Patio, un bâtiment mis à disposition par l’UGA. © Le Patio Solidaire

Vendredi 22 décembre, l’Université Grenoble-Alpes (UGA) fermera ses portes pour les vacances de Noël. Une date attendue avec anxiété par la soixantaine de demandeurs d’asile – et quelques militants associatifs – hébergés depuis le 5 décembre au Patio, un bâtiment inutilisé situé sur le campus et mis à disposition par la présidence de l’UGA au lendemain de l’occupation de l’amphithéâtre G.

 

Ceux-ci sont en effet censés quitter les lieux ce jour-là au plus tard, sans garantie de relogement à partir du 23 décembre. C’est dans ce cadre qu’une délégation de résidents du Patio, composée de sept personnes exilées et d’un représentant de l’association la Cimade, a été reçue à la préfecture ce lundi matin par le sous-préfet Yves Dareau.

 

 

À défaut, « laisser le Patio ouvert »

 

Leurs revendications étaient claires, comme l’explique Nicolas, membre du Patio et de la Patate Chaude : d’une part, « la mise en avant du droit de toute personne à avoir des solutions d’hébergement, quelles que soient la saison et sa situation administrative », d’autre part, « l’accès à un hébergement digne et pérenne ». À défaut d’une autre solution, le collectif demandait à l’université de « laisser le Patio ouvert », en s’opposant à toute tentative d’expulsion de la part des forces de l’ordre.

 

L’extérieur du Patio, un ancien bâtiment de l’UPMF voué à la démolition et dont les sept salles chauffées accueillent les migrants depuis le 5 décembre. © Le Patio Solidaire

 

Après plus d’une heure d’entretien, les membres de la délégation sont sortis apporter les nouvelles aux migrants et militants venus les soutenir devant la préfecture. D’emblée, les mines déconfites traduisent leur déception. « Aucune solution satisfaisante », déplore Amadou, un jeune Guinéen porte-parole des demandeurs d’asile, qui précise les propositions du sous-préfet : « Il nous a parlé de deux gymnases disponibles [dans le cadre du plan grand froid] : un gymnase pour les familles, ouvert la journée, et un autre pour les hommes seuls, fermé la journée sauf en cas de mauvais temps. »

 

Une option loin d’emballer les résidents du Patio. « Le Patio n’est pas parfait, il n’y a pas de douches, reconnaît l’un d’eux, mais au moins, on est tous ensemble et surtout, on peut rester au chaud, sur place, pendant la journée. »

 

 

Université et préfecture se renvoient la balle

 

Quid de l’après-22 décembre ? « La préfecture a dit qu’il n’y aurait une intervention de la police que si la présidence de l’université le demandait, indique Nicolas. Cela contredit la communication de l’université, selon laquelle c’est la police qui déciderait d’une expulsion. » La présidence de l’UGA et la préfecture semblent donc se renvoyer la balle.

 

Interrogé à ce sujet, Joris Benelle, directeur général des services (DGS) de l’UGA, précise sa position : « Il y a deux perspectives. Y a-t-il trouble à l’ordre public ou pas ? Aujourd’hui, il n’y a clairement pas de trouble, donc si on voulait qu’ils partent, cela relèverait effectivement de l’université. Par contre, s’il y a un trouble manifeste, cela change la donne. »

 

Les occupants du Patio ont construit une cabane destinée à servir de cuisine. © Le Patio Solidaire

 

Une posture un peu ambiguë au premier abord, le DGS ne se prononçant pas sur l’après-22 décembre : « On a une réunion avec le préfet demain [ce mardi] et on attend de le voir avant de se positionner. » Pour les occupants du Patio, la déclaration du sous-préfet fournit en tout cas des arguments pour la négociation en cours : « On doit donc continuer à mettre la pression sur la présidence de l’université pour qu’elle s’engage à ne pas demander d’expulsion. » En attendant, le collectif « maintient [son] appel à un rassemblement le 22 décembre, à midi, devant le Patio ».

 

 

Manuel Pavard

 

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Commentaires 4
  1. C’est pourtant pas les bâtiments qui manquent à Grenoble et qui peuvent être réquisitionnés.
    Allez, au hasard, Villa Clémentine, la Plateforme etc.

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  2. Si les squatteurs du Patio sont des demandeurs d’asile, la Préfecture (donc l’Etat) doit leur proposer un hébergement digne (sans les laisser errer dans les rues la journée) en application des textes sur la demande d’asile. Point/barre

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    • Non, pas forcément. Toux ceux qui ont déposé une demande d’asile dans un autre état Européen ne bénéficient pas de droit à l’hébergement en France.

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      • Vous oubliez simplement le code de l’action sociale (art 345) qui prévoit l’hébergement des personnes en détresse, ainsi que la constitution, et enfin la convention européenne des droits de l’homme. Et la simple humanité qui pourrait sous-tendre une politique digne de ce nom.
        Pas de miracle à attendre d’un ministre qui déclare : « Qu’ils aillent déployer leur savoir-faire ailleurs »
        Les grenouilles que nous sommes vont-elles s’habituer à ces violences, ou vont-elles réagir avant que le bocal ne rentre en ébullition?

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