Cancer du sein : “Il faudrait que 70 % des femmes de 50 à 74 ans effectuent leur dépistage”

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TROIS QUESTIONS À – Philippe Gabelle, président de l’Office de lutte contre le cancer (ODLC) Isère se réjouit du partenariat entre l’ODLC et les Brûleurs de Loups. Dans le cadre de l’opération Octobre rose, les hockeyeurs grenoblois vont en effet arborer un maillot rose face à Épinal ce vendredi 6 octobre à 20 heures. Des tuniques vendues aux enchères, dont l’intégralité des bénéfices sera reversée à la lutte contre le cancer du sein*.

 

 

 

Place Gre’net – Que représente ce partenariat pour l’ODLC ?

 

Docteur Philippe Gabelle – C’est quelque chose de capi­tal. Personnellement, je suis le hockey sur glace depuis l’ouverture de la pati­noire [Clémenceau, ndlr] en 1964, à l’époque de Pete Laliberté. Je l’ai vu se déve­lop­per sur Grenoble et cela m’a tou­jours pas­sionné. C’est un sport magni­fique, avec des ath­lètes bara­qués, un jeu rude… On se rend compte que plus les gens sont rudes sur la glace et dans leur sport, plus ils ont de sen­si­bi­lité. Nous sommes dans un par­te­na­riat qui est, à mon avis, par­fait. Nous béné­fi­cions des Brûleurs de Loups parce qu’ils portent haut les cou­leurs de Grenoble, qu’ils ont la confiance des Grenoblois. Je crois que nous ne pou­vions pas espé­rer meilleure asso­cia­tion. […]

 

Philippe Gabelle, président de l'ODLC et Matthieu Le Blond, joueur des Brûleurs de Loups. © Laurent Genin

Philippe Gabelle, pré­sident de l’ODLC et Matthieu Le Blond, joueur des Brûleurs de Loups. © Laurent Genin

S’il y a un mes­sage à faire pas­ser par les spor­tifs, c’est : “bou­gez, faites du sport !” 40 % des can­cers pour­raient être évi­tés par de la pré­ven­tion. La pré­ven­tion pri­maire, c’est : “Faites du sport, man­gez sai­ne­ment, pas d’alcoolisme, pas de taba­gisme”. Faire du sport, ce n’est pas uni­que­ment faire du hockey sur glace, c’est jar­di­ner, faire ses courses, son ménage, mar­cher, avoir une acti­vité phy­sique au moins trente minutes par jour. […]

 

Ensuite, il y a la pré­ven­tion secon­daire : dépis­ter des can­cers de plus en plus petits voire même des états pré­can­cé­reux, pour d’autres can­cers. C’est là où nous nous situons. Plus les can­cers sont dépis­tés tôt, moins les trai­te­ments sont lourds, en géné­ral, et donc moins on a les effets secon­daires.

 

C'est la deuxième année que les Brûleurs de Loups, ici en 2016, s'associent à l'opération "Octobre rose". © Fabien Baldino

C’est la deuxième année que les Brûleurs de Loups s’as­so­cient à l’o­pé­ra­tion Octobre rose. , ici en 2016. © Fabien Baldino

 

Où en sommes-nous du dépistage du cancer du sein en Isère ? Des progrès sont-ils constatés ?

 

Il y a des pro­grès mais les pour­cen­tages se gagnent petit à petit. Nous avons à peine plus de 50 % de la popu­la­tion fran­çaise de femmes ciblées, de 50 à 74 ans, qui effec­tuent leur dépis­tage. En Isère, nous sommes à 58 %. C’est satis­fai­sant mais encore insuf­fi­sant. Il fau­drait que nous arri­vions à 70 %. C’est le but pour avoir un impact sur la mor­ta­lité par can­cer du sein qui soit de 30 %. À l’heure actuelle, nous esti­mons que nous sommes entre 15 et 21 % de béné­fices en terme de mor­ta­lité sur les can­cers du sein par le dépis­tage tel qu’il est.

 

Jacques Reboh, président des Brûleurs de Loups, et Philippe Gabelle, président de l'Office de lutte contre le cancer en Isère. © Laurent Genin

Jacques Reboh (à gauche), pré­sident des Brûleurs de Loups : « Nous contri­buons à une toute petite hau­teur par notre sou­tien, mais la volonté est d’accompagner ce pro­jet et peut-être demain d’être moteurs et d’aller encore plus loin. » © Laurent Genin

En Isère, nous sommes bien pla­cés par rap­port aux autres dépar­te­ments. Il faut savoir que Grenoble a été un des pre­miers sites de dépis­tage. La struc­ture a été recon­nue en 1990. Et le dépis­tage a com­mencé à se dis­cu­ter dans les années 1982 – 1983.

Il faut à tout prix des mani­fes­ta­tions comme celle-là pour le faire connaître et pour ras­su­rer les per­sonnes, parce qu’il y a des anti-dépis­tages, comme il y a des anti-vac­ci­na­tions. Et ceux-là parlent très fort.

Il faut arri­ver à ras­su­rer les patientes un peu hési­tantes qui auraient ten­dance à bas­cu­ler dans la voie de “la faci­lité” en se disant : “Je ne vais pas faire mon dépis­tage”.

 

 

Quels sont les pistes pour augmenter ce taux de dépistage ?

 

Faire savoir les résul­tats et les béné­fices du dépis­tage. 80 % des can­cers du sein se déve­loppent au-delà de 50 ans. Nous avons là une popu­la­tion que nous ciblons. À cet âge-là, les seins sont net­te­ment moins denses qu’à 35 ou 40 ans. Or faire une mam­mo­gra­phie tous les deux ans n’a jamais induit un risque de can­cer du sein. Il faut le faire savoir et aller au-devant de la popu­la­tion, la ras­su­rer. Toute l’équipe de l’ODLC tra­vaille avec beau­coup de pug­na­cité pour amé­lio­rer ce dépis­tage.

 

Propos recueillis par Laurent Genin

 

 

* Avec 54 062 cas esti­més en 2015 en France, ce can­cer est le plus fré­quent et le plus mor­tel chez la femme avec 11 913 décès esti­més en 2015.

 

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