Relations Ville de Grenoble / médias : Alain Carignon réclame une commission indépendante

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FOCUS – Réagissant à l’article publié le 3 mai dernier sur Place Gre’net au sujet des relations de travail entre notre média et la Ville de Grenoble, Alain Carignon, ancien maire de Grenoble et actuel délégué Les Républicains, réclame la constitution d’une commission d’enquête indépendante.

 

 

 

Réelle pré­oc­cu­pa­tion ou ten­ta­tive de récu­pé­ra­tion ? Suite au témoi­gnage de la direc­trice de publi­ca­tion de Place Gre’net sur le com­por­te­ment de la Ville de Grenoble à l’é­gard de notre média, Alain Carignon a saisi la balle au bond.

 

« Les révé­la­tions du jour­nal en ligne Place Gre’Net […] et la déci­sion de la muni­ci­pa­lité Piolle de sup­pri­mer ses achats d’espaces à ce média tant que celui-ci ne se plie­rait pas à ses injonc­tions indignent tous les démo­crates. La pres­sion de l’argent pour contraindre à obéir, exer­cée avec bru­ta­lité et cynisme, décrite en détail par le jour­nal, éclaire à nou­veau tris­te­ment sur les pra­tiques de la muni­ci­pa­lité », écrit ainsi l’an­cien maire de Grenoble dans un com­mu­ni­qué.

 

Alain Carignon en conversation avec Pascal Clouaire et Jérôme Safar durant le dépouillement de la votation citoyenne et du budget participatif 2016. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Alain Carignon en conver­sa­tion avec Pascal Clouaire et Jérôme Safar durant le dépouille­ment de la vota­tion citoyenne et du bud­get par­ti­ci­pa­tif 2016. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

« Ces méthodes d’un autre temps démontrent que la muni­ci­pa­lité abuse de l’argent public au ser­vice d’un seul clan et s’attaque aux moyens d’information les plus récents pour ten­ter de les faire taire défi­ni­ti­ve­ment. »

 

 

 

Une commission indépendante « pour mieux répartir la manne publicitaire »

 

 

Pour l’an­cien maire, « si les grands médias peuvent se mettre à l’abri de ces méthodes, la résis­tance des plus fra­giles est dif­fi­cile et méri­toire. Grenoble doit défendre la liberté et la plu­ra­lité de la presse mises à mal par ces pro­cé­dés nau­séa­bonds. »

 

Voeux de Éric Piolle à la presse le 17 janvier 2015 - Bibliothèque Yateb Kacin © Joel Kermabon - placegrenet.fr

Vœux à la presse d’Éric Piolle, à la Bibliothèque Kateb Yacine le 17 jan­vier 2015, durant les­quels le maire a rap­pelé l’im­por­tance d’une presse libre et indé­pen­dante, suite à l’at­ten­tat dans les locaux de Charlie Hebdo. © Joël Kermabon – placegrenet.fr

Alain Carignon juge ainsi « indis­pen­sable » de créer une com­mis­sion d’en­quête indé­pen­dante « qui enquê­te­rait sur ces faits d’une extrême gra­vité pour la liberté de la presse ».

Et réclame, de sur­croît, que cette com­mis­sion soit « char­gée de défi­nir des cri­tères objec­tifs de répar­ti­tion de la manne publi­ci­taire de plus en plus impor­tante de la ville et de la Métro ».

 

Une demande envoyée le 4 mai der­nier à la quasi tota­lité des médias locaux… Mais qui n’a, a priori, trouvé aucun écho à ce jour.

 

 

 

Grenoble le changement commente… les commentaires sur Place Gre’net

 

 

Sans sur­prise, le site de la droite “cari­gno­nienne” Grenoble le chan­ge­ment n’a pas man­qué de reprendre le témoi­gnage paru dans Place Gre’net. Tout comme il avait volon­tiers relayé l’ar­ticle peu élo­gieux que Le Canard enchaîné avait publié sur la ques­tion des fer­me­tures de biblio­thèques, dans son édi­tion du 29 mars.

 

Mais ce sont sur­tout quelques com­men­taires d’in­ter­nautes réagis­sant à l’ar­ticle de notre direc­trice de publi­ca­tion qui sus­citent l’ire des Républicains ten­dance Carignon. Quitte à ce que ces der­niers spé­culent sur leur iden­tité.

 

Le commentaire du fameux Enzol, derrière lequel Grenoble le changement croit identifier Enzo Lesourt.

Le com­men­taire du fameux Enzol, der­rière lequel Grenoble le chan­ge­ment croit iden­ti­fier Enzo Lesourt.

 

« Des inévi­tables inter­ven­tions ultra mino­ri­taires des membres du ser­vice de com­mu­ni­ca­tion, des parents et alliés de la muni­ci­pa­lité qui jouent aux naïfs dans leur com­men­taire », estime ainsi l’au­teur de l’ar­ticle. Bien qu’au­cun élé­ment en notre pos­ses­sion ne per­mette d’é­tayer pareille affir­ma­tion.

 

 

 

Le conseiller spécial du maire vilipendé par la droite “carignonienne”

 

 

Grenoble le chan­ge­ment cible plus pré­ci­sé­ment le conseiller du maire de Grenoble, Enzo Lesourt, accusé d’être le “Enzol” ayant publié un com­men­taire par­ti­cu­liè­re­ment agres­sif à notre endroit. « Enzo Lecourt (sic) uti­lise la calom­nie, cherche la dis­qua­li­fi­ca­tion, conduit des attaques per­son­nelles viles en des­sous de la cein­ture, dans la grande tra­di­tion de l’extrême gauche gre­no­bloise. » Les auteurs du texte vont même jus­qu’à exi­ger d’Éric Piolle des excuses publiques.

 

Mais, là encore, en fonc­tion des don­nées dont nous dis­po­sons, il appa­raît comme peu pro­bable que le fameux Enzol soit Enzo Lesourt. Injures insanes, nom­breuses fautes, men­tion de “Robert Londres“ au lieu d’Albert, uti­li­sa­tion d’une adresse mail jetable à l’a­ban­don depuis… Sauf démenti, la simi­li­tude entre le pseu­do­nyme de notre com­men­ta­teur et les nom et pré­nom d’Enzo Lesourt appa­raît bien plus comme l’œuvre d’un “troll”. Ou d’un ama­teur de billard à douze bandes.

 

Le commentaire d'Alan Confesson qualifiant Place Gre'net de "média d'opposition" sur le compte Facebook de Jérôme Safar, auteur de la capture d'écran, avant sa dépublication par l'élu de la majorité.

Le com­men­taire d’Alan Confesson qua­li­fiant Place Gre’net de « média d’op­po­si­tion » sur le compte Facebook de Jérôme Safar, auteur de la cap­ture d’é­cran, avant sa dépu­bli­ca­tion par l’élu de la majo­rité. DR

 

En réa­lité, aucune réac­tion offi­cielle ou offi­cieuse d’un res­pon­sable de la muni­ci­pa­lité de Grenoble n’a été pour le moment dif­fu­sée suite à la paru­tion de notre témoi­gnage. À l’ex­cep­tion d’un com­men­taire du conseiller muni­ci­pal Alan Confesson, déposé sur le mur Facebook de Jérôme Safar, et sup­primé rapi­de­ment par son auteur (cf. ci-des­sus).

 

Pas sûr que la pro­po­si­tion de Grenoble le chan­ge­ment entraîne davan­tage de réac­tions…

 

 

 

Florent Mathieu

 

 

Il y a 28 ans… Alain Carignon et l’affaire de la “razzia sur le Canard”

 

 

Alain Carignon © Nils Louna

Alain Carignon © Nils Louna

Les rela­tions entre la presse et Alain Carignon ne sont elles-mêmes pas exemptes d’a­ni­croches. Grenoble le chan­ge­ment ne manque notam­ment pas de cri­ti­quer France Bleu Isère, s’es­ti­mant « boy­cotté » lorsque le média ne se rend pas à l’une de ses confé­rences de presse.

 

Dans un passé plus loin­tain, l’an­cien maire de Grenoble fut soup­çonné d’a­voir voulu faire dis­pa­raître des kiosques gre­no­blois les exem­plaires du Canard enchaîné, qui avait sorti un article gênant.

 

Une anec­dote que rap­porte Laurent Martin dans son ouvrage Le Canard enchaîné ou les Fortunes de la vertu (Flammarion, 2001, page 485).

 

« C’est cette étoile mon­tante de la poli­tique [Alain Carignon, ndlr] qu’at­tei­gnit de plein fouet, le 1er février 1989, l’ar­ticle de Jean-François Julliard inti­tulé “Carignon nou­veau record­man de l’ar­doise élec­to­rale”. Le rédac­teur […] révé­lait le mon­tant très élevé (20 mil­lions de francs, record natio­nal) des dépenses enga­gées par le can­di­dat pour assu­rer sa réélec­tion, et les contri­bu­tions d’un cer­tain nombre d’en­tre­prises. »

 

« Furieux, pour­suit Laurent Martin, le maire de Grenoble fit rache­ter en sous-main, par de pseudo-étu­diants et pseudo-ensei­gnants, tous les exem­plaires du Canard enchaîné. Trois mille exem­plaires échap­pèrent néan­moins à sa vigi­lance et, avec l’é­cho que donna Le Monde à cette “raz­zia”, ali­men­tèrent la ville en sujets de conver­sa­tion. Ce qui n’empêcha pas Alain Carignon d’être réélu. »

 

 

Des étudiants, des enseignants et une femme blonde à la manœuvre

 

Quand le canard parlait d'Alain Carignon, ici en octobre 1994. DR

Quand le canard par­lait d’Alain Carignon, ici en octobre 1994. DR

Dans son ouvrage publié à l’oc­ca­sion de son cen­te­naire, 100 ans, un siècle d’ar­ticles et de des­sins (Seuil, 2016, page 392), Le Canard enchaîné revient lui-même sur l’é­pi­sode.

 

Il décrit, lui aussi, des ache­teurs en masse d’exem­plaire du Canard, se pré­sen­tant comme des étu­diants ou des ensei­gnants. Ainsi qu’une « élé­gante et mys­té­rieuse femme blonde, en man­teau de four­rure noire » dont la R4 était emplie de numé­ros du jour­nal.

 

Mais si les cir­cons­tances sont pour le moins trou­blantes, il ne demeure aucune preuve concrète qu’Alain Carignon ait bien été der­rière ces achats de masse de l’heb­do­ma­daire sati­rique. Sans doute une heu­reuse coïn­ci­dence, qui per­mit iro­ni­que­ment au Canard de réa­li­ser une vente record dans la Capitale des Alpes. L’article, quant à lui, fut repu­blié dès la semaine sui­vante.

 

Les enquêtes du Canard Enchaîné dans les années 90 ont, du reste, pré­cédé la mise en exa­men d’Alain Carignon qui l’a obligé à démis­sion­ner de son poste de ministre de la Communication d’Édouard Balladur. Avant qu’il ne soit fina­le­ment condamné en 1996 à quatre ans de pri­son ferme.

 

 

 

MC2 - La morsure de l
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Commentaires 3
  1. Qui c’est Carignon ? Ah oui ! l’an­cien ministre de l’en­vi­ron­ne­ment qui avait ordonné au nuage de Tchernobyl de ne pas entrer dans notre beau pays. Vu son état, le nuage n’a pas obéi et comme dans tout bon ouvrage de SF, la créa­ture (le nuage) se retourne contre son « inven­teur », le ministre.
    Bon, trêve de plai­san­te­rie, com­ment le sieur Carignon ose encore l’ou­vrir sur l’emploi de l’argent public ? Il veut une com­mis­sion d’en­quête « indé­pen­dante » ? que veut dire « indé­pen­dante » pour lui ?

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  2. Vivement qu’il se taise pour de bon. Carignon (et ses potes), après avoir pro­fité des années de la ville, arna­qué les Grenoblois, cherche à reve­nir par n’im­porte quel moyen. Son site Grenoble le Changement est un ramas­sis de contre-véri­tés et d’ex­tra­po­la­tions qui contri­bue au manque de cré­di­bi­lité de la droite gre­no­bloise (ce dont je ne me plains pas).
    J’ai déjà eu des pro­blèmes per­son­nels avec ce site qui récu­père tout se qui se passe à Grenoble pour en faire de la fausse polé­mique. Ces gens sont infré­quen­tables.
    Merci à Place Grenet pour démê­ler le vrai du faux, c’est à dire expli­quer les « mau­vaises manières » déce­vantes de la muni­ci­pa­lité Piolle, et les « fake news » et autres bidon­ne­ries de Carignon et son équipe (une dizaine de per­sonnes, que Le Postillon a lar­ge­ment cerné dans son numéro de l’au­tomne der­nier).

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  3. 1) Gloire à Monsieur CARIGNON que la Grâce à tou­ché.
    Lui qui a tru­qué, tri­ché s’est fait condamné, lui qui a tant divisé son par­tit en local retrouve enfin le che­min de l’es­pé­rance et se décide dans sa man­sué­tude de nous éclai­rer de ses bons, de ses pro­di­gieux (au sens pro­digue) conseils sur la Vertu et le Vice.
    Cet homme a changé, il est pour la clarté, il avance avec bien­veillance et ne sou­haite plus se cor­rompre avec des acti­vi­tés sales, pro­pices au coups bas, à la mani­gance et ceci pour sa gloire, et pour le bon­heur de nos yeux – à le lire, de nos oreilles – à l’é­cou­ter.

    2) Sinon il n’est juste qu’un odieux hypo­crite.

    Le prin­temps porte à l’es­poir, j’opte pour le pre­mier cas de figure

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