Parc Valmy à Grenoble : le camp de migrants fait de la résistance

sep article

REPORTAGE – Depuis la mi-février, plusieurs dizaines de migrants, venus principalement d’Albanie et de Macédoine, ont établi un campement de fortune dans le parc Valmy, derrière le Stade des Alpes. Cette occupation, initiative de l’Assemblée des locataires, mal logé-e-s et sans logement, visait à dénoncer les expulsions sans relogement et à exiger la réquisition des hébergements vacants. Deux mois après pourtant, la situation semble au point mort et le camp Valmy voit ses effectifs gonfler au fil des semaines, au point d’atteindre la centaine ces derniers jours. Sur place, les demandeurs d’asile, dont une majorité de familles avec enfants, dorment sous des tentes et survivent dans des conditions précaires. Un quotidien fait de solidarité et “système D”.

 

 

 

Le camp Valmy est situé dans le parc du même nom, juste derrière l'entrée est du Stade des Alpes. © Manuel Pavard, Place Gre'net

Le camp Valmy est situé dans le parc du même nom, derrière l’entrée Est du Stade des Alpes. © Manuel Pavard, Place Gre’net

Un jeudi de la mi-mars. Derrière l’entrée Est du Stade des Alpes, le parc Valmy, bande de verdure jouxtant l’avenue éponyme, à deux pas des berges de l’Isère, s’anime à la tombée de la nuit.

 

Comme presque tous les soirs depuis un mois, une partie des habitants du camp se sont installés sur des chaises en plastique et rondins de bois, disséminés autour du brasero artisanal.

 

Le feu apporte une lumière et une chaleur bienvenues, alors que la fraîcheur de ces ultimes soirées d’hiver hérisse gentiment les poils. On discute, on plaisante, on rigole même parfois. Des instants de répit unanimement appréciés, au milieu d’un quotidien aussi incertain que morose.

 

 

 

« Le Samu ne vient plus ici »

 

 

Cette fois-là pourtant, Viktor* se tient à l’écart des joutes verbales, visiblement inquiet : sa fille de deux ans pleure dans ses bras, elle traîne depuis la veille une fièvre de 39 °C. Le paracétamol n’a pas fait baisser sa température et, ici, personne n’est médecin. Le père de famille macédonien sollicite donc l’aide de Raphaël. Membre de l’Assemblée des locataires, mal logé-e-s et sans logement, ce dernier vit depuis le début de l’occupation sur le camp, dont il est devenu une sorte d’intendant et référent officieux.

 

Chaque soir, les occupants du camp allument un feu pour se chauffer, s'éclairer, mais aussi partager un moment convivial. © Manuel Pavard, Place Gre'net

Chaque soir, les occupants du camp allument un feu pour se chauffer, s’éclairer, mais aussi partager un moment convivial. © Manuel Pavard, Place Gre’net

Dans un monde “normal”, en cas de crainte ou d’urgence, on appelle le 15. Problème : « Le Samu ne vient plus ici », s’indigne Raphaël. Reste les urgences mais Viktor craint de « ne pas réussir à [se] faire comprendre », sa maîtrise du français se limitant à quelques mots.

Heureusement, la fièvre se stabilise et après discussion, décision est prise d’emmener la fillette à Médecins du monde le lendemain matin.

 

Finalement, tout sera bien qui finit bien mais – cet exemple l’illustre parfaitement – sur le camp, même les situations les plus banales peuvent s’avérer problématiques.

 

 

 

Des conditions de vie précaires, sans eau courante ni électricité

 

 

Comme la plupart des autres familles présentes, Viktor, sa femme et ses enfants dorment depuis bientôt deux mois sous la tente, dans le parc Valmy. Tout est parti d’une action émanant de l’Assemblée des locataires, mal logé-e-s et sans logement, née au début de l’hiver 2015 et regroupant des locataires précaires, des personnes à la rue et des membres de divers collectifs et associations.

[…]

La suite du contenu est réservé aux abonnés

Connectez vous…

Veuillez vous connecter pour accéder à cette page.
S'inscrire

 

…ou choisissez votre abonnement ci-dessous !

commentez lire les commentaires
4807 visites | 2 réactions
logos commentaires logos commentaires

Commentez ou réagissez

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Votre commentaire sera publié dans les plus brefs délais, après modération.

Commentaires 2
  1. sep article
    • ça m’étonnerait que la Préfecture promeuve les jardins partagés, car si quelqu’un peut vider le camp, sous prétexte, par exemple d’insalubrité et donc de danger, c’est bien la préfecture, pas la mairie. En plus, les demandeurs d’asile, c’est du domaine de l’Etat, c’est à lui à héberger toutes ces personnes. Si le camp grossit, c’est aussi parce que la préfecture n’a pas prolongé les hébergements d’hiver, contrairement à ce qui avait été dit. Il y a des centaines de gens dans la rue, en plus de ceux qui y étaient déjà.

      sep article