Alpes là ! : l’expo photo du Musée dauphinois bouleverse notre vision des massifs alpins

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FOCUS – Le Musée dauphinois a inauguré ce jeudi 23 mars une double exposition photographique, Alpes là !, aussi contrastée que complémentaire. Les deux photographes Éric Bourret et Emmanuel Breteau envisagent les massifs alpins de manière étrangement graphique pour l’un, humaine et complice pour l’autre. L’association de leurs travaux offre, de la montagne et de ses habitants, une vision aussi artistique que touchante.

 

 

 

Oisans, février 2015 © Éric Bourret

Oisans, février 2015 © Éric Bourret

Le Musée dau­phi­nois pos­sède l’une des pho­to­thèques les plus riches concer­nant l’arc alpin. La double expo­si­tion pho­to­gra­phique, Alpes là !, inau­gu­rée jeudi 23 mars, s’inscrit donc tout natu­rel­le­ment dans cette rela­tion de longue date que le musée entre­tient avec ce sup­port.

 

Mais en fait de daguer­réo­types, néga­tifs sur verre, auto­chromes et autres vues sté­réo­sco­piques, qui com­posent en par­tie le fonds du musée, Alpes là ! pré­sente les cli­chés de deux pho­to­graphes contem­po­rains, dont les points de vue et les méthodes semblent aux anti­podes.

 

Lors des hivers 2015 – 2016, Éric Bourret, pho­to­graphe mar­cheur, a arpenté les mas­sifs de Belledonne, du Dévoluy, de l’Oisans et du Vercors à la demande du musée dau­phi­nois.

 

Il en a rap­porté des cli­chés d’une grande beauté gra­phique. À l’esthétisme de ces pho­to­gra­phies, remar­qua­ble­ment dis­po­sées dans trois des salles du musée, répond la ten­dresse du regard que porte Emmanuel Breteau sur les habi­tants du Trièves.

 

Quand l’un pri­vi­lé­gie la beauté plas­tique des images, l’autre s’engage vers une démarche docu­men­taire au long cours. Grâce à cette confron­ta­tion, très judi­cieuse, se construit pour le spec­ta­teur une image renou­ve­lée des mas­sifs alpins et des habi­tants qui les peuplent.

 

 

 

Un carnet de marche à la beauté froide

 

 

Belledonne, 2016 © Éric Bourret

Belledonne, 2016 © Éric Bourret

Le pho­to­graphe Éric Bourret par­court moyenne et haute mon­tagne depuis vingt-cinq ans. C’est jus­te­ment son sta­tut de « pho­to­graphe-arpen­teur de pay­sage », comme il se désigne lui-même, qui a convaincu le musée dau­phi­nois de lui pas­ser com­mande.

 

Durant deux sai­sons hiver­nales, l’artiste a donc posé son regard sur les flancs blan­chis des mas­sifs alpins. On est saisi par la froide miné­ra­lité qui s’échappe de ses gros plans de pentes rocheuses. Le pay­sage, chez lui, devient espace pic­tu­ral, matière à rêve­rie. Via cette lec­ture gra­phique de la mon­tagne, les skieurs valent plus en tant que touches de cou­leur aci­du­lée qu’en tant que pré­sence humaine (cf. cli­ché ci-des­sus).

 

En mul­ti­pliant les prises de vues sur une même image, le pho­to­graphe joue de même avec le mou­ve­ment. L’effet trem­blé, ou tam­ponné, qui en résulte n’est pas sans rap­pe­ler, là encore, cer­taines expé­ri­men­ta­tions pic­tu­rales. Se dégage de l’ensemble une aus­té­rité qui n’entame en rien la beauté des cli­chés. En outre, l’ascétisme croisé là paraît nous pré­pa­rer idéa­le­ment à rece­voir l’empathie et la cha­leur de l’exposition sui­vante signée Emmanuel Breteau.

 

 

 

Les habitants du Trièves, tout en douceur et en humanité

 

 

Sophie Leroy, paysanne-boulangère à Saint-Jean-d’Hérans, décembre 2015 © Emmanuel Breteau

Sophie Leroy, pay­sanne-bou­lan­gère à Saint-Jean‑d’Hérans, décembre 2015 © Emmanuel Breteau pain à la ferme de la Salamandre avec Sophie et Yannick.

En pre­mier lieu, la tem­po­ra­lité est dif­fé­rente. Deux sai­sons pour Éric Bourret contre vingt années pour Emmanuel Breteau. Lequel fai­sait figure de néo-rural lorsqu’il s’est éta­bli dans le Trièves il y a deux décen­nies.

 

Pour le Parisien, la photo a d’abord été le moyen de ren­con­trer les habi­tants. C’est alors qu’il a com­pris qu’il cap­tait là une culture rurale en pleine muta­tion. Son tra­vail a donc pris un tour plus docu­men­taire, sans jamais se dépar­tir du plai­sir de la ren­contre, qu’on sent pré­gnante chez le pho­to­graphe.

 

Son expo­si­tion « Trièves. Tournant de siècle, 20 ans de pho­to­gra­phie avec les habi­tants » ne prend pour­tant pas pour seuls sujets les anciens occu­pants de ce ter­ri­toire. Elle se penche éga­le­ment sur les néo-ruraux qui renouent notam­ment avec les pra­tiques agri­coles d’autrefois.

 

La beauté des com­po­si­tions et la sub­ti­lité des noirs et blancs, qui caressent pareille­ment anciens et nou­veaux habi­tants du ter­ri­toire, contri­buent, par le regard, à récon­ci­lier de façon douce et émou­vante ces deux sphères si proches et éloi­gnées à la fois.

 

 

Adèle Duminy

 

Comice agricole à Prébois, août 2003 © Emmanuel Breteau

Comice agri­cole à Prébois, août 2003 © Emmanuel Breteau

 

 

 

INFOS PRATIQUES

 

Alpes là ! Double expo­si­tion pho­to­gra­phique au Musée dau­phi­nois

 

Éric Bourret

Carnet de marche 2015.16

Belledonne, Dévoluy, Oisans, Vercors

Exposition pré­sen­tée du 24 mars au 23 octobre 2017

 

Trièves. Tournant de siècle

Emmanuel Breteau

20 ans de pho­to­gra­phie avec les habi­tants

Du 24 mars au 4 sep­tembre 2017

 

Pays Voironnais, un jour, une activité
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