Les élèves de l’école Bajatière lèguent une capsule temporelle aux enfants de 2046

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REPORTAGE – En l’an 2046, les élèves qui fréquentent l’école primaire Bajatière devront ouvrir une capsule temporelle, que leur ont préparée les élèves d’aujourd’hui. Une sorte de devoir de mémoire, destiné aux enfants du futur… en présence des enfants du passé, devenus grands ! Ce lundi 11 juillet, la municipalité de Grenoble votera une délibération qui l’engage à préserver, coûte que coûte, cette capsule temporelle pendant les trente prochaines années.

 

 

 

Ecole primaire Bajatière, la capsule temporelle est enfermée dans cette stèle de béton. Elle sera réouverte par les élèves qui fréquenteront l'école, en 2046. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

La cap­sule tem­po­relle enfer­mée dans cette stèle de béton sera réou­verte par les élèves qui fré­quen­te­ront l’é­cole pri­maire Bajatière en 2046. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

 

Sur le bloc de béton, tous les élèves de l’é­cole pri­maire Bajatière de l’année sco­laire 2015 – 2016 ont gravé leur pré­nom, ce qui donne au paral­lé­lé­pi­pède rec­tangle gris un aspect tes­ta­men­taire trou­blant…

 

Enfermée dans le bloc, une cap­sule tem­po­relle métal­lique – endor­mie telle la Belle aux bois dor­mant – devrait tra­ver­ser les trente pro­chaines années sans une égra­ti­gnure. Nul ne pourra oublier ce qu’elle ren­ferme car deux pan­neaux d’explication ont été affi­chés dans le ves­tiaire de l’école, où la cap­sule est entre­po­sée. Les années défi­le­ront. Les élèves de l’école Bajatière vien­dront s’asseoir, grim­per sur le bloc en béton, cha­hu­ter, poser leur car­table, ajou­ter peut-être leur propre griffe sur la stèle.

 

UNEEcoleBajatiereDansLaCapsuleTemporellePour2046CreditEcoleBajatiere

Dans la cap­sule tem­po­relle pour 2046… © École Bajatière

Enfin, en 2046, dans les deux mois sui­vant la ren­trée sco­laire pré­ci­sé­ment, les élèves de l’é­cole pour­ront cas­ser le béton.

 

Des adultes les y aide­ront pro­ba­ble­ment – à moins que la force des enfants soient décu­plée dans trente ans, du fait des avan­cées de la science ? Allez savoir… Toujours est-il que ces enfants ouvri­ront le coffre métal­lique et décou­vri­ront les sur­prises léguées par leurs congé­nères, trois dizaines d’an­nées plus tôt. Séquence émo­tion.

 

 

 

« On espère qu’ils arriveront à déchiffrer notre écriture… »

 

 

Les élèves du futur auront huit boîtes plas­ti­fiées (une par classe) à ouvrir. Les élèves du CP au CM2 de l’école pri­maire Bajatière ont sélec­tionné soi­gneu­se­ment leurs objets car ils dis­po­saient de peu de place. Les CP ont opté pour des cahiers, des crayons, des pho­tos, des jeux de cartes (« Uno », « Dobble ») qu’ils affec­tionnent, mais aussi des embal­lages de bon­bons (à défaut des bon­bons !). Imaginant leurs suc­ces­seurs hyper-connec­tés, les plus grands ont prévu quelques modes d’emploi du style « A quoi sert une ardoise effa­çable ? »

 

Intérieur de la capsule temporelle préparée par les enfants de l'année 2015/2016. Crédit Ecole Bajatière

Intérieur de la cap­sule tem­po­relle pré­pa­rée par les enfants de l’an­née 2015 – 2016. © École Bajatière

 

D’autres classes ont concocté des pochettes “tré­sors”, dont seuls les auteurs connaissent le contenu. « On espère qu’ils arri­ve­ront à déchif­frer notre écri­ture », s’in­quiète une élève. L’hypothèse est rece­vable : le cla­vier pour­rait d’ici trente ans prendre le des­sus sur l’ap­pren­tis­sage de l’é­cri­ture cur­sive… Et au cas où le chan­ge­ment serait encore plus impor­tant, Armand de la classe de CP-CE1 a déposé un dic­tion­naire dans la cap­sule : « car peut-être qu’ils ne com­pren­dront plus notre langue, qu’ils n’utiliseront plus les mêmes mots. »

 

 

 

« Dire non à la peur du lendemain, et oui à l’avenir… »

 

 

Ce pro­jet ori­gi­nal a mobi­lisé, toute l’année, les élèves de l’école pri­maire Bajatière. « Enfermer pour trente ans nos idées, nos espoirs et nos pro­messes, quelle drôle d’i­dée ! »,  décla­maient les enfants, à l’oc­ca­sion d’une belle repré­sen­ta­tion sur leur pro­jet de cap­sule tem­po­relle, lundi 4 juillet, dans l’Amphithéâtre de l’ESPE. Une idée qui n’a tou­te­fois pas surgi au hasard… Elle a germé en 2015, après les atten­tats contre le jour­nal Charlie Hebdo qui ont frappé les jeunes esprits.

 

Les enfants de l'école primaire Bajatière lors de leur spectacle autour de la capsule temporelle. Amphithéâtre de l'ESPE à Grenoble. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Les enfants de l’é­cole pri­maire Bajatière lors de leur spec­tacle autour de la cap­sule tem­po­relle. Amphithéâtre de l’ESPE à Grenoble. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

 

Quel rap­port, a‑t-on envie de ques­tion­ner, entre des atten­tats et un coffre de sou­ve­nirs ? « Pour nous, la cap­sule, c’était dire non à la peur du len­de­main, et oui à l’avenir… », a expli­qué une jeune élève devant l’inspectrice de l’Académie de Grenoble, venue tout spé­cia­le­ment échan­ger avec les enfants pour l’oc­ca­sion.

 

Une élève qui a participé au projet de la capsule temporelle. Crédit Ecole Bajatière

Une élève qui a par­ti­cipé au pro­jet de la cap­sule tem­po­relle. © École Bajatière

Comme les élèves de la classe de CM2 de Mireille Martin de l’an­née 2014 – 2015 n’ont pas eu le temps de mettre en œuvre la cap­sule, l’ins­ti­tu­trice a trans­mis le flam­beau aux enfants de cette année, qui ont pris le relais.

 

Et quel relais ! Toute l’école s’y est mise. Les plus grands de l’école Bajatière ont rédigé tout un ouvrage Société humaine, dis-tu ? Où ils déve­loppent quatre scé­na­rios de déve­lop­pe­ment pour notre société, qu’ils ont bap­ti­sés « Gentillesse », « Grotte », « Dictature », « Arbres et nuages ».

 

Fabien Malbet, adjoint aux écoles qui a lu ce livre, ne feint pas son enthou­siasme quand il en recom­mande la lec­ture à tous les adultes.

 

 

 

Rendez-vous dans trente ans, Monsieur Piolle

 

 

Les enfants ont veillé à ce que le pro­jet soit trans­mis à tra­vers les années. Eliott décrit la méthode : « Chaque année, les CM1 sen­si­bi­li­se­ront les CP au pro­jet de la cap­sule tem­po­relle ; les direc­teurs en par­le­ront aux direc­teurs qui les rem­pla­ce­ront ; et le maire au maire sui­vant. »

 

Ce lundi 11 juillet, le maire Eric Piolle fait voter une déli­bé­ra­tion qui engage les muni­ci­pa­li­tés futures, à pré­ser­ver cette cap­sule à tra­vers le temps, et à ce qu’elle soit ouverte dans trente ans. Et si l’école est détruite ou réamé­na­gée d’ici là ? La cap­sule sera dépla­cée, pro­met-il.

 

Eric Piolle, maire de Grenoble, recevant des fleurs de papier, à la fin du spectacle donné par les enfants de l'école primaire Bajatière autour du projet "capsule temporelle". Amphithéâtre de l'ESPE. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Eric Piolle, maire de Grenoble, rece­vant des fleurs de papier à la fin du spec­tacle donné par les enfants de l’é­cole pri­maire Bajatière autour du pro­jet « cap­sule tem­po­relle ». Amphithéâtre de l’ESPE. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Devant les enfants de l’é­cole pri­maire Bajatière et à l’issue d’une pres­ta­tion char­gée d’Histoire, de mes­sages et de pro­fon­deur, le maire a déclaré, non sans une cer­taine émo­tion : « Vous avez mobi­lisé beau­coup de monde pour ce pro­jet : les ser­vices de la Ville, le pro­to­cole, la pré­fec­ture, l’Hexagone de Meylan [les élèves de la Segpa du col­lège Münch ont confec­tionné la cap­sule, ndlr].

 

Ce sont des temps comme ceux-là qui nous donnent de l’énergie […] Vous nous avez aussi confié la res­pon­sa­bi­lité de pré­ser­ver cette cap­sule […] »

 

Puis, consi­dé­rant sa mis­sion actuelle de maire, il a ajouté : « Ce que nous fai­sons n’est pas éter­nel. Mais on essaye de faire en sorte de pré­pa­rer l’avenir avec vous, pour vous. On espère que vous pour­rez prendre la suite. » Une chose est sure : les enfants de 2015 – 2016 tiennent à être pré­sents le jour de l’ouverture de la cap­sule.

 

EcoleBajatiereMoussaCapsuleemporelleCreditSeverineCattiaux

© Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Les CM2 devront donc chaque année veiller à mettre à jour le car­net d’a­dresses des 200 signa­taires de la cap­sule (cer­tains vont beau­coup bou­ger d’ici trente ans) !

 

Enfin, il leur fau­dra aussi véri­fier l’a­dresse et le télé­phone d’Eric Piolle, afin de le convier le jour J. Ce der­nier a, en effet, lui aussi déposé un sou­ve­nir dans la cap­sule tem­po­relle.

 

 

Séverine Cattiaux

 

 

 

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